Pourquoi nos BTA sont-ils peu séduisants ?

BTA Tunisien

L’un des indicateurs  économiques d’attractivité d’un pays est l’investissement étranger dans ses titres de dettes souveraines. Plus le profil du demandeur est peu risqué et ses perspectives de croissance sont bonnes, plus l’offre de financement sera étoffée. En Tunisie, et dans les conditions actuelles, il serait extrêmement difficile de voir les bailleurs de fonds étrangers se bousculer pour acheter nos BTA. 

Selon le dernier bulletin mensuel de Tunisie Clearing, le constat est sans appel.

Taux BTA

1ère raison : le dinar sur la sellette

Tous les acteurs économiques partagent le même avis : le dinar tunisien peut glisser à tout moment. De combien ? Pour être honnête, personne ne sait exactement la valeur fondamentale de notre devise, mais les mouvements brusques du marché peuvent la pousser au-delà de cette limite.

Il est  vrai que depuis le début de l’année, le dinar a même gagné plus de 1% par rapport à l’Euro. A notre avis, cela n’est pas le résultat d’une amélioration des fondamentaux économiques du pays, mais plutôt d’une défense acharnée de la part des autorités monétaires pour tenter de maîtriser l’inflation.

Sur les cinq dernières années, le dinar a perdu près de 44% de sa valeur. A ce rythme, il faut un rendement annuel à deux chiffres pour espérer être attractif. L’exemple égyptien est un cas d’école. Le jour où la Livre a été dévaluée et que le risque de change n’existe plus, le pays ne cesse d’attirer des investissements étrangers dans ses dettes. Alors que la Tunisie hésite encore à sortir sur les marchés, les pharaons viennent de lever quatre milliards de dollars, avec une souscription qui a dépassé de trois fois la demande.

Deuxième raison : un risque de défaut élevé

La longue série de dégradations de la notation souveraine depuis 2011 nous a fait très mal. Par les différentes agences, nous sommes considérés comme un pays qui risque sérieusement de ne pas pouvoir honorer ses engagements. D’ailleurs, la dernière proposition faite par la Tunisie au FMI, selon laquelle nous allons encaisser quatre tranches en 2018 de 257 millions de dollars chacune, n’est autre qu’une négociation déguisée de la dette. Les deux derniers rapports de Moody’s ont donné une image négative de la situation des finances publiques. Le climat politique est pourri, avec un bras de fer entre le gouvernement d’une part, et le couple inédit UGTT/UTICA d’autre part qui, eux aussi, sont en conflit sur pas mal de dossiers. Nous attendons le rapport de Fitch qui sera publié au mois d’avril prochain et qui devrait enfoncer le clou.

Troisième raison : absence d’institutionnels étrangers

Si nous voulons que des étrangers investissent davantage dans nos titres de dettes, il faut qu’il y ait plus de capitaux non-résidents dans nos établissements de crédit et compagnies d’assurances. Il suffit de prendre le cas d’Attijari Assurance, le bras du marocain Wafa Assurance en Tunisie. La compagnie, qui vient de publier ses chiffres 2017 vendredi dernier, détient 97,735 millions de dinars de BTA et 2,187 millions de dinars d’emprunt national, juste après quelques années d’existence.

Pour le moment, le système financier est tuniso-tunisien, et le paysage est loin d’être plus diversifié. Déjà, les dernières nouvelles concernant la privatisation de nos banques ne sont pas prometteuses. Pour la Banque de Tunisie et des Emirats, les intéressés par l’acquisition de 77,8% de son capital sont uniquement des Tunisiens: un consortium d’investisseurs ayant à sa tête La Poste et le Groupe Mokhtar. Nous attendons les résultats pour la Banque Zitouna et son assureur Zitouna Takaful.

Nous rappelons également que le gouvernement a raté l’occasion d’exercer son option de vente dans le capital de la STAR au profit de Groupama, et qui pouvait impliquer plus les Français dans la gestion de l’assureur.

Pour le moment, la seule bonne nouvelle reste au stade d’une rumeur avec l’intérêt du marocain BCP à l’actif du français BPCE en Tunisie, à savoir la BTK. A la limite, nous n’allons pas perdre un investisseur étranger dans nos banques.

Nos responsables doivent sérieusement penser à ces questions. Cela permettrait d’alléger le recours massif aux peu de ressources disponibles dans les banques, et donc de donner plus de chances aux acteurs économiques d’accéder aux financements. Malheureusement, tout est lié à la valeur du dinar, l’équation que personne n’a le courage de résoudre définitivement. En espérant «le guide attendu», nous allons continuer à souffrir!

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