L’arrogance de Washington et le ras-le-bol de Moscou

Sommet Trump Poutine L’Economiste Maghrébin

Imaginons que la Russie ait comploté pour renverser le gouvernement pro-américain au Mexique ; imaginons que la même Russie ait installé à Cuba une multitude de batteries de lancement de missiles orientés vers les Etats-Unis ; imaginons que la machine de propagande russe travaille depuis des années à diaboliser l’Amérique, la présentant comme l’ennemie mortelle de la Russie et la fossoyeuse de la sécurité dans le monde. Comment réagirait-on Outre-Atlantique? L’Amérique et son peuple ne resteraient sûrement pas les bras croisés à observer les forces russes les encercler et les diaboliser.

C’est pourtant c’est ce qu’ont fait et ce que font encore les Etats-Unis avec la Russie. Ils ont comploté en Ukraine pour renverser le gouvernement, pro-russe mais légitime, et le remplacer par un autre viscéralement anti-russe et obséquieusement pro-occidental; ils ont installé des missiles en Pologne qu’ils ont pointés directement sur Moscou et d’autres grandes villes russes; tous les grands médias américains sont engagés depuis des années dans une campagne hystérique de diabolisation de la Russie, présentant le président Poutine comme l’homme le plus dangereux du monde, le diable qui menace la paix, la sécurité et la tranquillité des braves habitants de l’Amérique.

L’hystérie anti-russe et l’histoire kafkaïenne de “Russiagate” ont d’ores et déjà produit l’effet escompté : les chiffres du prochain budget du Pentagone pour l’année fiscale 2019 atteignent des records absolus, avec un budget global de 686 milliards de dollars, soit 15% d’augmentation sur le budget précédent de l’année fiscale 2018.

Si l’on ajoute les autres agences et ministères travaillant pour la puissance des forces armées, – du nucléaire, du département de l’Energie, aux instituts de recherche et d’influence, aux agences de renseignement, – on arrive à un chiffre réel autour de 1 250 milliards par an, soit deux fois et demi le PIB de la Suisse… A titre de comparaison, le budget militaire de la Russie est de 66 milliards de dollars.

A ces données inquiétantes, s’ajoute une autre tout aussi inquiétante: avec trois généraux de l’armée à des postes-clés, – Kelly comme chef de cabinet de Trump, McMaster comme conseiller spécial du président pour la sécurité et directeur du National Security Council, et Mattis comme Secrétaire à la Défense, – il n’y a plus de responsables civils directs exerçant une autorité et un contrôle de la machinerie militaire américaine. Pis encore, ces trois généraux sont viscéralement anti-russes et ne le cachent pas. Ils concentrent en eux la haine que semble ressentir toujours l’armée américaine qui n’est pas prête à pardonner aux Russes leur aide massive aux Vietnamiens sans laquelle, pensent-ils, «l’Amérique n’aurait jamais subi sa défaite humiliante au Vietnam».

Cela fait plus d’un quart de siècle que la Russie subit passivement les provocations sans fin, l’encerclement continu et le traitement condescendant de ses propositions et de ses doléances de la part d’une Amérique plus arrogante que jamais.

Le discours de Poutine du 1er mars dernier a la signification d’un ras-le-bol de l’arrogance et  la condescendance américaines vis-à-vis de la Russie. Il s’est adressé à l’Occident en général et à l’Amérique en particulier pour leur dire que la Russie ne peut plus supporter le mépris et l’ignorance avec laquelle elle est traitée depuis l’effondrement de l’Union soviétique: «Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Écoutez-nous maintenant!» Et ils ont écouté. Car, pour la première fois, Poutine a parlé un langage martial. Il a présenté de nouveaux types de missiles de croisière avec une «portée illimitée» ou hypersoniques, des mini-submersibles à propulsion nucléaire ou encore une arme laser «dont il est trop tôt pour évoquer les détails».

Le président russe a pris soin de préciser qu’il ne menace personne avec ses armes nouvelles qui servent exclusivement des objectifs défensifs. Il a souhaité que sa démonstration «dégrise tout agresseur potentiel et les gestes inamicaux envers la Russie comme le déploiement de boucliers antimissiles, le rapprochement de nos frontières des infrastructures de l’OTAN».

Il est peu probable que le message de Poutine contribue à calmer une Amérique en furie qui, depuis des années, se comporte dans le monde comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il n’est pas certain que ce message va contribuer à inciter Washington, alias «D.C.- la-folle», à mettre de l’eau dans son vin et à s’occuper de la réparation de ses infrastructures vieillissantes plutôt que de la destruction de celles des autres.

Le problème est qu’un quart de siècle de déchainement hystérique dans le monde, de destruction de régimes et de pays, de massacres de millions de personnes, le tout dans une impunité totale, ont fini par convaincre l’Amérique qu’elle est dans son droit de façonner le monde à sa manière. Et que toute force qui émerge pour s’opposer à cette absurdité n’est pas seulement une menace pour les Etats-Unis, mais «un danger pour la paix dans le monde», c’est-à-dire un danger pour la pax americana.

L’Amérique se comporte dans le monde comme Israël face aux pays arabes. Sauf que le monde n’est pas dans la situation désespérée du monde arabe. Il y a des forces économiques et militaires d’un dynamisme débordant qui travaillent jour nuit à la construction d’un monde multipolaire et donc à la marginalisation des Etats-Unis. Car l’opinion dominante aujourd’hui dans le monde est que la paix, la sécurité et la victoire totale contre le terrorisme ne peuvent se réaliser sans l’affaiblissement de l’Amérique et de sa marginalisation.        

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