Simon Slama, la dernière trouvaille d’Ennahdha

Simon Slama

Concernant la dernière trouvaille d’Ennahdha, le choix d’un juif tunisien comme tête de liste des municipales pour le gouvernorat de Monastir, les avis sont partagés. Pour les uns, quoi qu’il fasse, le parti Ennahdha n’étonnera plus personne. Pour les autres, les « sorties » dont est capable ce parti étonnent et étonneront toujours les plus blasés.

Mais qu’elle étonne ou non, la trouvaille d’Ennahdha ne laisse pas indifférent. Elle interpelle aussi bien ses partisans que ses adversaires. Pour ses partisans qui applaudissent la décision, le choix de Simon Slama comme principal candidat dans la liste du gouvernorat de Monastir est la preuve que le parti islamiste a changé au point d’accepter en son sein tout citoyen tunisien quelle que soit sa confession ou ses croyances. Selon le porte-parole du parti islamiste, Imed Khmiri, « ce choix est la preuve que le mouvement est ouvert et ne tient pas compte de l’identité religieuse. »

Pour les adversaires qui dénoncent ce choix ou le tournent en dérision,  il s’agit d’une manœuvre concoctée par le parti islamiste et consistant à accroître ses chances qu’il sait extrêmement minces dans le gouvernorat de Monastir, le fief du bourguibisme, avec en filigrane le principe nahdhaoui auquel on est habitué : la fin justifie les moyens. Pour le nidaïste Borhène Bsaies dont on ne sait vraiment pas s’il fait partie des adversaires ou des alliés du parti islamiste, « par ce choix, Ennahdha se livre à un spectacle de strip-tease »…

Et l’intéressé, M. Simon Slama, comment justifie-t-il son acceptation de présider la liste d’un parti confessionnel ? « J’ai choisi d’être avec Ennahdha parce que ce sont des gens qui craignent Dieu, et pour donner une belle image de la Tunisie ouverte et multiculturaliste. »

Maintenant de deux choses l’une. Ou M. Simon Slama est si naïf qu’il croit réellement à la fable des « gens qui craignent Dieu » et à la blague d’Ennahdha « parti multiculturaliste », ou il ne croit pas un mot de ce qu’il dit et donc il se laisse sciemment et consciemment exploiter par le parti islamiste qui utilise sa judaïté pour des raisons évidentes en relation avec ses motivations de politique intérieure et extérieure.

Sur le plan intérieur, la décision de placer un juif à la tête de la liste des municipales pour le gouvernorat de Monastir est éloquente en elle-même. Monastir est fondamentalement pro-Bourguiba et viscéralement anti-Nahdha. Le parti islamiste sait parfaitement qu’une liste composée de cadres nahdhaouis qui « craignent Dieu » n’a aucune chance de passer dans le fief de Bourguiba. D’où le recours à la manipulation et à la manœuvre. Le recours à un juif tunisien et à son utilisation comme appât pour faire passer une liste islamiste est une idée géniale. Encore faut-il que les Monastiriens se laissent appâter par la combine, ce qui est loin d’être évident.

La manœuvre d’Ennahdha vise trois objectifs au moins. Le premier consiste à accroître sa chance de remporter le maximum de municipalités dans ces premières élections. Pour Ennahdha, plus que pour tout autre parti, le scrutin municipal est d’une importance vitale. Les stratèges du pari islamiste sont séduits par l’exemple turc et en adoration devant leur idole Recep Tayyip Erdogan dont la rampe de lancement pour le pouvoir suprême était la municipalité d’Istanbul qu’il avait conquise et qui lui avait servi pour le travail en profondeur qui l’avait mené vers la présidence. Ce travail en profondeur avait également permis au parti islamiste turc de quadriller le pays et d’investir tous les leviers du pouvoir au point de faire du président Erdogan aujourd’hui le seul et unique décideur en Turquie.

Le rêve d’Ennahdha est donc de reproduire en Tunisie l’exemple turc en imitant Erdogan dont l’aventure a commencé par des succès dans les élections municipales. Toutefois, le rêve de dupliquer l’exemple turc en Tunisie restera un simple rêve et ne se transformera pas en réalité concrète pour une raison simple. En Turquie, en une décennie, Erdogan et son parti ont joué un rôle fondamental dans la transformation d’une économie engluée dans un profond marasme en l’une des économies les plus performantes du monde.

En revanche, en Tunisie, en sept ans, Ghannouchi et son parti ont joué un rôle fondamental dans la transformation d’une économie performante et en plein essor en une économie en faillite. Nous attendons avec impatience la campagne électorale pour voir quels arguments Ennahdha va nous sortir de son chapeau, sachant, qu’à part Simon Slama, on ne voit pas qui croit encore en la fable « des gens qui craignent Dieu. »

Le second objectif de la manœuvre d’Ennahdha et du choix précis de Monastir vise, consciemment ou inconsciemment, la vengeance. Certes, Bourguiba est mort et enterré, mais son œuvre est là et son esprit plane sur le pays et en particulier sur le gouvernorat de Monastir. Et quelle meilleure vengeance contre cet homme qu’abhorre Ennahdha que d’installer un Conseil municipal islamiste pour gérer sa ville natale ?

Le troisième objectif de la manœuvre vise l’étranger. Ennahdha sait parfaitement que la réputation de l’islamisme dans les pays influents d’Europe, d’Asie et d’Amérique est au plus bas, même si les Etats-Unis s’accrochent toujours à leur duplicité. Le parti islamiste sait également qu’il fait l’objet de soupçons de terrorisme qui tranchent avec l’image de parti responsable et respectable qu’il veut donner de lui-même.

Quel meilleur message le parti Ennahdha peut-il adresser à ces Européens suspicieux que l’intégration dans ses rangs d’un juif tunisien ? L’avenir dira si l’atout qui a pour nom Simon Slama aura servi ou non à alléger les soupçons qui pèsent sur Ennahdha dans les milieux internationaux influents.

Mais ici, en Tunisie, la manœuvre a très peu de chance de réussir pour une raison simple. Les Tunisiens, dans leur immense majorité, compte tenu des drames qui ne cessent de miner le pays depuis le jour où Ennahdha est arrivé au pouvoir, savent que ce parti ne changera pas et n’abandonnera jamais son objectif stratégique et ultime : islamisation du pays, jugé insuffisamment musulman, et application de la Charia.

Il faut être trop naïf pour croire que Ghannouchi va renier son passé de militant islamiste de premier plan pendant plus d’un demi-siècle et changer aujourd’hui à l’âge de 75 ans. Il peut dire tout ce qu’il veut et inventer la plus inattendue des combines. Pour la plupart des Tunisiens, la seule vérité que cet homme a dite est contenue dans la fameuse vidéo filmée le jour où il s’efforçait de convaincre ses amis salafistes de patienter, car ni l’armée ni les forces de sécurité ne sont sûres…

2 Commentaires

  1. il le dit lui meme, c lui qui a demander a etre sur la liste ennahda, donc pourquoi ce titre trompeur? « Simon Slama, la dernière trouvaille d’Ennahdha » soyez honnetes

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