Economie tunisienne : et si l’on parlait confiance

Confiance

Les faits sont là. Têtus. On a beau étudier la question de la production sous tous les angles. Pour que le pays redémarre enfin, il faut une bonne dose de confiance. Or, celle-ci n’est pas au rendez-vous.

La confiance, il en a été largement question lors de la Journée d’étude parlementaire, organisée le 10 mars 2018, à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), sur le thème « La Tunisie à l’heure des défis économiques« ; tant elle constitue un des « facteurs de production » à prendre en considération pour tout plan de sortie de crise et de sauvetage.

Une réalité pas toujours prise en compte dans les débats. Peut-être parce qu’on ignore, du moins, dans certains milieux, encore, son importance. Ou que l’on sait que la rétablir exige des changements radicaux. Disons, et sans faire un cours d’économie politique, que les économistes savent ce qui en est de cette confiance.

Dans un livre référence (Economie de la confiance, Editions La découverte, Paris, 2012, 128 pages), Eloi Laurent (enseignant à Sciences Po Paris et à Stanford University), explique notamment comment à «chaque étape de la grande crise que nous traversons, la confiance est sans cesse évoquée et invoquée : à la crise dans les marchés, les États répondent la nécessité de rétablir, ramener, retrouver la confiance».

Une confiance qui se mesure

Donnée économique de base, elle est du reste mesurée. Tout le monde connaît notamment l’Indice de confiance des ménages préparé en France par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Lequel indice dit clairement aux investisseurs si les consommateurs ont ou non une certaine intention d’acheter les produits qu’ils vont leur proposer.

Comment tout le monde a entendu parler de l’IHS Markit, qui en Grande-Bretagne, mesure la confiance des entreprises.  Plus proche de nous, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a publié un Indice de confiance des consommateurs tunisiens.

Passons ce volet, qui peut sembler à plus d’un bien théorique, pour parler de l’économie tunisienne dans laquelle les investissements ne coulent pas à flots. Loin s’en faut. Pour dire que tout le monde ressent la faille.

Depuis le 14 janvier 2011, qui a vu partir un régime politique que le peuple a refusé, on ne cesse de se gargariser de grands slogans comme «démocratie» ou encore «Etat de droit et des institutions». Mais sait-on ce que cela veut bien dire? Pas la peine, là aussi d’avoir fréquenté les grandes écoles ou d’être un fort en thème, pour comprendre que cela veut dire la suprématie de la loi.

L’intolérance zéro génère des règles de bonne  gouvernance

Les voies à suivre sont, à ce propos, bien faciles à emprunter. D’abord, appliquer la loi. Donc, exit tout ce qui est de nature à empêcher la machine de tourner : les sit-in et grèves sauvages, les employés qui tiennent en otage, avec un entêtement certain, des pans entiers d’un corps social, les structures qui dépassent le rôle qui leur est dévolu cherchant notamment à imposer par la force leur volonté, les acteurs qui refusent  de s’imposer une discipline à laquelle ils ont souvent adhéré en signant leur contrat ou d’autres qui défendent des fausses veuves et orphelins (des personnes dont le seul souci est de ne pas travailler) ou entendent choisir leurs propres managers, faisant fi des règles plus élémentaires de la gestion…

Ces dernières pratiques minent la confiance. Notamment dans les corps d’un Etat dont les responsables se doivent de se trouver toujours aux commandes lorsqu’il s’agit de faire respecter la loi. Et les exemples sont là pour nous prouver que l’on peut aller, dans ce sens, jusqu’au bout des choses

A-t-on oublié, par exemple, que dans un pays comme le Canada, que l’on ne peut soupçonner d’être une dictature, un certain Premier ministre (Pierre Eliott Trudeau) a imposé une Loi sur les mesures de guerre pour barrer la route, en 1970, aux indépendantistes de la province du Québec? En allant jusqu’à mettre en suspens l’application de la Déclaration canadienne des droits de l’Homme.

Une fois qu’elle est votée, la loi ne peut qu’être, cela dit, appliquée. Cela va sans dire. Et est-ce porter les habits d’un tyran que de le dire et de le prôner?

Ensuite, s’imposer une tolérance zéro. L’intolérance nuit à l’effort de tout un chacun. Elle crée un chaos et favorise les passe-droits et les dépassements qui, par expérience, n’en finissent pas. Elle génère des règles de mauvaise gouvernance. Avec une constance: rien de bon ne sort du laisser-aller et de l’indifférence encore moins d’un manque de rigueur.

Peut-on imaginer, cela dit, que ce qui se fait dans notre pays ne soit pas souvent analysé, au rythme où vont les choses, à travers les prismes de la méfiance. Comment voulez-vous que des gens viennent chez nous, nous disait récemment un investisseur, lorsque des employés continuent à vouloir «dégager» un responsable, refusent d’appliquer ses décisions ou interrompent la circulation dans une zone industrielle?

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