L’impossible plan d’austérité

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Avec les difficultés économiques actuelles, marquées par une fragilité extrême des finances publiques, nous assistons depuis quelques temps à une dégradation de la qualité de certains services clés vu le manque flagrant de moyens et d’outils de travail (les hôpitaux, le transport à titre d’exemple). S’agit-il d’une politique d’austérité déguisée que mène le Gouvernement actuel ?

Déjà, plusieurs voix le demandent depuis plusieurs années afin de sauver les grands équilibres macroéconomiques. La récente levée de fonds sur le marché local sous forme de BTC est marquante: 600 millions de dinars pour une durée de 13 semaines avec un taux moyen de 6,1%! C’est un prix extrêmement élevé et prouve que même à court terme, la situation est grave.

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L’autre face de l’austérité

D’après l’expérience des pays européens lors de la dernière décennie, les plans d’austérité ne comprennent nécessairement pas que des coupes budgétaires. Nous retrouvons d’autres mesures comme la réforme des retraites avec l’augmentation des années de cotisation, le relèvement de l’âge de départ à la retraite, la révision à la hausse de la fiscalité sur l’immobilier, les produits de luxe, les sodas, l’alcool et les carburants et la lutte contre l’évasion fiscale, le rabotage des niches fiscales et l’application d’une taxe sur les revenus élevés. C’est une belle liste que l’on retrouve bien avant d’évoquer l’instauration de mesures de rigueur dans les dépenses publiques. Nous pouvons également conclure que la plupart de ces mesures sont en train d’être appliquées en Tunisie. Il suffit de regarder les deux dernières lois de Finances 2018 pour le constater.

Le problème est que ces mesures ne peuvent avoir un impact positif que si elles sont accompagnées par des décisions de relance économique aux profits des sociétés. Ainsi, il convient de réduire les charges sociales pour les boîtes qui embauchent, privilégier le refinancement des banques qui s’engagent à financer les PME, simplifier les procédures de participation aux marchés publics et libérer les horaires d’ouverture des commerces. Là, c’est clairement le maillon qui manque puisque l’objectif est uniquement la collection de ressources pour réduire le gap du déficit.

Le cas tunisien. C’est compliqué!

Même si les grandes lignes d’un plan d’austérité sont faciles à identifier, leur application reste compliquée. Aujourd’hui, plusieurs secteurs refusent de partir à la retraite à l’âge de 62 ans, que dire de 65 ans que tôt ou tard nous seront contraints d’adopter, puisqu’une réduction des indemnités de retraite est une ligne rouge. L’inflation galopante (7,1% en février 2018) a négativement impacté le pouvoir d’achat et toute décision qui peut toucher à ce sujet aura, tout simplement, l’effet d’une bombe. Cela explique la raison du maintien des charges sociales élevées, puisque la marge de manœuvre au niveau des caisses sociales est plus que réduite actuellement. Mais nous sommes convaincus que d’ici deux à trois années, une grande refonte de tout le système aura lieu.

En matière de mesures fiscales, l’étau se resserre autour des entreprises qui font face, chaque année, à une mesure exceptionnelle. Cerise sur le gâteau: 10% d’imposition sur le dividende. L’inscription de la Tunisie sur la liste grise des paradis fiscaux ne facilitera pas la tâche. Il y a de vraies pressions pour aligner les régimes off-shore et on-shore, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour nos petites réserves en devises.

Ainsi, pour réussir un plan d’austérité , même partiel, il faut passer par un effort pédagogique et un consensus politique global car les Tunisiens ne vont accepter l’augmentation des prix de n’importe quel produit de base. De plus, le prix politique d’une telle décision est excessivement cher dans une année électorale.

Assainissement ou dos au mur  

Comme nous l’avons dit au début, un programme d’assainissement budgétaire, crédible et réalisable, est indispensable. A court terme, si l’équipe gouvernementale commence par des décisions courageuses, elle pourrait restaurer son blason en comblant son déficit de crédibilité. En revanche, la soutenabilité des finances publiques à moyen terme est loin d’être assurée. Tous les scenarii doivent être évalués très rapidement car vu l’importance du déficit actuel, l’effort budgétaire à fournir afin de stabiliser le ratio de dette publique devrait être important et réparti sur plusieurs années.

Le plan d’austérité budgétaire paraît donc socialement et politiquement coûteux. La Tunisie est néanmoins en situation de non-choix : le pays n’a pas fait les efforts nécessaires pour assainir ses finances antérieurement. Il est contraint aujourd’hui de s’ajuster dans un environnement beaucoup moins porteur.

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