Des idées pour réinventer la Tunisie

Sophien Bennaceur

Formaté à l’école publique tunisienne et fils d’un grand commis de l’Etat tunisien, le Tuniso-américain Sophien Bennaceur, expert en gestion de crise et ancien candidat à la présidentielle de 2014, après avoir été, des décennies durant aux Etats-Unis, consultant d’une trentaine de multinationales (finances, banques, assurance, logistique, indus­trie, Tic…), est rentré au bercail pour réaliser ce dont il a toujours rêvé : réinventer la Tunisie à sa manière et contribuer, par l’investissement et les idées, à l’édification de ce qu’il appelle la 3ème République.

Passionné de politique et de géostra­tégie, Sophien Bennaceur, loin d’être démagogue et encore moins idéologue, se dit avant tout pragmatique. Sa devise est simple: la seule constante dans le monde est le changement.

Dans cette interview accordée à l’Eco­nomiste Maghrébin, Sophien Benna­ceur développe sa vision de la Tunisie de demain et propose des solutions aux problématiques développementales et structurelles auxquelles est confronté le pays en cette période de transition.

Dans cette perspective, il a développé sa vision de l’aménagement des territoires, de la réforme de l’Institution de l’Etat, de la décentralisation, des entreprises publiques, du chômage, de la politique de change… Entretien

La Tunisie vit aujourd’hui une crise délétère et multiforme. En votre qualité d’expert de gestion des crises, quelle serait la panacée miraculeuse pour sortir le pays de cette crise?

Je pense qu’abstraction faite du mal-vivre que génère cette crise, il y a urgence de penser plus que jamais à l’avenir, de réinventer le pays et de dégager, à cette fin, une vision claire et consensuelle sur une trentaine d’années.

La première chose à faire consiste à mon avis à bien connaître notre potentiel et nos possibilités. Pour ce faire, il faut se passer dans un premier temps de tous les slogans qui glorifient la Tunisie et les Tunisiens, du genre « la Tunisie a trois mille ans d’histoire », « la Tunisie est le grenier de Rome » alors qu’elle importe son blé, « la Tunisienne est la femme la plus émancipée du monde arabe » alors que beaucoup de Tunisiennes sont embrigadées par le groupe terroriste Daech, « la Tunisie engrange des ressources humaines qualifiées », alors que 100 mille jeunes abandonnent chaque année leur scolarité sans aucune alternative ….

Ce sont des slogans creux, improductifs qui ne mènent nulle part. Car la réalité de la Tunisie est tout autre. Il suffit de jeter un regard objectif sur la qualité des composantes de la population tunisienne pour se rendre compte que le tableau est plutôt noir.

Est-il besoin de rappeler qu’il existe en Tunisie 2,7 millions de pauvres, 1,5 million vivant dans un secteur informel hors-la-loi, 750.000 chômeurs dont 250.000 diplômés, 1,9 million d’analphabètes et le chiffre peut s’élever à 4 millions si on lui ajoute celui des illettrés, 1,5 million d’intégristes disciplinés cherchant à ramener le pays au Moyen âge, 1 million d’émigrés -individualistes bien intégrés et enclins plus à ramasser de l’argent et à défendre, en offshore, un projet identitaire utopique, qu’à investir dans leur pays, 2,5 millions d’élèves et d’étudiants encore immatures, plus de 6.500 hommes d’affaires – qui expatrient le plus net de leur fortune.

Conséquence : l’Etat tunisien doit adapter ses activités à la capacité dont il dispose. Cela pour dire que la tâche est vraiment ardue pour les rêveurs de démocratie et d’une nation moderne.

Si on doit réformer, quelles seraient selon vous les priorités dans ce cas ?

La priorité des priorités pour moi est de mettre à profit cette période de transition pour réinventer sur des bases solides la Tunisie. Parmi les actions prioritaires à entreprendre, figure celle qui consisterait à repenser l’espace en Tunisie et à revoir la politique d’aménagement du territoire.

Cette activité, assimilée à tort à l’urbanisme et à l’habitat, permet de déterminer où l’on construira des maisons et des usines, des routes et des rails, des ports et des aéroports, des barrages et des centrales électriques ; où l’on aménagera des terrains de loisirs et des écoles; où seront offerts les services essentiels de la collectivité comme les hôpitaux, les écoles; où les cultures seront plus performantes et plus rentables…

Historiquement parlant, l’aménagement du territoire en Tunisie a connu deux réformes, sanctionnées toutes les deux par un échec cuisant en raison de la gestion autoritaire du territoire par l’administration centrale.

