Ilyès Mnakbi : l’adhésion de Tunisair à l’Open Sky passe par la mise à niveau de la compagnie

Tunisair Ilyes Mnakbi

Dans cette interview accordée à l’Economiste Maghrébin (n°736), Ilyès Mnakbi, Pdg du groupe Tunisair évoque des indicateurs au vert, des perspectives prometteuses sur le court, moyen et long terme et énumère les conditions à réunir pour adhérer à l’Open Sky.

A court terme, comment s’annoncent les perspectives pour la compagnie nationale?

Elles s’annoncent bonnes avec l’avènement de quatre rendez-vous majeurs pour la prochaine période estivale: la Coupe du monde de football en Russie, le rite du pèlerinage, le retour des membres de la colonie tunisienne à l’étranger et l’augmentation prévue du flux de touristes.

Franchement, au regard des énormes opportunités que ces rendez-vous nous offrent, j’aurais bien voulu disposer d’une cinquantaine d’avions opérationnels pour les optimiser et en tirer le meilleur profit pour Tunisair.

Nous y sommes quand même préparés selon nos moyens. Dans cette optique, nous allons faire quelque chose d’exceptionnel pour gagner du temps, car chaque jour compte. Nous allons louer cinq avions supplémentaires (A-340 et A-320).

Pour la Coupe du monde de football 2018 en Russie, nous avons programmé 40 vols charters avec probablement un taux de remplissage de 100%.

Pour le pèlerinage, nous allons louer deux gros porteurs supplémentaires pour assurer le transport des pèlerins tunisiens vers les lieux saints.

Concernant le retour des Tunisiens résidant à l’étranger et le transport des touristes nous allons affréter trois avions supplémentaires.

Mieux, nous avons décidé de réduire, au cours de cette période, le coût des billets de 30% en accordant à chaque passager un poids de bagages de 32 kilos. Une première.

Nous avons institué ces promotions alors même que cette période est le marché de prédilection de la compagnie nationale. D’ailleurs, tous ceux qui se plaignent du prix élevé des billets d’avion de Tunisair vont découvrir au cours de cette période que rien de tout cela n’est vrai. Si les Tunisiens de retour au pays prennent les avions Tunisair en cette période, ils vont être agréablement surpris de constater la grande différence entre le prix des billets de Tunisair et celui des compagnies concurrentes. Les nôtres étant de loin plus compétitifs, nettement inférieurs par rapport à ceux pratiqués par la concurrence.

Outre la compétitivité des prix de Tunisair, nous avons décidé une réduction de 30% avec deux bagages, ce qui n’existe nulle part. Tout simplement parce que Tunisair est une compagnie nationale.

Et pour l’Open Sky, craignez-vous toujours cette ouverture du ciel et son corollaire la concurrence que pourraient vous livrer des compagnies plus puissantes même si la récente convention paraphée par la Tunisie et l’Union européenne ne couvre pas, pour une période cinq ans, l’aéroport de Tunis-Carthage ?

Nous ne craignons pas outre mesure l’Open Sky pour peu que l’Union européenne accepte de nous mettre à niveau comme elle l’a fait en 1995, pour les industries manufacturières tunisiennes lors de la conclusion de l’Accord de libre-échange pour les produits manufacturés.

Ma conviction est que Tunisair ne peut accepter d’intégrer un monde concurrentiel avec des armes de loin inférieures à celles de compagnies concurrentes puissantes qui ont d’énormes possibilités.

Pour pouvoir tenir la concurrence à ses compagnies européennes puissantes, Tunisair réclame la même démarche pour la zone de libre-échange des produits manufacturés. En clair, elle demande à l’Union européenne pour pouvoir se mettre, un tant soit peu, à leur niveau, environ 1,4 milliard de dinars, ce qui représente une somme pas si grande que cela pour une grande puissance comme l’Union.

