La normalisation des relations israélo-américaines, une urgence stratégique mondiale

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Il y a 42 ans, le 30 mars 1976, les autorités israéliennes ont décidé de confisquer quelque 5200 acres de terres palestiniennes, ce qui a provoqué des manifestations de la Galilée jusqu’au Néguev. La répression s’abat alors sur les manifestants : six Palestiniens abattus, 100 blessés et des centaines d’arrestations. Depuis, le 30 mars est devenu «le jour de la terre», célébré chaque année comme un symbole de résistance et de patriotisme des Palestiniens.

Le 30 mars 2018 sera sans doute inscrit dans les annales volumineuses de la répression et de la violence israéliennes. Ce jour là, quinze Palestiniens ont été tués, quand l’armée d’Israël a commencé à tirer sur des dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient rassemblés le long de la frontière, entre Gaza et Israël. Des manifestants qui fuyaient la répression ont été abattus par des balles tirées dans le dos. Selon le ministère de la Santé à Gaza, il y a eu près de 1 500 blessés, dont près de la moitié par des tirs à balles réelles.

La commémoration de la journée de la terre cette année sera différente des autres années sur un autre plan. Malgré la répression sauvage, cette commémoration se poursuivra jusqu’au 15 mai prochain, date à laquelle Israël fêtera le 70e anniversaire de sa création. Un jour avant, le 14 mai, les États-Unis prévoient l’ouverture de leur nouvelle ambassade à Jérusalem, un cadeau que Trump, plus obséquieux et plus rampant que ses prédécesseurs face au puissant lobby israélien, tente de faire coïncider avec le 70e anniversaire de la “Nakba” palestinienne qui a vu près d’un million de Palestiniens expulsés de leur patrie.

En revanche, la répression sanglante de cette année connaîtra, elle, le même sort que les répressions précédentes, c’est-à-dire indifférence de la «communauté internationale» et blocage par Washington de la moindre initiative tendant à souligner la responsabilité d’Israël. Les Américains viennent en effet de bloquer la très timide initiative de l’ONU consistant en une «enquête indépendante» sur le massacre perpétré par Israël le 30 mars 2018.

En 70 ans d’existence d’Israël, les Etats-Unis ont utilisé près de 70 vétos en faveur de leur allié. L’usage systématique des vétos contre la moindre tentative de l’ONU de mettre en exergue les abus multiformes des forces d’occupation israéliennes sur une si longue période a fait naître dans la psyché israélienne le sentiment d’impunité et la conviction qu’Israël a parfaitement le droit de s’arroger un statut spécial parmi les nations qui la met au dessus de la loi internationale.

Il y a un célèbre adage arabe qui dit: «Ô Pharaon pourquoi tu sévis ?» Réponse: «Parce qu’il n’y a personne pour me retenir!» La question qui se pose est de savoir pourquoi attend-on d’Israël, qui se trouve dans la même situation que le Pharaon de l’adage, un comportement différent, c’est-à-dire de s’auto-retenir? Voilà un pays qui a l’inégalable privilège d’imposer tous ses caprices à la plus grande puissance du monde, tient tête à ses présidents et va jusqu’à les humilier (Obama en sait quelque chose), fait trembler représentants et sénateurs, impose au contribuable américain ce qu’il faut bien appeler une taxe annuelle de trois milliards dollars, récolte autant de vétos qu’il veut au Conseil de sécurité, en un mot s’assure l’obéissance de la plus grande puissance du monde.

Il faut être extrêmement naïf ou carrément fou pour attendre qu’Israël renonce de lui-même à un privilège aussi exorbitant et sans précédent dans la longue histoire des relations internationales. Cette histoire regorge d’exemples où les pays puissants dominent, maltraitent et mènent par le bout du nez les petits pays. L’unique exception à cette règle est le petit Israël qui, depuis des décennies, domine la politique étrangère américaine et mène la plus grande puissance du monde par le bout du nez.

Trop de bruit et trop de controverses stériles et même un peu ridicules secouent le monde arabe, et la Tunisie en particulier, sur la question de la normalisation avec Israël. Ces controverses n’ont aucun sens, car aucune normalisation avec Israël n’est possible tant que ce pays n’a pas normalisé tout d’abord et avant tout ses relations avec les Etats-Unis.

Aucune solution au Moyen-Orient n’est possible, aucune paix dans la région n’est réalisable tant que les relations entre Israël et les Etats-Unis sont affectées par de si grandes anomalies. Car les anomalies n’affectent pas seulement les relations entre pays ennemis, mais aussi les pays amis où, comme dans le cas d’Israël et des Etats-Unis, l’amitié se transforme en amour pathologique où une partie devient l’esclave de l’autre, cédant à tous ses caprices et mettant en péril non seulement les intérêts des deux pays, mais la paix dans le monde. C’est cet amour pathologique entre les deux pays qui ternit depuis longtemps leur réputation et fait d’eux aux yeux du monde les deux sources principales de l’instabilité et les deux causes fondamentales des malheurs bibliques du Moyen-Orient.

Il est bien évident que sans cet amour pathologique qui fait que Washington soutienne depuis plus d’un demi siècle Israël dans toutes ses folies, la face de cette région du monde serait très différente de celle d’aujourd’hui; on aurait eu beaucoup moins de guerres et de destructions, beaucoup moins de haine et de rancœur, beaucoup moins de déplacés, de réfugiés, de morts, de blessés, de mutilés…

Une baisse significative de la tension dans la région du Moyen-Orient, condition sine qua non de toute négociation sérieuse et de toute solution durable, passe d’abord et avant tout par une normalisation des relations israélo-américaines. En d’autres termes, le traitement de cet amour pathologique est devenu une urgence stratégique mondiale. Il n’est nullement exagéré de dire que la paix et la stabilité dans le monde dépendent dans une large mesure de la normalisation des relations entre Tel Aviv et Washington. Comment? C’est simple: en traitant Israël comme n’importe quel autre pays ami des Etats-Unis et en mettant une fois pour toutes un terme à ce privilège exorbitant que la classe politique israélienne s’est auto-octroyé. Sans ce préalable, toutes les négociations directes et indirectes, tous les efforts déployés par les diplomates les plus chevronnés ne mèneront nulle part, comme le démontre amplement le gaspillage de temps et d’énergie durant les quatre ou cinq dernières décennies.

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