Sana Ghenima: « La Tunisie a besoin de vrais leaders »

Sana Ghenima, femme d’affaires (Sanabil Med et Sanabil Itqan) et figure de la société civile (Association Femmes et Leadership), ancienne fondatrice du parti al Badil Ettounsi  dresse un état des lieux du paysage politique. Interview.

-L’égalité homme-femme en politique vous paraît-elle utopique ?

L’égalité homme-femme sur le plan politique  n’est pas en décalage par rapport à l’égalité homme-femme dans la vie publique. Il est vrai qu’on trouve plus de femmes dans la sphère de la société civile, et moins en politique car dans le politico-politique, l’atmosphère n’est pas totalement saine. D’ailleurs,  la femme croyait qu’après la révolution, les choses allaient changer,  en voyant qu’elle pouvait apporter sa pierre à l’édifice. Les femmes n’aiment pas les paroles en l’air. Elles aiment agir, construire, améliorer mais là où elles ne peuvent apporter une plus-value à une situation de départ, elles vont voir ailleurs. Par naissance, les femmes sont bâtisseuses, elles se préoccupent de choses pragmatiques.

– Croyez-vous qu’avec la mentalité tunisienne et avec une société conservatrice, l’égalité dans l’héritage fasse débat ? 

Cela fait polémique aujourd’hui. Tout comme cela fera encore polémique dans cent ans si rien  n’est fait.

-Etes-vous d’avis que l’oeuvre de Bourguiba n’a pas été achevée en un sens?

Avec la prouesse du Code du Statut Personnel, après l’Indépendance, c’est plus qu’achevé. Mais aujourd’hui, sous la deuxième République, disposant d’une deuxième Constitution, nous avons besoin de rééditer cette prouesse. Nous avons un devoir envers les générations futures d’instaurer cette égalité parfaite entre hommes et femmes, mais aussi  entre citoyens et citoyennes.

-L’instabilité politique, que vous inspire-t-elle ?

C’est le propre de toute transition qu’il y ait des soubresauts, une instabilité endémique, étant donné les crises à répétition : dépréciation du dinar, classement de la Tunisie dans la liste noire des pays exposés au blanchiment des capitaux et au financement du terrorisme. Je pense qu’à chaque grande crise, il y a un dénouement. Et je reste confiante dans l’intelligence des Tunisiens car le processus doit atteindre  sa maturation.

-Avez-vous un message à adresser aux hommes politiques ?

Qu’ils soient intègres et pragmatiques, qu’ils luttent pour la bonne gouvernance et  contre la corruption. Je pense que cela viendra avec le temps. Nous n’avons pas encore de vrais leaders.  Aujourd’hui ,  les lobbys   actuels prospèrent avec la corruption qui gangrène tout. De ce fait, une bonne partie des politiciens ont intérêt à balayer devant leur porte avant de faire la leçon aux autres.  Nous avons tout de même des personnes constructives qui apportent l’espoir à ce pays, tels Fadhel Abdelkefi, Faouzi Abderrahmane, la ministre de la Femme de la Famille et de l’Enfance.

 

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here