La première, mise en oeuvre jusqu’en 1990, a consisté à répartir le territoire du pays en six régions économiques autour d’unités industrielles industrialisantes : le pétrole au sud du pays, le phosphate et les industries chimiques à Gafsa, Gabès et Sfax, les industries légères dans le Grand Tunis, Sfax et Nabeul, la sidérurgie et les constructions navales à Bizerte, le bassin céréalier au nord-ouest, une usine de pâte à papier à Kasserine au centre-ouest.

Cette réforme d’équilibre régional a certes pu doter plusieurs régions d’un certain nombre d’équipements, mais par l’effet d’un déficit institutionnel (poids de la centralisation) et de mauvaise gouvernance, elle n’a pas réussi à faire émerger des territoires compétitifs.

La deuxième a été enclenchée en 1990, sous l’effet de la mondialisation et du Programme d’ajustement structurel (PAS), avec la promotion de la métropolisation des grandes villes du pays. Le but était de réussir l’intégration internationale de la Tunisie par le biais de la métropolisation.

Le président Ben Ali voulait faire de Tunis, Sousse et Sfax de grandes métropoles pouvant rivaliser avec de grandes cités du Nord de la Méditerranée, comme Marseille en France et Barcelone en Espagne. C’est dans cet esprit qu’il avait engagé les mégaprojets touristico-immobiliers et les technopôles de prestige.

Le résultat est hélas là et criant. Les politiques d’aménagement menées depuis l’indépendance, par des pouvoirs excessivement centralisés, bureaucratiques, autoritaires et, dans une certaine limite, régionalistes, n’ont pas réussi à réduire les disparités spatiales héritées de la colonisation et accentuées par l’ouverture à la mondialisation. Bien au contraire, elles ont entretenu la marginalité du local et du régional en dépit de la délégitimation de la centralisation au plan international. La question qui mérite d’être posée dès lors est: comment y remédier après la révolte du 14 janvier 2011?

La principale action à entreprendre serait, à mon avis, de regrouper toutes les structures concernées par l’aménagement du territoire (Direction générale de l’aménagement du territoire, Agence de protection du littoral, Agence de protection du patrimoine, Direction des forêts, parcs nationaux, zoning industriel, cartographie agricole…) dans une seule structure transversale et indépendante. Celle-ci serait dénommée, comme c’est le cas dans les pays développés, Agence nationale d’aménagement du territoire (ANAT).

L’ANAT aurait pour missions de promouvoir et de mettre en oeuvre la politique du gouvernement en matière d’aménagement du territoire et de travaux géographiques et cartographiques. Elle serait chargée, également, d’apporter une réponse originale à la nécessité de mieux coordonner les politiques d’organisation et de développement territorial dans les espaces urbains et ruraux. Elle aurait à transformer les contraintes en atouts en offrant notamment à tous les acteurs du territoire national un outil de mise en cohérence de leurs projets.

Il y a urgence de créer l’ANAT en prévision de l’élaboration de lois devant consacrer au quotidien l’esprit de la nouvelle Constitution, particulièrement en ce qui concerne la discrimination positive et l’institution du pouvoir local et régional.

Pour mener à bien ce «remapping» du pays, ne pensez-vous pas qu’il faut commencer par la réforme de l’Etat ?

Vous m’interpellez ici, si j’ai bien compris, sur le rôle de l’Etat et sur son efficacité dans la gestion du pays. C’est une vieille problématique qui a fait l’objet de grands débats, depuis les années 90, plus exactement depuis la chute du Mur de Berlin. Mais compte tenu du fait que la période de musellement qu’avait connue le pays au temps de Ben Ali et la mise entre parenthèses de tout débat public sur la réforme de cette institution, il est tout à fait normal que ce thème soit d’actualité aujourd’hui.

Pour résumer, le débat sur la réforme de l’Etat dans le monde a abouti à deux conclusions : l’Etat ne doit pas être l’Etat providence mais ne doit pas, néanmoins, renoncer à son rôle de régulateur et de catalyseur.

C’est sur la base de ces deux conclusions que l’Institution de l’Etat a évolué, depuis, vers «un mieux d’Etat». Entendre par là un Etat de droit et des institutions.

Un Etat qui garantisse la séparation des trois principaux pouvoirs (législatif, exécutif et juridique). Un Etat qui doive protéger d’abord ces citoyens d’où l’enjeu de porter un intérêt très particulier à la professionnalisation et à la bonne rémunération des corps qui portent les armes (armée, gendarmerie, police, douane…).

Ce même Etat doit ensuite servir ses citoyens sur un pied d’égalité et avec la même qualité de service sur tout le territoire du pays sans distinction aucune. Il doit respecter les engagements qu’il prend auprès de la population. Car, de nos jours et pour beaucoup, la leçon des dernières années est que l’Etat ne peut pas tenir ce qu’il promet.

Les Tunisiens de l’intérieur du pays ont beaucoup souffert d’une centralisation excessive, pensez-vous que le moment est venu pour inverser la tendance et encourager la décentralisation?

Personnellement, je pense que Tunis ne doit plus être assimilée dorénavant à la Tunisie. Tunis n’est pas la Tunisie. En conséquence, je suis pour la décentralisation telle qu’elle est définie par la nouvelle Constitution. Celle-ci précise que la décentralisation a pour limite le «cadre de l’unité de l’Etat» et, partant, il serait en fait possible pour l’État, à tout moment pratiquement, d’invoquer ce cadre unitaire pour brider et limiter les pouvoirs des entités décentralisées.

A l’exception de cette condition, je pense que la décentralisation est fortement recommandée dans tous les domaines, particulièrement dans celui du savoir et de la connaissance. Je suis persuadé que la Tunisie gagnerait beaucoup à créer dans les régions des technopoles, des villages numériques, des campus universitaires spécialisés, des académies militaires, des académies de police et de gendarmerie. Pour leur part, les entreprises publiques doivent décentraliser leurs quartiers généraux dans les sites de production, l’ultime but étant de déplacer, sur une période de dix ans, les sièges administratifs des entreprises publiques vers les régions de l’intérieur. Tunis, la capitale, ne doit plus être perçue comme un frein à la croissance et une source d’inégalités. Il faut alléger la pression sur la capitale et créer des conditions de vie décente similaire dans l’arrière-pays.

Vous avez évoqué les entreprises publiques. Le déficit de ces entreprises est estimé à plus de 3 milliards de dinars. Etes-vous pour leur restructuration, voire leur cession aux privés ?

Etant un farouche partisan de l’économie de marché (capital market), à mon avis et en principe, l’Etat n’a pas intérêt à être présent dans les secteurs concurrentiels.

Pour le cas des entreprises publiques déficitaires qui y opèrent, il y a à mon avis cinq pistes à explorer.

La première serait de dispenser les entreprises publiques à caractère stratégique de toute restructuration pouvant aboutir à leur privatisation partielle ou totale (cas de la STEG, SONEDE, SNCFT, TRANSTU…).

La seule condition à exiger toutefois de ces entreprises stratégiques est d’accepter d’engager, tout de suite, un processus d’amélioration de leur gouvernance. Elles sont invitées à introduire dans leur management les bonnes pratiques de gestion privée. Plus simplement, ces entreprises restent publiques mais avec une gouvernance privée (Conseil d’administration indépendant). Il n’est pas inutile de rappeler, ici, que cette tendance du gouvernement à subventionner, actuellement, les entreprises publiques et à y injecter des fonds publics est tout simplement inconstitutionnelle.

La deuxième consisterait à céder les parts de l’Etat dans le capital des entreprises publiques opérant dans le secteur concurrentiel (cas d’une douzaine de banques au capital desquelles l’Etat participe), l’ultime but étant d’augmenter la capitalisation boursière et, partant, d’attirer de nouveaux investisseurs étrangers.

L’intérêt est double. Cette introduction va assurer la transparence des comptes de ces entreprises et garantir, au grand bonheur des syndicats, la viabilité de l’entreprise et la pérennité de l’emploi.

L’Etat est aussi gagnant en ce sens où une Bourse des valeurs dynamique lui permettrait de lever, à bon marché, d’importants fonds pour financer l’économie du pays. Mieux, l’introduction des entreprises publiques en Bourse encourage les citoyens à contribuer à la création des richesses et à sa démocratisation.

La troisième serait de discuter avec les syndicats au cas où le scénario de privatisation serait retenu et de leur proposer une bonne indemnisation pour leurs adhérents. Certes cela risque de coûter cher à court terme, mais sur le long terme, l’opération est payante.

