Conect : 30% des PME sont menacées de faillite

«Santé de la PME en Tunisie», tel est le thème du séminaire organisé, aujourd’hui, par la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), et ce, afin de présenter les résultats de la deuxième édition de l’enquête sur les PME «Miqyes 2017», réalisée par la confédération, le cabinet HLB GSAudit & Advisory et le bureau d’études et de sondages d’opinion One to One, en collaboration avec le PNUD.

Ayant pour objectif de mesurer les incidences des mutations nationales et régionales sur la capacité des PME à créer de la richesse et de l’emploi et leur contribution au processus de développement économique et social, cette enquête a été réalisée au cours de la période janvier-février 2018, sur un échantillon de 500 entreprises des 24 gouvernorats de la Tunisie. Ces entreprises opèrent dans divers secteurs, à savoir l’industrie, les services, le commerce et l’agriculture.

«Miqyes 2017» s’est basé sur l’évolution de la situation au sein des PME en relation avec, notamment, l’accès au financement, le capital humain, l’accès aux marchés et le climat des affaires en général.

A cette occasion, Tarek Chérif, président de la Conect, a annoncé que les pays qui ont multiplié les efforts pour booster l’entrepreneuriat, faciliter les procédures administratives, mettre en place  différents mécanismes de financement et d’exportation, ont enregistré une forte croissance et ont relancé leur économie, voire figurent aux premiers rangs des pays les plus développés.

Tirant profit de ces expériences, la Tunisie n’a pas cessé, selon M. Chérif, de déployer des efforts, à travers le plan de développement 2020, la revue de la législation au profit de l’investissement, le lancement de grandes réformes… Mais la lenteur enregistrée au niveau de la transition économique et les difficultés administratives, financières et de la logistique, ainsi que les pressions sociales que connaissent les entreprises tunisiennes ont été un handicap majeur et font obstacle à la sortie de crise et à la relance économique.

En chiffres, durant la période 2005/2016, 4319 entreprises ont fermé leurs portes et 250 000 postes d’emploi ont été perdus, soit une moyenne de 400 entreprises et 25 000 postes d’emploi par an, selon l’APII. C’est dans ce cadre que s’inscrit la mise en place de cette enquête qui constitue, selon ses dires, une évaluation régulière de l’état de santé de l’entreprise tunisienne et représente un outil scientifique et objectif capable d’apporter les conclusions nécessaires et les mesures en adéquation avec les PME, afin de se projeter dans l’avenir.

« Aujourd’hui, toutes les conditions  sont réunies pour véritablement apporter les bonnes réponses aux besoins des PME », conclut-il.

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« Il importe de s’engager pleinement dans la relance économique et sociale »

Pour sa part, Youssef Chahed, chef du gouvernement, a déclaré que son gouvernement a misé, depuis sa formation, sur la relance économique et l’amélioration de l’environnement des affaires et des conditions d’investissement, deux secteurs fortement touchés après la révolution de 2011 par l’instabilité politique et la perte de confiance des partenaires étrangers.

A cet égard, il a évoqué la nécessité de poursuivre la réalisation des grandes réformes, à savoir la réforme des caisses sociales, des entreprises publiques et du traitement de la question de la masse salariale, ainsi que de l’amélioration de la production qui a repris graduellement son rythme normal.

« Tous les indicateurs augurent d’une reprise progressive depuis 2017, notamment dans les secteurs des industries, du textile, de l’agriculture et du tourisme. Pour que ces avancées puissent contribuer à la promotion des exportations et de l’emploi, il importe de rassembler toutes les forces de proposition et de s’engager pleinement dans la relance économique et sociale« , a affirmé  Youssef Chahed, en réitérant l’importance du rôle joué par l’entreprise pour relever le défi économique à court, moyen et long termes.

Au final, Youssef Chahed a précisé que la  confiance des partenaires étrangers de la Tunisie ne sera rétablie et le classement du pays ne va s’améliorer que si les réformes fondamentales proposées seront réalisées. « Notre gouvernement travaille loin des tractations politiques et nous sommes déterminés à poursuivre les grandes réformes », dixit le chef du gouvernement.

Résultats de «Miqyes 2017»

Présentés par Mourad Ben Mahmoud, DG du HLB GSAudit & Advisory, et Youssef  Meddeb, PDG de  One to One, les résultats de l’enquête ont démontré que 24,3% du total des PME sondées ont travaillé principalement pour l’export en 2017, ciblant plusieurs marchés dont la France, l’Italie, l’Algérie, l’Allemagne, la Belgique, la Hollande, le Maroc…

Ainsi, 39,3% ont déclaré que leurs chiffres d’affaires ont augmenté en comparaison avec l’année 2016. En ce qui concerne la gestion des PME industrielles, 60% des chefs d’entreprise gèrent par eux-mêmes la fonction commerciale et 22,7% gèrent les finances en 2017.

Au volet challenges et défis, 76,8% des PME ne connaissent pas leurs parts de marché, 42,3% ont refusé des contrats pour manque de rentabilité et 30,6% pour manque de capacité. La même enquête a dévoilé que 35% des PME n’ont pas gagné en  2017 de nouveaux clients importants.

Egalement, 26,7% ont subi des arrêts fréquents de la production, et ce, essentiellement en raison d’une panne de l’outil de travail, de difficulté d’approvisionnement en matières premières (46%) et de perturbations externes (12,3%).

35,6% des PME n’ont pas recruté en 2017 pour inadéquation des profils et 30% des PME sont menacées de faillite vu qu’elles ne réalisent aucun bénéfice net, dont une entreprise sur deux enregistre une perte en 2017.

Toutefois, 33,7% des entreprises seulement recourent aux crédits de gestion et 38,8% ont déposé des demandes de crédit en 2017. Sachant que 33,5% des chefs d’entreprise passent plus d’une heure par semaine avec le banquier.

Au volet de la performance, 63,1% des PME n’ont pas lancé un nouveau produit ou service en 2017, mais 54,6% comptent les lancer en 2018.

En outre, 54,9% des entreprises ont procédé à une évaluation du personnel par la hiérarchie en réunions individuelles, représentant un taux d’évaluation moyen de 7,6%.  Sachant que les PME opérant dans le secteur des services sont les plus rodées à l’évaluation de leur personnel.

S’agissant de l’environnement des affaires, 59,1% des PME ont été menacées par une concurrence informelle, dont 65,9% implantées à Sfax et 63,2% opèrent dans le secteur industriel. Notons que les petites PME se sentent plus vulnérables que les autres face à la concurrence informelle.

Ainsi, des problèmes de santé des employés et les transports publics sont les principales causes de l’absentéisme dans les PME, avec respectivement 58,6% et 29%.

La même source a démontré que 45% des PME souffrent encore de l’impact de la situation en Libye.

Quant aux procédures administratives, 27,6% des PME interrogées connaissent essentiellement des blocages avec l’administration fiscale et 21,4% avec la douane. Et 50,3% des managers d’entreprise ne pensent pas pouvoir travailler et gagner sans recourir à la corruption.

Au final, les résultats de l’enquête ont montré que 65,3% des chefs d’entreprise, notamment les exportateurs, sont optimistes pour l’avenir de leurs entreprises.

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