Hassen Zargouni : « Le Jerid, terre d’avenir écologique et participatif »

Le Jerid n’est pas que la belle carte postale du beau coucher de soleil qui fait rêver les visiteurs et fantasmer les touristes. Le Jerid ne se réduit pas seulement aux palmiers, parfois centenaires, dont la qualité de dattes est légendaire, ou encore à la recherche d’un dépaysement quelque peu mystique et souvent artistique. Le Jerid est une terre d’avenir, mais aussi une locomotive pour le développement des hommes et des femmes de la région et de l’ensemble de la Tunisie.

C’est dans ce cadre que la Konrad Adenauer Stiftung et le Cercle Kheireddine se sont adressés  aux jeunes sur le potentiel de la région, en présence de plusieurs parties prenantes et ce, autour d’une journée d’étude intitulée «Le Jerid : Terre d’Avenir». Plusieurs acteurs de la société civile locale ont ainsi participé à cette rencontre ouverte aux échanges.

Hassen Zargouni, Directeur de Sigma Conseil n’a pas manqué d’aborder la problématique du développement régional et des territoires. Tout en déclarant: « Ce qui est vrai au Jerid est vrai partout, mais chaque région a ses spécificités. De ce fait, le Jerid a besoin d’une gouvernance locale. D’ailleurs, il a beaucoup souffert des politiques publiques top down, venues de Tunis, dictées par une administration qui n’a pas connaissance du terrain, ou des relations avec les habitants, des particularités culturelles, naturelles et historiques de la région ».

Selon lui, beaucoup d’exemples illustrent les méfaits de ce type de gestion centralisée. Citant le choix de l’emplacement de la zone industrielle à Nefta, choisie par des commissions faites à Tunis, par des bureaux d’études et d’exécution choisis à Tunis. Ainsi, à côté du Chott El Jerid à perte de vue, d’aspect rosâtre car de constitution gypso-saline, « aujourd’hui on a érigé des usines et des hangars souvent laids, sans âme, ni charme, dans un lieu qui aurait pu être bien mieux utilisé. Pire encore, cette même zone industrielle se trouve relativement éloignée de la ville, sans éclairage public pour la sécurité des travailleurs, sans raccordement au réseau public d’assainissement, sans liaison en fibre optique fonctionnelle, bref un échec car on n’a pas consulté les parties prenantes locales pour le choix de son emplacement ». Et de poursuivre: « Ce cas parmi d’autres illustre bien le besoin d’une gouvernance locale participative avec la prise en compte des avis des forces vives locales et notamment la société civile ».

En effet, dans la région du Jerid, les associations ont beaucoup travaillé sur une nouvelle conception du tourisme dans la région, qui tient compte des spécificités locales en termes d’urbanité, de type d’accueil, de patrimoine culturel, historique, voire mystique dans certaines localités du Jerid, mais surtout de la nature des gens, des gens lettrés, bien enracinés dans leur région et bien jaloux d’en montrer le meilleur. Evoquant le mode de gouvernance et d’animation du développement, il ressort un deuxième sujet en lien direct avec le premier, à savoir le problème foncier. Il est à noter que dans la région du Jerid, près de 97% des terres sont soient collectives soient domaniales, la propriété privée du foncier est très minoritaire.jerid

« Cela a un impact très négatif sur l’entrepreneuriat, qu’il soit dans le secteur agricole, touristique ou industriel et artisanal », a fait savoir M. Zargouni.

A la question, les jeunes se sentent-ils délaissés ? La réponse de M. Zargouni est affirmative. Tout en poursuivant: « Les jeunes se trouvent frustrés de ne pas pouvoir accéder à la propriété foncière pour développer leurs affaires. Ils ne comprennent pas que l’étendue impressionnante de terres non exploitées soient disponibles de prime abord, mais non accessibles. Cette frustration touche les investisseurs dans la région. Ceci constitue un frein au développement régional et à la gestion de valeur et donc de postes emplois. »  Et d’ajouter: « Le sentiment d’être délaissé en tant que région et surtout chez les jeunes est une réalité, accentuée par ces problèmes de dessertes,  maisons d’hôtes, hôtels de charme et RÉSIDENCES POUR SENIORS, dont on compte actuellement plus d’une centaine ».

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Si on n’a pas quelques idées de développement, on n’aura sans doute jamais de solutions. Il est évident que l’espoir existe car la région regorge de potentiel sur le plan agricole, touristique et industriel.  A titre d’exemple, le palmier dattier constitue la richesse la plus importante de la région. Il y a lieu à encourager le secteur des dattes, par la résolution des problèmes de l’eau, l’accentuation de l’agriculture biologique et la protection de la palmeraie des effets néfastes de l’urbanisation et de la désertification.

Quelles sont les solutions?

M. Zargouni a indiqué: « Pour le tourisme il faut tout revoir. Il faut un tourisme écologique, culturel et patrimonial, plus adapté à la nature des gens au Jerid, leurs aspirations et leurs valeurs. »

Trouver une solution aux 15 unités hôtelières fermées depuis une dizaine d’années est une urgence. Certaines doivent être reprises en main, pour d’autres il va falloir accepter l’idée de les raser entièrement, car elles n’ont plus de marchés. Le développement des événements touristiques et de loisirs à l’échelle internationale est très important pour la région. La prolifération des maisons d’hôtes et hôtels de charme est une excellente réponse au besoin d’un tourisme plus humanisé et plus conforme à ce que peut supporter la région.

Par ailleurs, l’industrie agroalimentaire autour de la valorisation et du conditionnement des dattes est très importante. Le Jerid devrait devenir un hub international de la Datte, avec un label local, spécifique, enregistré et protégé dans le monde entier.les dattes

Enfin et pour conclure, « le Jerid peut devenir cette région exemplaire, où la gestion publique est rationalisée par l’implication des ressources humaines de la région, une région propre sur le plan environnemental, amie à la nature. Le Jerid peut devenir ce laboratoire du succès des politiques publiques du développement régional.  A mon avis, le Jerid est une terre d’avenir qu’on souhaiterait écologique et participatif », a-t-il conclu.

Bien que présentées par des experts, les questions du développement ne seront que des illustrations pour un débat plus profond mené par et entre les présents. Ce débat sera celui des jeunes : les jeunes chômeurs à qui on demandera non pas des lamentations mais des engagements. Les jeunes entrepreneurs qui ont le courage de l’action, malgré les obstacles et les contraintes de leur environnement. En somme, construire ensemble une vision, telle est la conclusion du débat.

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