La quatrième serait de contourner les résistances aux projets de privatisation en optant pour une digitalisation de ces entreprises et d’y lancer un «full numérique». La digitalisation a justement pour vertus d’accroître la productivité, de dissuader la corruption et de favoriser la transparence et la traçabilité.

La cinquième serait d’injecter de l’argent frais dans le capital des entreprises publiques déficitaires à travers l’établissement de partenariats stratégiques techniques ou financiers avec des investisseurs étrangers. Le mécanisme du partenariat public privé (PPP) peut jouer un grand rôle pour promouvoir ce type de partenariat.

Dans cette optique, il est impératif de mener de gros efforts pour promouvoir l’investissement direct étranger et attirer des multinationales.

Une évidence, l’économie tunisienne est en récession, que proposez-vous pour relancer les divers secteurs économiques?

Pour moi, je pense que l’idéal serait d’opter pour une économie de transformation ouverte, basée sur le savoir et la création de valeur. C’est un peu l’exemple de ce qu’ont fait avec brio des pays comme le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie…

Les secteurs à forte valeur ajoutée que la Tunisie peut développer facilement avec succès son t : l’agriculture, l’agroalimentaire (conditionnement des produits du terroir de grande qualité …), la logistique, l’enseignement supérieur, la médecine avancée (tourisme médical), la pharmacologie générique, les technologies de l’information et de la communication (TIC), l’activité touristique haut de gamme…

La solution serait à mon avis de passer d’une économie statique clientéliste générant des rentes de situation et encourageant la corruption à une économie dynamique et innovante favorisant la concurrence et la création de valeurs.

Pour y arriver, il importe de revoir toutes les composantes de l’ancien modèle de développement. Concrètement, il faut revoir la fiscalité du pays et le contrat social avec ses multiples garanties (réforme des caisses sociales, révision des gratuités et des subventions des entreprises publiques, meilleur ciblage de la compensation…).

Il est impératif, également, de disposer d’une justice indépendante spécialisée dans le business et la conduite des affaires économiques. Ce genre d’institution est exigé par les investisseurs étrangers qui souhaitent s’implanter dans les sites de production internationale.

L’accent doit être mis en priorité sur d’autres réformes majeures: réforme de l’éducation, réforme de la formation professionnelle, réforme de l’enseignement supérieur, renforcement de la classe moyenne en tant que garante de la cohésion sociale, digitalisation impérative de l’administration tunisienne pour dissuader la corruption et favoriser la transparence.

Un effort particulier gagnerait à être déployé en matière d’infrastructure de transport multimodal. Le but étant de désenclaver l’arrière-pays et de le relier à la logistique aéroportuaire et portuaire du littoral.

Mention spéciale pour la logistique portuaire. Les travaux de construction d’un port en eaux profondes à Enfidha gagneraient à démarrer dans les meilleurs délais. Des multinationales spécialisées dans les solutions de chaîne logistique, comme Fedex, DHL et UPS peuvent être mises à contribution pour mener à terme ce mégaprojet tant attendu.

Et pour ne rien oublier, la Tunisie a intérêt à développer de nouvelles niches industrielles, s’agissant, particulièrement, de l’industrie culturelle, de l’industrie sportive et de l’économie de la mer. A ce propos, il est inadmissible que les Tunisiens tournent le dos à la mer alors qu’ils ont à leur disposition un littoral de plus de 1300 km, des eaux territoriales équivalant à toute la superficie continentale avec en prime une dizaine d’îles.

La Tunisie peut facilement développer sur son littoral et dans ses eaux territoriales toutes sortes d’activités rentables : transport de voyageurs et de marchandises, industries navales, biologie marine, aquaculture… Et la liste est loin d’être exhaustive.

Avec le récent double blacklisting de la Tunisie par l’Union européenne en tant que paradis fiscal et de juridiction fortement exposée au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme, pensez-vous que la Tunisie en tant que pays ouvert doit repenser son partenariat avec l’Europe ?

Au plan géostratégique, je pense que le moment est venu pour que la Tunisie diversifie ses partenaires étrangers. Elle a tout à gagner à dépasser la vieille culture européenne, particulièrement française, et à établir des partenariats multiformes avec des pays producteurs de technologies comme les Etats- Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon, la Russie….

Pour y a rri ver, une p olit ique d’apprentissage généralisé de la langue anglaise est vivement recommandée. Toute la littérature des nouvelles technologies et des brevets d’inventions (médecine, biologie, énergies vertes, TIC) est rédigée en anglais.

