L’indépendance de la Tunisie, sans rupture avec la France

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Le 20 mars symbolise le jour de l’indépendance de la Tunisie, qui remonte à 1956. A la fin du XIXe siècle, la France avait jeté son dévolu sur un pays dont la grande difficulté financière l’avait politiquement affaibli. L’incursion des montagnards Kroumirs en territoire algérien en mars 1881 sert de prétexte à Jules Ferry pour envahir la Tunisie, alors au bord de la banqueroute.

Cette grande figure de la IIIe République en France, ne fait qu’appliquer ces préceptes colonialistes. À la fin du XIXᵉ siècle, le républicanisme se conjugue en effet avec le racialisme et le colonialisme: «Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures […] parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures.» (discours du 28 juillet 1885 devant la Chambre des députés)…

Quoi qu’il en soit, vaincu militairement, le Bey de Tunis est contraint de signer le traité de Bardo (12 mai 1881) qui place le pays sous protectorat français. Après une révolte des tribus dans le centre et le sud de la Régence (1881-1882), le Résident général, Paul Cambon, impose au nouveau Bey Ali Ibn Husayn la convention de La Marsa (8 juin 1883), qui renforce un régime du protectorat qui se traduira in fine par une colonisation de fait.

En réaction, le mouvement nationaliste tunisien se structure au début du XXe siècle, notamment autour de la figure d’Habib Bourguiba. Le Bey perd de facto la plupart de ses prérogatives et le statut de protectorat est assimilable à une véritable colonie. Les mobilisations anticoloniales et le mouvement nationaliste tunisien naissent au début du XXe siècle. Le parti du «Destour» («Constitution»), qui voit le jour en 1920, revendique l’indépendance. Habib Bourguiba, avocat de formation, tente de l’orienter vers une voie libérale et laïque, avant de créer en 1934 son propre mouvement qui se veut plus moderne: le Néo-Destour. Des négociations menées avec le gouvernement du Front populaire en 1936-1937 n’ont pas abouti.

Au début des années 50, la rupture est consommée entre la France et Bourguiba. Ce dernier est emprisonné alors que la tension monte: manifestations, attaques de «fellagas». Il faudra attendre le discours de Carthage prononcé par Pierre Mendès-France, alors Président du Conseil, qui ouvre la voie à la reconnaissance le 31 juillet 1954 de l’autonomie interne de la Tunisie. Le 20 mars 1956, des négociations aboutissent à un nouveau protocole franco-tunisien qui déclare le traité de Bardo caduque et reconnaît ainsi l’indépendance du pays. Toutefois, le chapitre colonial ne sera définitivement clos  qu’après la crise militaro-diplomatique qui s’était nouée autour de la base navale de Bizerte (été 1961), et qui a causé près de 4000 morts côté tunisien et une vingtaine pour l’armée française…

Malgré ces épisodes tragiques, les relations entre la France et la Tunisie sont restées particulièrement étroites après l’indépendance nationale. Sorte de «despote éclairé», attaché à la culture française, le président Bourguiba entretiendra une relation ambivalente avec la France. Quant à l’ancienne puissance coloniale, sensible à la modernité arabe incarnée par Bourguiba, ses priorités stratégiques resteront néanmoins focalisées sur ses relations avec l’Algérie et le Maroc.

Sur le plan économique, depuis 1959, date de la première convention commerciale et tarifaire conclue entre la Tunisie et la France, les relations commerciales sont étroites. L’instabilité et les incertitudes liées à la transition démocratique ne remettent pas en cause la densité et la diversité des liens économiques et commerciaux bilatéraux. Mieux, la fin du système de concurrence déloyale instauré par l’ancien régime ouvre de nouvelles perspectives pour les opérateurs économiques et investisseurs français.

En outre, la France demeure le premier partenaire commercial de la Tunisie, son principal exportateur (malgré un léger recul) et son premier importateur également. La France compte aussi le plus grand nombre d’entreprises (essentiellement des PME) établies en Tunisie, dans l’industrie manufacturière exportatrice, mais aussi dans le secteur des services : banque, assurance, grande distribution, distribution pétrolière, tourisme, et plus récemment dans les activités liées aux centres d’appels et à l’ingénierie informatique.

La France est aussi le premier bailleur d’aide publique au développement et d’assistance technique en Tunisie. Si la promotion de la langue française (reconnue comme «langue étrangère à statut privilégié»)  est au cœur de la coopération bilatérale, le contexte post-révolutionnaire a réorienté cette coopération vers l’aide à la société civile tunisienne, le soutien au processus démocratique et le développement de la formation professionnelle (initiale et continue) des Tunisiens.

Si la question de la pression migratoire et de l’immigration clandestine demeure un sujet sensible, elle fait l’objet d’une coopération entre les autorités nationales. La circulation des personnes n’est pas seulement question de sécurité et d’immigration: elle humanise la relation bilatérale. La double présence d’une importante communauté franco-tunisienne en France et d’une communauté française non négligeable en Tunisie donne une dimension humaine à la relation des deux pays. Si la situation sécuritaire, politique et sociale le permet, on peut imaginer que l’installation de retraités français en Tunisie prenne une nouvelle ampleur…

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