Docteurs et doctorants lancent un cri de rage

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 Les docteurs et doctorants ont  observé une manifestation sur la place de la Kasbah  afin de faire entendre leurs revendications. Walid Bedhiafi,  docteur en bio-informatique et vice-président de la Coalition nationale des docteurs et doctorants, brosse un tableau noir de la situation de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Pour notre invité la situation de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique est chaotique.  Chiffes à l’appui, la Tunisie compte plus de 4000 docteurs au chômage. Interpellé sur la source de ce chiffre, il affirme que «  le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche  scientifique n’a pas de chiffres clairs sur le nombre des docteurs au chômage. C’est nous qui avons fait ce calcul ».

L’année dernière, les chiffres tablaient autour de 3200 docteurs sans emploi d’après le jeune docteur, mais pour ce qui est de cette année universitaire 2017/2018, l’Université Tunis El Manar a promu 1000  docteurs titulaires. Se référant aux chiffres de l’Union des Enseignants Universitaires et Chercheurs Tunisiens (IJABA), notre interlocuteur a avancé que les prévisions du nombre de chômeurs à fin de l’année universitaire 2018 tablent autour  de 6000 docteurs.

«  Jusqu’à présent, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique  bien qu’ayant un centre de statistiques de renommée mondiale -basé à la Charguia – par la voix du ministre à chacune de ses apparitions, un chiffre différent est évoqué. Alors que nous avons exposé nos chiffres sur les plateaux TV et sur les colonnes de journaux»,  déplore-t-il.

Docteurs et doctorants souffrent du même calvaire

Même pour les doctorants, la situation n’est pas enchanteresse. Walid Bedhiafi a rappelé qu’un doctorant bénéficie d’une bourse mensuelle de 250 dinars pendant neuf mois – la seule à n’avoir pas été révisée depuis 2011 – et qui plus est, elle n’est jamais versée à temps. Faisant une comparaison avec le système français, Walid a indiqué que le doctorant en France ou dans d’autres pays occidentaux est considéré comme un contractuel qui bénéficie de ses droits sociaux, un contrat de travail et une assurance maladie.

«  Sur le plan juridique, le doctorant n’est pas protégé et n’est même pas représenté dans les conseils scientifiques des instituts ». Plus de 24 milliards ont été déboursés en heures supplémentaires d’après les estimations de la Coalition, ce qui correspond à la charge horaire de 2500 maîtres-assistants. Malgré ce manque en maîtres- assistants, plusieurs enseignants du secondaire enseignent dans les universités », continue-t-il.

«  C’est une aberration tunisienne sachant qu’il existe plus de 4000 docteurs au chômage  toutes spécialités confondues », regrette-t-il.   Quelques universités ont eu recours à des enseignants du secondaire pour enseigner des spécialités scientifiques comme la physique.

Comment évaluez-vous les dispositifs mis en place au profit des docteurs et doctorants par le ministère de l’Enseignement et de la Recherche scientifique ? à cette question, Walid Bedhiafi   avance que le programme Mobidoc a réussi l’intégration uniquement de 68 docteurs avant d’affirmer que plusieurs sujets proposés dans le cadre de Mobidoc n’ont pas de partenaires économiques.

Pour le programme Postdoc, «  c’est une nouvelle dénomination des contrats de prestation de services utilisés par les ministères pour recruter les consultants externes mais  sans sécurité sociale et le salaire dans ce genre de contrat ne dépasse pas 1000 dinars TTC, ce qui est insuffisant pour un  docteur », proteste-t-il. Walid Bedhiafi   a indiqué que la coalition revendique la conversion des heures supplémentaires en postes  titularisés de maîtres-assistants  qui iront remplacer les enseignants du secondaire qui enseignent dans les universités. Concernant le volet de la recherche scientifique, la coalition revendique l’activation du statut de chercheur ( loi 2013) pour le recrutement de docteurs versés dans la recherche, cela va donner une valeur ajoutée au capital humain, conclut-il..

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Publié le 07/03/2018 à 15:44

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin