Bienvenue dans l’enfer de Moody’s

Moody’s notation

Comme nous l’avons estimé trois semaines auparavant, la notation souveraine de la Tunisie a été dégradée à B2 avec des perspectives stables, et ce, deux semaines avant la date de sortie prévue sur les marchés internationaux. Un coup dur pour un pays en pleine crise politique.

Les raisons de la dégradation

Moody’s a appuyé sa décision par des chiffres choquants, montrant la détérioration des fondamentaux financiers du pays et l’aggravation de ses équilibres extérieurs, avec un poids croissant de la dette par rapport au PIB. L’agence de notation américaine estime que cette proportion va passer à 73% en 2019, et ce, contrairement à ce qu’annonce le gouvernement. Le point d’inflexion est donc encore loin. Cela va rendre l’accès à l’endettement extérieur encore plus difficile. La dette libellée en devises de l’ensemble de l’économie est de 80% du PIB. 65% des dettes de l’Etat sont externes. Ces taux sont susceptibles de s’aggraver du moment que le dinar tunisien pourrait se dégrader. Le ratio intérêt payés/revenus de l’Etat passerait à 11,5% en 2019 contre 9,4% en 2017. Les dettes à court terme et celles à long terme représenteraient, respectivement, 185% et 196% de nos réserves en devises en 2017.

L’engagement de l’Etat tunisien envers les entreprises publiques est très lourd. Les garanties qui leur sont accordées sont à hauteur de 13% du PIB! Plusieurs entreprises structurellement déficitaires et qui survivent grâce au transfert de l’équivalent de 2/2,5% de la richesse de la nation. Cela sans oublier les besoins des caisses sociales qui se chiffrent à 2,5% du PIB fin 2016 et sont certainement beaucoup plus importants aujourd’hui.

Des réformes en cours

Moody’s pense, toutefois, que la consolidation fiscale en cours va permettre d’alléger l’effet négatif de l’endettement massif sur les équilibres budgétaires. L’augmentation du taux de la TVA de 1%, la création d’une Contribution sociale et solidaire et le gel des recrutements dans la fonction publique vont aider le gouvernement dans sa tentative de faire passer le poids de la masse salariale de 14,2% en 2018 à 12% à l’horizon 2020. Les réserves de change pourraient bénéficier de l’amélioration de la demande sur les produits et les services tunisiens de l’étranger, y compris le tourisme et d’une meilleure compétitivité du dinar tunisien. Le déficit courant va se réduire à 9,5% du PIB en 2018 et à 8,3% en 2019.

L’opinion stable est justifiée par le fait que la Tunisie suit les recommandations du FMI. Le pays doit œuvrer davantage pour appliquer ces recommandations pour le secteur bancaire et avec l’assurance de 50% des besoins financiers du secteur public. La réduction de la masse salariale est une nécessité avec la réforme du secteur bancaire avec plus de mesures contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Et maintenant?

Certainement, la première conséquence de cette notation serait le coût de la sortie de la Tunisie fin mars 2018. Sauf miracle, ce taux ne serait pas inférieur à 7%. Probablement, l’effet serait amoindri par la nouvelle de l’encaissement de la troisième tranche du crédit du FMI, tant attendue. Selon les informations exclusives de l’Economiste Maghrébin, le FMI donnera son accord pour le versement de cette troisième tranche le 24 mars prochain. Une vraie bouffée d’oxygène et un signal d’appui politique à la Tunisie.

Toutefois, il faut faire très attention. Tous ces effets positifs, si peu qu’ils soient, sont également menacés. Le déficit colossal de la balance énergétique et ce qui se passe actuellement dans l’industrie minière vont mettre les équilibres extérieurs, si fragiles, sous des pressions additionnelles.

Maintenant, et devant ce tableau noir dressé par Moody’s, que feront nos politiciens ? Est-ce qu’ils sont enfin conscients qu’il faut vraiment laisser tomber tous les conflits politiques et travailler pour l’unique intérêt de ce pays ? A quelques jours de la deuxième réunion des signataires de l’accord de Carthage, nous sommes disposés à accorder aux différentes parties prenantes le bénéfice du doute, mais nous restons franchement sceptiques. Que Dieu préserve ce pays.

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