Un terroriste au Parlement

catastrophes naturelles - L'économiste maghrébin

Chaque fois qu’on pense avoir touché le fond et qu’on va pouvoir enfin remonter, de pseudo-politiciens dans ce pays nous prouvent qu’il n’en est rien, que le fond est encore loin et que notre descente aux enfers va se poursuivre encore pour une durée indéterminée.

Le pauvre citoyen tunisien ne sait plus où donner de la tête. Doit-il ruminer son amertume et gérer son stress face aux multiples conséquences dramatiques d’une économie en panne depuis sept ans ? Ou face à l’incapacité des gouvernements successifs à tirer cette économie de son marasme persistant ? Ou face aux extravagances, aux absurdités et aux « sorties» hystériques de certains députés dont la place appropriée n’est certainement pas dans un parlement qui se respecte ?

Lors des élections législatives de 2014, nous étions à la fois heureux et soulagés. Heureux de nous doter enfin d’un parlement réellement représentatif et soulagés de ne plus avoir affaire à la cauchemardesque Assemblée constituante dont les abus, le niveau lamentablement bas et les attitudes extravagantes et clownesques de certains de ses membres nous ont couverts de honte.

Hélas, nous devons vite déchanté. Le Parlement n’avait pas tardé à montrer sa vraie nature. On attendait qu’il joue le rôle de moteur de la vie politique, économique et sociale dans le pays, il s’est révélé un instrument de blocage. On attendait un parlement qui serve les intérêts supérieurs de la nation en accélérant les réformes fondamentales, on a eu une enceinte où se réunissent des adversaires et des ennemis pour se chamailler, s’insulter et s’étriper. Nous avions émis le vœu d’avoir des députés d’un niveau respectable pour nous faire oublier les Meherzia, Ben Toumia et autre Gassas, notre vœu est loin d’être exaucé.

Passons sur les discours de bas étage qui suscitent le dégoût d’un Ammar Amrousia et sur sa pitoyable initiative de distribuer des sucettes préalablement achetées à la pharmacie la plus proche du Parlement; passons aussi sur les extravagances d’un Imed Daimi, celui qui du temps de la Troïka accueillait les Cheikhs de la terreur dans le salon d’honneur de l’aéroport et qui aujourd’hui veut traîner en justice l’artiste Saber Rebaï pour avoir chanté les louanges de l’armée égyptienne et soutenu le président Sissi…

Notre Parlement ne renferme pas seulement ce genre de politicards qui n’honorent ni la classe politique à laquelle ils appartiennent ou prétendent appartenir ni les citoyens qui les ont élus. Notre Parlement est descendu si bas aujourd’hui qu’il compte dans ses rangs carrément des terroristes kamikazes. Oui, le Parlement tunisien, devenu réalité grâce à des décennies de lutte et au sang versé des martyrs, renferme aujourd’hui des députés de la trempe de ce Mabrouk Hrizi qui, dans un accès de crise hystérique, a insulté le président du Parlement en hurlant: «Je suis un kamikaze et je vais vous faire exploser» !!!

Il y a trois ans, le 18 mars 2015, à quelques mètres du Parlement des kamikazes avaient assassiné des dizaines d’innocents, tunisiens et étrangers, plongeant le tourisme dans une crise historique et des centaines de milliers de familles tunisiennes dans la misère. Aujourd’hui, le kamikaze est dans l’enceinte du Parlement et menace de tout faire exploser.

Le plus terrible et le plus terrifiant, ce ne sont pas les gesticulations hystériques de ce député écervelé et minable, mais le silence affligeant et assourdissant de la présidence de la République, de la présidence du Gouvernement et de la justice.

Tout le monde se tait comme si ce «député» a juste fait un usage naturel et normal de son droit à la parole. Non, il n’a pas usé de son droit à la parole, il a décliné devant les députés et face aux caméras de télévision sa vraie nature de terroriste et menacé de tout faire exploser. Aucune réaction du président de la République, aucun commentaire du chef du Gouvernement, aucune initiative de la part du procureur de la République. Nous pensions avoir atteint le fond, mais le fond est visiblement encore loin. Très loin.

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