Avec ce montant, Tunisair entend mener quatre réformes. La première consiste à se délester de l’effectif pléthorique de la compagnie (265 personnes par avion contre une norme internationale de 160), et ce, en libérant et en indemnisant 1400 employés excédentaires, ce qui va contribuer énormément à une baisse sensible de la charge salariale. La deuxième action vise à moderniser tout le matériel du handling (logistique aéroportuaire) lequel constitue, aujourd’hui, un grand handicap et est à l’origine des retards des avions de Tunisair.

La troisième action tend à renouveler la flotte vieillissante de Tunisair. La moyenne d’âge des avions de la compagnie est estimée à 16 ans et demi. D’ailleurs, c’est ce vieillissement de la flotte qui est, entre autres, à l’origine des retards. Car pour des raisons de sécurité la compagnie est obligée, afin de ne faire encourir aux passagers aucun risque, d’effectuer plusieurs check-lists (liste de vérifications) avant le décollage.

Au chapitre du renouvellement de la flotte, nous avons commandé six avions A 320 qui seront livrés sur la période 2018-2022. Ces avions neufs vont nous permettre de résoudre pas mal de problèmes. Actuellement, nous sommes en train de négocier avec des compagnies de leasing pour les avoir un peu plus tôt.

L’enjeu est de taille. Car, si nous rajeunissons la flotte et si nous mettons à profit la dynamique actuelle que connaît le marché, nous pouvons sortir la compagnie de la crise et payer les 600 MDT de dettes qu’elle traîne.

En résumé, notre objectif, c’est quoi? Pour lutter contre l’Open Sky et faire face à cette déréglementation, il y a des conditions à réunir : la première consiste en la mise à niveau de la compagnie nationale. La deuxième portera sur les moyens de faire face à la concurrence avec ses propres armes articulées autour du low-cost.

A l’aéroport de Tunis-Carthage, nous disposons de cinq ans pour nous y préparer. Dans cette perspective, Tunisair s’est déployée, à Djerba et à Monastir, aéroports couverts par l’accord sur l’Open Sky, avec des Boeing 737, c’est-à-dire, des avions compétitifs.

Moralité de l’histoire : si nous finançons notre programme de mise à niveau, le reste, avec des avions concurrentiels, le low-cost ne nous fera pas peur en principe. Nous pouvons même gagner cette guerre.

Selon nos informations, Tunisair cherche à faire figurer de nouveau son catering dans le radar de Qatar Airways, de quoi s’agit -il ?

A l’origine de ces négociations, un contact que j’ai eu avec le président de Qatar Airways lors d’un colloque groupant les premiers responsables des compagnies aériennes arabes. Je suis allé le voir pour lui demander s’il y a moyen de coopérer. Il m’a surpris en me disant qu’il me cherchait pour examiner avec moi un éventuel partenariat tant il est convaincu de la rentabilité de la Tunisie en tant que hub de transport international. « Je ne vous révèle pas un secret quand je vous dis que la Tunisie est le nombril du monde», m’a-t-il-dit.

C’est comme cela qu’un contact a été établi et suivi. Actuellement, je suis en train de relancer avec les Qataris afin de les convaincre de s’approvisionner auprès du catering de Tunisair qui a été endommagé lors de la révolution. Auparavant, une vingtaine de compagnies se servait chez nous.

Si jamais Qatar Airways se fera livrer repas et collations du catering de Tunisair, toutes les autres compagnies prestigieuses Lufthansa, Air France suivront. Il y a un grand business à développer avec les Qataris. Espérons que cela aboutira

Propos recueillis par

Publié le 09/04/2018 à 10:55

Un Commentaire to Ilyès Mnakbi : l’adhésion de Tunisair à l’Open Sky passe par la mise à niveau de la compagnie

  1. Kastal dit :

    Ce n’est qu’une façon de dire que Tunis air est contre l’Open Sky, car la réforme de cette compagnie est impossible surtout avec le syndicalisme qui montre ses dents à toute tentative de changement, de privatisation, de lutte contre les malversations…

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