Commerce : grands distributeurs, osez le web!

Commerce électronique

La semaine dernière, et comme toutes les semaines d’ailleurs, les places financières internationales ont vibré au rythme de plusieurs opérations corporate. Une d’entre elles nous a particulièrement séduits: l’alliance entre MONOPRIX (France) et Amazon (USA). La filiale de Casino va installer une boutique virtuelle sur le site du géant américain pour ses livraisons express.

Par contre, en Tunisie, nous avons l’impression que le commerce électronique est encore dans une phase primitive. Les réussites se font malheureusement rares, malgré le potentiel inégalable du secteur. L’exemple est venu du site tunisien JUMIA quelques jours auparavant, avec des ventes record de smartphones au bout de quelques heures seulement.

Mais est-ce que la commercialisation des produits alimentaires, pierre-angulaire dans la grande distribution en Tunisie, peut avoir le même succès que celui des gadgets électroniques? La réponse, à notre sens, n’est pas forcément un «oui».

Un modèle social compliqué

Nous pensons que le problème provient d’abord du mode de vie des Tunisiens. Au moment où les jeunes européens s’émancipent rapidement et sont obligés de prendre leurs responsabilités, y compris celle de faire leurs courses, le Tunisien reste protégé par la famille jusqu’à un âge avancé. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la clientèle des magasins pour constater que la majeure partie d’entre elle est composée de cinquantenaires et de sexagénaires, de retraités, de femmes qui sont loin de pouvoir s’adapter avec ce nouveau mode de commerce. Ces magasins fonctionnent donc comme des business de proximité pour une clientèle peu ou non connectée.

Second facteur : le Tunisien utilise peu les moyens de paiement électroniques. D’ailleurs, le nombre de cartes bancaires est loin d’être suffisant pour créer une vraie dynamique dans les services de vente en ligne. Selon les derniers chiffres de l’APBEFT datant du mois de juin 2017, le nombre de cartes bancaires s’élève à 3 342 254 et le nombre de terminaux de paiement est de 16 149. Par rapport à une population qui avoisine les 12 millions, ces indicateurs restent faibles.

Troisième facteur : Les sites de commerce électronique ne peuvent réussir que s’ils offrent des prix compétitifs. C’est ce que nous ne voyons pas dans les sites qui sont dédiés à l’alimentaire. Les plus connus appliquent des prix moyens et donc ne parviennent pas à concurrencer les hypermarchés qui ont une force de frappe très importante grâce à leurs centrales d’achat.

De plus, la plupart des prix sont subventionnés, ce qui offre peu de marge de manœuvre sur les produits d’appel en termes de marketing. Le seul avantage reste donc la capacité d’effectuer des livraisons dans des plages horaires fixées d’avance, un élément de taille pour plusieurs personnes.

Enfin, il faut bien penser à la dimension sociale de la conversion en e-commerce. Imaginez-vous une marque de la place qui décide de se lancer dans l’électronique en licenciant un nombre important de salariés. C’est un choix difficile à prendre dans les conditions actuelles.

Qui va prendre l’initiative?

Actuellement, plusieurs sites offrent ce genre de services, mais leur force de frappe est limitée. Ces boutiques électroniques sont en train de s’imposer progressivement et tablent sur la possibilité qu’elles soient acquises un jour par une grande enseigne de la place. Certainement, plus ces dernières s’attardent, plus ça va leur coûter cher. C’est un moyen incontournable pour consolider les marges, surtout pour le segment des livraisons express, où les prix sont en moyenne plus élevés que ceux des magasins. Le J+1 reste également un créneau très attractif.

A notre avis, la première chaîne qui va se positionner sur ce créneau serait le grand gagnant. Elle pourra de la sorte améliorer l’accès à ses services sur tout le territoire, sans avoir besoin de construire des points de vente en briques et béton. Il faut juste des livreurs, des camions et des dépôts. Ce genre de projet peut créer de la valeur dans les régions intérieures. A travers des partenariats win-win avec les agriculteurs de ces zones, une enseigne pourra accéder à une production de qualité, selon les normes qu’elle exige et livrée selon un planning fixé d’avance. Pour les agriculteurs, cela représente une opportunité d’avoir des revenus récurrents et de développer un vrai business. Cela peut même entrer dans le cadre d’un grand projet économique et social et un vrai PPP.

Le gouvernement met à la disposition des jeunes des terrains, que les enseignes privées financent et dont elles absorbent la production. Combien de jeunes pourraient bénéficier d’un tel projet? Qui va les aider à se construire, à faire avancer leur région et à donner espoir à des centaines d’autres ? Passer à la nouvelle économie est une opportunité unique qu’il convient de saisir dès aujourd’hui, en ne s’arrêtant pas aux beaux slogans que nous entendons quotidiennement.

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