Hubert Védrine, la mondialisation revisitée

L’IFT (Institut Français de Tunisie) a organisé mercredi 4 avril, une rencontre-débat avec Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, sur le thème “l’Europe, la Méditerranée, l’Afrique et autres puissances…”.


Le conférencier a introduit son exposé par un long rappel historique d’une mondialisation avant la lettre : expansion gréco-romaine, colonisation essentiellement britannique, impérialisme etc. Idées obsessionnelles du chercheur : absence de communauté internationale, à travers les âges, une structure de fond qui n’aurait pas changé, des “ mots valises”, qui constituent des chimères.

Il met, en perspective l’évolution des relations internationales depuis “le malentendu de Yalta”. Attaché à l’Union Européenne, Hubert Védrine rappelle l’épisode de sa fondation, conséquence-exigence affirma-t-il, du plan Marshall.

Fait important et différenciation pertinente, le conférencier distingue les mondialisateurs (puissances, multinationales) et les mondialisés (tiers-monde, anciennes colonies etc.) qui subissent les événements et sont soumis à la dépendance.  Conclusion du chercheur : “Il faut bâtir de nouvelles relations”.  Enjeu collectif, qui ne devrait guère se limiter aux pays arabo-musulmans.

Dans ce cadre, Hubert Védrine tente de cerner l’évolution actuelle au Moyen-Orient.  Il évoque “le carambolage mondial”, pas de  G2 (USA/Chine), pas de multilatéralisme et d’hyperpuissance.  Cette aire serait marquée par les accords Sykes/Picot qu’on pourrait difficilement transgresser.  Il remet en cause l’élan de l’unité de la Méditerranée : guerre Maroc/Algérie, opposition gréco-turque à Chypre, refus d’Israël de création d’un Etat palestinien. Mesurant la gravité de l’islam politique, dont l’Europe serait  “la victime collatérale”, il le définit comme “le dernier spasme d’adaptation au monde moderne”,

Il estime  qu’il n’y a pas dans l’aire du Moyen-Orient une stabilité à portée de main, pas de solution en vue. Il  évoque l’échec du néo-ottomanisme, – la Turquie n’ayant pas réussi à réactualiser le Moyen-Orient et  la montée  de l’Iran, face à l’ordre des pays du Golfe.  Nous remarquerons la richesse de cette réflexion, fût-elle  limitée par le refus d’une prise en compte de l’intervention extérieure, lors du  “printemps arabe”, l’existence du projet du “Grand Moyen-Orient” et du jeu politique des puissances régionales et des relais  de l’extérieur, faussant la dynamique interne.

Conclusion évidente, les relations de l’Europe avec la Méditerranée – le malentendu de Barcelone, selon mes vues – et l’Afrique, le nouveau grand enjeu international, sont occultées.  Or le développement de l’Europe – vœux le plus cher de l’ancien ministre des Affaires étrangères -, dépendrait largement de son ouverture au voisinage et de la promotion d’un partenariat gagnant/gagnant, révisant les rapports asymétriques postcoloniaux.

 

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Publié le 06/04/2018 à 14:29

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