Habib Karaouli : la digitalisation est un facteur d’inclusion financière

Habib Karaouli, vice-président du Club des dirigeants de banques et d’établissements de crédit d’Afrique et CEO de Cap Bank, a mis l’accent, aujourd’hui sur les ondes radiophoniques, sur les enjeux et défis pour la banque de demain.

Revenant sur le thème de la dernière réunion du Club des dirigeants de banques et d’établissements de crédit d’Afrique: «Enjeux et défis pour la banque africaine de demain: entre innovations et risques», Habib Karaouli a affirmé que la majorité des banques s’orientent aujourd’hui vers la dématérialisation de leurs services, via le mobile banking, voire le web banking. «Ce n’est même pas la banque de demain mais plutôt la banque d’aujourd’hui», a-t-il affirmé.

habib-karaouliPour le cas de la Tunisie, il a indiqué que le nombre de banques est trop important, alors que le taux de bancarisation reste très faible. En outre 50% des agences bancaires ne sont pas rentables parce qu’elles sont en sureffectif et sont mal gérées; sachant que 41% des agences bancaires sont localisées aujourd’hui sur le Grand Tunis et que 87% se retrouvent sur le littoral, selon le dernier rapport de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Dans ce sens, M. Karaouli a préconisé de réviser le modèle bancaire, estimant que le smartphone constitue aujourd’hui le vecteur principal de transmission entre le citoyen et toutes les sociétés de services. D’ailleurs, les expériences dans le monde ont, selon ses propos, prouvé que la digitalisation est un facteur d’inclusion financière, permettant de rapprocher les services du demandeur, lui faire gagner du temps et de réduire certaines mauvaises pratiques, telles que les pots-de-vin.

«On doit tirer profit de ces expériences et vérifier la pertinence de nos choix, afin d’opter pour ce tournant décisif dès maintenant», précise-t-il.

Et d’expliquer qu’en faisant un diagnostic de la situation actuelle, «on constate que dans le domaine de l’innovation on a réellement des avantages compétitifs sur lesquels on doit mettre le focus. Or paradoxalement, on n’a aucun instrument qui finance l’innovation en Tunisie. Citons l’exemple de la France qui a déployé un fonds de 10 milliards d’euros pour financer ce domaine».

Habib Karaouli a, ainsi, souligné qu’au cours des prochaines années, l’opération du regroupement des banques sous forme d’un pôle bancaire sera réalisée inéluctablement. Et il y aura l’entrée de nouveaux intervenants dans le système bancaire et financier. Cependant, la protection étouffante de la BCT ne permet pas à ce système de se développer, mais plutôt à d’autres opérateurs concurrents, tels que ceux de la téléphonie, qui interviennent sur des opérations de mobile paiement, d’entrer sur le marché.

Pour faire évoluer les Fin Tech, M. Karaouli a recommandé d’interpeller les managers, afin qu’ils mettent en place les plans et fassent preuve d’anticipation, sans attendre une autorité de régulation et de contrôle pour faire de la promotion.

Il la précisé que la législation tunisienne doit changer et évoluer pour être plus flexible parce qu’on a beaucoup de potentialités aujourd’hui; en notant que «le secteur bancaire et financier est une activité trop réglementée en Tunisie, ce qui est en train de brimer l’innovation et l’initiative».

Au niveau de Cap Bank, notre interlocuteur a fait savoir que la banque essaye d’installer de véritables partenariats organiques dans la durée et la pérennité avec un véritable transfert de compétences. D’ailleurs, l’Assemblée générale du Club des dirigeants de banques et d’établissements de crédit d’Afrique sera organisée les 25 et 26 juin à Tunis.

Au sujet de la privatisation des entreprises publiques, M. Karaouli n’a pas manqué de dire que malheureusement, on est en train de poser des slogans contre-productifs et non pas les vraies questions. «Il faut une stratégie et des objectifs pour élaborer la question de la privatisation, notamment dans le secteur bancaire et financier et une organisation des opérations de privatisation pour éviter le cas de la STIP.»

Et d’ajouter qu’«il est quasiment impossible de privatiser les entreprises publiques sans les restructurer, vu que la restructuration est un préalable dans cette phase».

Au final, Habib Karaouli est revenu sur le limogeage du gouverneur de la BCT Chedly Ayari, en affirmant que la démocratie est avant tout le respect des institutions et des délais. «Le gouverneur doit pouvoir terminer son mandat jusqu’au bout. Trois mois avant la fin de son mandat- juin 2018- son remplacement devra lui être légalement notifié», conclut-il.

 

 

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