Aux origines de la révolution

Salah Zeghidi

Par son auto-immolation Bouazizi fut le déclencheur de l’insurrection et du « printemps arabe »fomenté par l’Occident. Sarkozy et Macron l’avouent  maintenant. Mais avec d’authentiques militants, au-dessus de tout soupçon, Salah Zeghidi a partie liée avec la révolution espérée  après le 14 janvier. Avec le temps, elle peut advenir ou ne pas intervenir.

Process permanent, elle outrepasse la rédaction d’une Constitution. Allant de l’incarcération, dès l’an 1996, à la vice-présidence de la LTDH, l’itinéraire contestataire de Salah Zeghidi interfère avec l’ample dynamique historique du pays. Soldat mobilisé contre les outrances dictatoriales du système totalitaire, il paye cher sa résistance exemplaire, sans réclamation de l’humiliant « dédommagement ». Il refuse le pécule couru par les imbéciles et proclame ne pas lutter pour l’argent piégé. Par conviction, il affronte les affres des prisons déployées de Bizerte à Kairouan.

Avec une poignée de perspectivistes où figuraient Mounira Baccar, « ftouh » et trois autres, nous mettions à profit la recherche du CERES, menée à Bine Lejbel, pour entrer en contact avec lui dans sa géôle de Kairouan. Un autre souvenir indélébile me revient maintenant. Lors d’une réunion clandestine, en ces temps où la réunion valait une sanction, je demande à Salah de parapher une pétition. Elle incrimine Ben Ali pour les sévices infligés aux islamistes, ses pires ennemis ; car l’usurpateur ne remettait pas en question l’apport du réformateur. Traduit en justice, les signataires de la pétition furent défendus par Sassi Ben Ahlima et Néjib Chebbi, entre autres avocats bénévoles et fiers de n’avoir guère galopé derrière la moindre obole.  Salah Zeghidi refuse de signer. Il me dit : « Je ne défends pas les ennemis de la démocratie.

Une fois au pouvoir, ils n’auraient pas hésité à me liquider. Ben Ali, lui, au moins est venu me voir, seul, dans ma cellule, pour discuter ». Adopter une position aussi nuancée envers l’homme  qui l’a embastillé n’est guère donné à n’importe quel engagé. De gauche jusqu’à la moelle des os, partisan de l’Etat civil jusqu’au bout des ongles et libre penseur jusqu’u tréfonds de la conscience claire, Salah meurt mais le geste, la parole et l’oeuvre du révolutionnaire demeurent. D’ici je le vois sourire, dans sa tombe, face à celui qui lui souhaite le paradis ou bien dit «  Allah la yarhmou ». Bye bye l’ami.

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