Taieb Louhichi, un cinéma d’auteur

Taieb Louhichi

La cinémathèque tunisienne a célébré, samedi 31 mars le quarantième jour de la mort du cinéaste tunisien, Taieb Louhichi.

Dans le cadre de cet hommage, deux de ses films ont été présentés : Mon village, un village parmi tant d’autres (court métrage 1972) et Gorée, l’ile du grand-père (moyen métrage 1987). Rappelons que Taieb Louhichi a été victime en 2006 d’un accident de la route aux Émirats arabes unis où il devait présider le jury d’un festival local; il y perd l’usage de ses membres. Il continua néanmoins à réaliser des films. Figure importante du cinéma arabe et africain, il réalisa de nombreux courts métrages, moyens métrages et longs métrages. Témoin de sa société, il tourna un documentaire en 2011, Les Gens de l’étincelle, sur les protagonistes de la révolution tunisienne de 2011, puis L’Enfant du soleil en 2013. Son dernier long métrage, La Rumeur de l’eau, est sorti en salle en Tunisie, à titre posthume, le 2 mars 2018.

Les deux films présentés, lors de l’hommage de la cinémathèque de Tunis, attestent des qualités du cinéma d’auteur, qui définit son œuvre :

  • Mon village, un village parmi tant d’autres: il décrit un village du sud tunisien, une oasis en pleine crise, ballottée entre son passé agricole et sa dépendance de l’émigration en Occident de ses enfants. Son diagnostic social est pertinent entre la pesanteur de la tradition, le problème de l’eau et les nouvelles exigences. Transgressant le documentaire et l’enrichissant, il présente un discours politique, présentant ses vues et notamment le questionnement sur comment sortir du sous-développement?
  • Gorée, l’ile du grand-père: Le cinéaste commémore la triste histoire de Gorée, port d’embarquement des esclaves africains vers l’Amérique, de 1527 à 1848, date de l’abolition de la traite par la France. Au delà du documentaire, le film est un poème et une composition musicale. A juste titre, il associe la traite africaine et le jazz, produit de ses enfants en exil.

L’air de la chanson de Louis Armstrong, “Nobody knows the trouble I’ve seen”, (personne ne connait le trouble que j’ai vu) est chanté par Jimmy Owens, jazzman américain, trompettiste de renom. L’installant dans l’historique “Maison des Esclaves”, il constitue le fil conducteur du moyen métrage, son argumentaire. Un soir, le son de sa trompette s’élève. Un vieux pêcheur et son petit-fils l’écoutent de l’autre côté de l’île.

L’air de la chanson de Louis Armstrong, provoque une crise violente chez le vieux pêcheur, possédé par Mame Couba, génie protecteur de l’île. De ce fait, la triste histoire de l’exploitation de Gorée, par les esclavagistes occidentaux est compensée par l’histoire de la tradition africaine, puisque le vieux pêcheur, raconte l’histoire de Mame Couba, génie protecteur de l’île aux enfants. “Gorée, l’île du grand-père” est donc un conte musical, l’histoire d’une passion et un hommage à la mémoire de Gorée sociale.

Le poème historique est dramatisé par l’usage préférentiel du cinéaste de portraits en gros plans, de présentations psychologiques éloquentes, qui illustrent le caractère tragique de cette commémoration, que l’Unesco a adoptée, dans les lieux de mémoire, qu’elle a définis.

Ces deux films montrent la richesse de l’œuvre de Taieb Louhichi, qui mérite d’être présentée, dans sa totalité, aux cinéastes et analysée par les critiques.

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Publié le 01/04/2018 à 14:51

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