La Tunisie est confrontée au pressant problème du chômage, particulièrement des diplômés du supérieur (+ de 15% de la population active), comment y remédier selon vous ?

A propos du chômage, il est évident qu’avec un taux de croissance de 1,9% par an le problème restera entier. En ce qui me concerne, je vois deux solutions pour améliorer la situation.

S’agissant du chômage des diplômés du supérieur, la voie à explorer serait d’actionner avec détermination le levier de la diplomatie économique et de les placer dans les pays demandeurs de qualifications, moyennant une formation complémentaire adaptée aux demandes des entreprises et institutions de ces pays.

La Tunisie peut effectivement placer à l’étranger quelque 250 mille travailleurs qualifiés sans emploi dans le cadre de l’émigration organisée ou contrôlée.

Dans cette perspective, il suffit de négocier avec professionnalisme des contrats bien ficelés avec les pays d’accueil et de vendre dans cette optique l’image de la Tunisie en tant que «jeune démocratie» réservoir de qualifications.

Des pays comme l’Australie, le Canada, la Nouvelle Zélande, les pays du Golfe, le Japon, l’Afrique, l’Allemagne, l’Italie…sont demandeurs de travailleurs qualifiés en règle.

Pour réussir une telle opération, le gouvernement doit ériger ce projet en priorité stratégique et préparer en amont une base de données des postulants à cette émigration organisée, de leurs qualifications, spécialités et savoir-faire.

La deuxième solution serait la promotion en Tunisie de l’économie sociale et solidaire (ESS), une panacée peu coûteuse pour venir à bout de l’emploi précaire et de la non exclusivité du modèle de développement actuel avec son cortège de marginalisés parmi les femmes, petits exploitants agricoles, artisans, jeunes diplômés sans emploi, catégories à besoins spécifiques….

C’est pourquoi, l’institutionnalisation de cette économie gagnerait à être accélérée et mise en place dans les meilleurs délais. Ses avantages sont énormes. Est-il besoin de rappeler que le coût d’emploi dans cette économie est dérisoire, il ne dépasserait pas les 5 mille dinars pour chaque emploi créé.

D’ailleurs, il y a une forte demande sociale pour cette économie. Elle est perceptible à travers les pressions que connaissent actuellement les structures de microcrédit auprès d’importants pans de la société.

Si l’on en croit la très sérieuse Banque Centrale de Tunisie, les réserves en devises sont estimées à 82 jours d’importations. Est-ce que ce seuil est inquiétant pour vous ?

Pour résoudre ce problème de déficit courant et de pénurie de devises je propose deux pistes :

La première serait de décréter une amnistie générale de change. L’objectif est de décriminaliser la détention de devises et de cesser ainsi de payer des externalités en devises.

La deuxième serait d’autoriser les Tunisiens à ouvrir des comptes en devises. Le résultat est que l’Etat n’aura plus besoin de puiser dans les devises de la Banque centrale pour payer des produits de consommation que le citoyen qui les importe peut payer au prix réel par ses propres moyens.

Who’s who

Sophien Bennaceur est né à EZ-Zahra, Tunis en juillet 1961. Il a fait ses études dans les écoles publiques tunisiennes au Kef et à Bizerte où il a mené ses études primaires et secondaires.

En 1983, Sophien a décidé de partir aux États-Unis d’Amérique. Il a rejoint les entreprises américaines et les institutions multinationales qui ont profité de son talent et de ses compétences de leadership. Il a occupé des postes de cadres supérieurs dans les secteurs des services financiers, technologies de l’information et de conseil en gestion. Ces sociétés comprennent American Express, First American Bank, Ceridian, SAP, Pegasus Conseil et Alliance Consulting. Il se spécialise dans la transformation de l’entreprise, le changement de leadership et développement organisationnel.

Sophien est devenu un expert dans la construction de sociétés mondiales de conseil en gestion qui ont fourni des services consultatifs aux entreprises de Wall Street comme le groupe américain d’assurance, JPMorgan Chase, Moody’s, Barclays Capital, Royal Bank of Scotland, Bank of America / Merrill Lynch et le New York Stock Exchange nommer quelques-uns. Récemment, il a décidé de revenir en Tunisie pour créer une société de capital d’investissement. Il a été un promoteur actif et fondé un nouveau hall de l’American Business Council tunisien de plaider pour la Tunisie aux Etats-Unis. 

Propos recueillis par

Publié le 12/03/2018 à 14:11

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L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin

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