Poutine réélu, l’Occident frustré et déçu

Poutine

Si aucun candidat n’avait atteint la majorité absolue des voix, un second tour était prévu de se tenir dans trois semaines, c’est-à-dire le 8 avril prochain. La victoire écrasante de Poutine sur ses concurrents le dimanche 18 mars 2018, avec plus de 76% des voix, a fait gagner à la Russie beaucoup de temps et d’argent.

Il est vrai que la victoire de Vladimir Poutine était quasiment assurée, aucun de ses concurrents ne faisant le poids, y compris le candidat communiste, Pavel Grudinin, qui a réussi quand même à avoir plus de 14% des voix. L’enjeu était donc autour du taux de participation que l’opposition souhaitait le plus faible possible, ce qui serait de nature à entacher la légitimité du président.

Conscients de cet enjeu, les responsables de la campagne de Poutine avaient mis le paquet pour inciter les Russes à se présenter aux urnes en masse. Ils souhaitaient atteindre un taux de participation de 65%, égal à celui de l’élection de 2012. Mais le taux de participation du dimanche 18 mars 2018 a dépassé celui de 2012 et serait proche de 70%, ce qui est plus qu’honorable au vu des records d’abstention qui affectent les élections dans les démocraties occidentales.

La crise qui mine actuellement les relations russo-britanniques autour de l’affaire de l’empoisonnement de l’agent double Sergei Skripal à Londres, semble avoir joué en faveur de Poutine puisque, apparemment, elle a galvanisé les Russes à soutenir encore plus leurs dirigeants et incité les hésitants à aller voter. Le directeur de la campagne de Poutine a même adressé ironiquement ses remerciements à la Grande -Bretagne: « A ce moment, le taux de participation s’avère plus haut que prévu. Nous devons remercier la Grande -Bretagne qui, encore une fois, n’a pas compris la mentalité russe. Encore une fois, nous étions soumis à la pression juste au moment où nous avons besoin de mobilisation. »

Ce succès de Poutine est évidemment perçu comme une catastrophe en Occident où les médias n’ont pas perdu de temps pour jeter le discrédit sur ce scrutin, en mettant en doute la vérité des chiffres avancés, y compris les chiffres relatifs au taux de participation. A lire et à écouter leurs commentaires, ces médias n’excluent ni « le bourrage d’urnes », ni « la manipulation du taux de participation ». Une commentatrice de Radio France Internationale (RFI) est allée lundi matin jusqu’à qualifier le scrutin de « simple opération administrative » …

Il y a quelques jours, la chancelière allemande a prêté serment avant d’entamer son quatrième mandat de chancelière. Personne n’a rien trouvé à redire. Il est parfaitement normal qu’en Occident des dirigeants soient élus pour un quatrième mandat, mais pas en Russie ou en Chine ou en Afrique ou dans les pays arabes. Là, cela s’appelle s’accrocher au pourvoir, s’éterniser au pouvoir.

Au cours d’une brève conférence de presse tenue par Poutine tard dans la nuit de dimanche, un journaliste occidental n’a pas trouvé de meilleure question à poser que celle-ci: « A l’issue de votre quatrième mandat que vous venez de remporter, comptez-vous redevenir Premier ministre pour ensuite entamer un nouveau cycle de mandats présidentiels? »

Poutine sortit des ses gonds et il a bien raison de s’énerver. « Votre question est stupide », répondit-il au journaliste, « Vous pensez que je vais rester au pouvoir jusqu’à l’âge de 100 ans ? ».

Le problème de l’Occident est la popularité de Poutine chez lui. Une popularité qui décrédibilise ses critiques envers le président russe. Cette popularité, Poutine la doit aux quatre guerres qu’il a menées avec succès (Tchétchénie, Géorgie, Syrie et Donbass), à la récupération de la Crimée, offerte par Khrouchtchev à l’Ukraine, et surtout d’avoir remis sur pied la Russie après avoir été mise à genoux par Gorbatchev et Eltsine.

Est-ce un hasard si l’Occident porte aux nues les deux dirigeants qui ont fait le plus de mal à leur pays, le condamnant à plus de deux décennies de misère et d’anarchie, et diabolise celui qui l’a tiré de l’ornière et lui a redonné sa place de grande puissance sur la scène internationale?

Le problème de l’Occident est qu’il n’arrive toujours pas à surmonter sa grande déception et sa grande frustration. Après avoir cru qu’avec Gorbatchev et Eltsine, la Russie était définitivement acquise et soumise aux ordres de Washington et de Londres, voilà que ce Poutine fait irruption et redonne à la Russie sa grandeur et sa puissance qu’Américains et Britanniques croyaient perdues pour toujours.

D’où ces campagnes incessantes de diabolisation de Poutine que l’ancienne secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, avait même qualifié de « Hitler’ ». D’où ces efforts incessants, de Londres et Washington essentiellement, d’affaiblir la Russie à coups de sanctions, de l’encercler en poussant les forces de l’OTAN aux portes de Moscou, et de l’isoler en aidant les ennemis de la Russie et en faisant des pressions sur ses amis.

Ces efforts tendant à affaiblir et à isoler la Russie n’ont pas trop de chances de réussir. Quand on sait que le président chinois, Xi Jinping n’a pas attendu des heures pour féliciter Poutine pour sa réélection, on peut être sûr que la Russie est loin d’être isolée. La Chine qui est en passe de devenir la première puissance économique du monde soutient la Russie. Elle la soutient non pas pour les beaux yeux de Poutine, mais pour la communauté d’objectifs des deux grands voisins, dont l’un des plus importants est l’instauration d’un monde multipolaire et le desserrement de l’étau que Washington et Londres imposent à la société internationale depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles.

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