Amicalement foot !

foot 1966

«Tout ce que je sais de plus à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois». (Albert Camus). 

C’est par où l’entrée des artistes? L’entrée, je l’ai bien retrouvée; les artistes, j’ai beau chercher. Portés disparus la race des seigneurs? Surement; qu’il est loin le temps des géants. Une autre époque.

Bonjour la médiocrité déclinée sous toutes ses formes, car il n’y a pas que sur les terrains de foot où elle s’exprime. Bonjour les dégâts. Bien jouer, c’est gagner; pas toujours évident; mais quand cela arrive, quel bonheur!

Encore plus, quand deux fois de suite, vous gagnez; c’est encore mieux. On vient d’en avoir la jolie démonstration, l’autre jour à Nice. Tunisie (1), Costa Rica (0), tout juste après l’Iran. Deux buts au compteur et zéro d’encaissé. Attendons voir pour des confrontations qui s’annoncent plus corsées. Cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas vu un tel engouement, une telle effervescence.

La Russie de Poutine est avertie, les Aigles de Carthage vont tenter de voler haut et hisser haut un ballon et des rêves. On a tous quelque chose du pays des gauchos et de Rosario. Il était une fois l’Argentine. Toujours imitée, mais jamais égalée, la bande à Chetali. Helmut Schoen, le grand homme à la casquette bien vissée lui, en sait quelque chose. Le hors-jeu parfaitement maîtrisé ou quand l’élève dépasse le maître.

Et cela me ramène directement à la magie de la coupe du monde 1966 au pays de la Rose d’où est partie la grande aventure du ballon rond. 1966, la World Cup des deux Bobby, Charlton et Moore. La pluie et le beau temps dans l’antre de Wembley… Mythique. On en redemandait. Ligne ou pas ligne? But ou pas but ? Qui ne se rappelle pas encore le but litigieux de Hurst lors d’une finale de rêve contre l’Allemagne des Haller, Zeeler, Schlesinger et du débutant Bekenbauer? 1966 et les déboires du roi Pelé, sauvagement taclé par Morales le portugais et son Brésil prématurément sorti avec un Garrincha finissant. 1966, un Eusébio au sommet de son art.

Impressionnant le félin du Mozambique venu défendre les couleurs de l’ancien colonisateur portugais. A Lisbonne, huit ans après, ce sera la révolution des œillets. 1966, l’année de la Corée du Nord de Kim Il Sung, surgie de nulle part pour surprendre la Squadra Azzura des Fachetti, Mazzola et autre Rivera. Depuis, les camarades de Pyongyang n’ont pas fait mieux, à part posséder la bombe atomique; avouez que ce n’est pas rien tout de même. 1966, C’est aussi l’année du chien renifleur qui a permis de retrouver les traces de l’objet de tous les fantasmes. On a failli contrarier la perfide Albion et les sujets de sa Majesté la Reine avec une copie du trophée. Merci le canidé. Dans l’ancien empire du Milieu, on fête aussi l’année du  chien.

1966, je venais d’avoir tout juste douze ans quand d’autres bouclaient leur dix-huit printemps. J’étais au lycée de jeunes filles de Sousse, après un bref passage du coté du lycée de garçons, antre du savoir qui a vu défiler tant de figures qui chacune à sa manière a fait l’histoire du pays. En ce temps là, Chetali, Habacha, Ben Amor et Mahfoudh y enseignaient l’éducation physique dans des espaces qui jouxtaient le lycée, à des élèves qui n’avaient d’yeux que pour leurs idoles.

Aujourd’hui, les terrains réservés autrefois à la pratique du sport, ont été rasés au profit d’une station pour voyageurs, massacrant au passage le centre de ce qui était autrefois une belle et charmante ville. Si la place Sidi Yahia m’était contée, comme ce « Si Sousse m’était contée» superbe ouvrage qui raconte trois mille ans d’histoire de la ville, mais qui ne dit mot sur l’ombre qu’elle est devenue aujourd’hui.

1966, l’année des débuts de la télévision tunisienne avec les OTOVOX et autres CARTHAGE DEUX et TROIS et la voix familière de Raouf Ben Ali pour nous faire vivre les petites merveilles du ballon rond. Partis sur la pointe des pieds, Pelé et son Brésil avaient déjà dans la tête le Mexique pour faire la passe de trois, après la Suède 58 et le Chili 62. 1966, on faisait la queue en se bousculant devant le Maarouf de ma petite jeunesse pour voir les magiciens; ils s’appelaient Kanoun, Ajroud, Habacha, Chetali, Gnaba, Rouatbi, Sahli, Ben Amor, Menzli, Akid, Kedadi, Gribaa, Chouchane, Zouaoui, Adhouma, Malki, Jenayeh, et j’en oublie. Des perles rares qui donnaient la réplique à d’autres perles nommées Attouga, Chaibi, Ben Mrad, Machouche, Sassi, Graga, Delhoum, Romdhane, Chakroun, Madhi, Driss Haddad, Merrichko, Douiri… des coups de génie ravageurs et de l’art à l’état pur.

1966? Les temps bénis des arbitres sans peur et sans reproche et des dirigeants de grande classe. Le temps des seigneurs et des feux d’artifice sur le rectangle vert où les talents s’expriment. Allo, le Maarouf, Ismail Triki, vous m’entendez?

A vous l’antenne. Vous avez sans doute reconnu la voix d’Abdelmajid Mssellati… Demain sera un autre jour; l’aventure du Mondial de Russie ne fait que commencer. Ah! J’ai failli oublier: 1966, je tapais merveilleusement bien dans un ballon, mais cela est une autre histoire. Amicalement foot.

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