«La Tunisie pourrait devenir un vrai dragon économique africain»

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«La Tunisie pourrait aller très loin sur le plan économique et devenir un vrai dragon africain», a annoncé l’économiste et ancien ministre du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale, Mohamed Fadhel Abdelkéfi.

Intervenant lors d’un forum économique organisé par l’Université Tunis Carthage, M. Abdelkefi a révélé les raisons de la situation économique délicate que connaît la Tunisie et a proposé des solutions permettant de la redresser.

Fadhel AbdelkefiA cet égard, il a rappelé qu’avant 2011, la Tunisie enregistrait un taux d’inflation ne dépassant pas 3%, un déficit budgétaire de 1%, une croissance moyenne annuelle entre 4 et 5%, outre un pactole de 3,5 milliards de dinars placé à la Banque centrale de Tunisie (BCT) pour le compte du Trésor public suite à la cession de participations de l’Etat dans l’opérateur téléphonique Tunisie Telecom. «La Tunisie avait à cette époque une situation économique dite Maastricht», a-t-il précisé.

Pour expliquer les raisons qui ont mené à la situation actuelle, l’économiste a affirmé que le premier gouvernement d’après la révolution, sous la pression de la rue, avait appliqué une politique budgétaire expansionniste ou la politique de «Go & Stop».

«Nous avions un budget de l’Etat de 18 milliards de dinars qui est passé subitement à 34 milliards de dinars en moins de six ans. Les différents gouvernements ont fait passer la masse salariale de la fonction publique de 6,5 milliards de dinars à plus de 15 milliards de dinars. La dette publique est passée de 25 milliards de dinars à plus de 70 milliards de dinars. Cette même dette représente désormais plus de 60% du PIB au lieu de 40% en 2011. Un système financier qui souffre d’un manque de liquidité de 12 milliards de dinars chaque jour, tandis qu’il était en abondance de liquidité», a-t-il précisé.

Dans ce sens, il a estimé qu’il fallait d’abord commencer par dire la vérité aux Tunisiens et ne pas leur mentir par omission. «L’Etat devrait se concentrer aujourd’hui sur les domaines de souveraineté, tels que l’éducation, l’enseignement supérieur, la culture, le sport, la défense nationale, l’intérieur, les transports, la santé pour pouvoir rendre un service décent aux citoyens», a-t-il souligné.

Et d’ajouter: «L’Etat ne peut pas être dans ces secteurs stratégiques et en même temps être actionnaire dans des banques publiques ou être distributeur de pétrole, régie de tabac, compagnie aérienne, etc. Il devrait donc démobiliser sa puissance financière sur ces derniers secteurs et la relocaliser dans les secteurs de souveraineté.»

Pour ce faire, Mohamed Fadhel Abdelkefi a suggéré, à titre d’exemple, que l’Etat pourrait donner ses banques en concession pendant 30, 40 ou 50 ans, comme l’a fait la Turquie. «Une technique qui lui permettrait dégager plus de fonds qui permettront d’ améliorer les services hospitaliers, les services de transport, l’enseignement, etc.

L’interlocuteur a également abordé la question de la réforme de la fonction publique qui consiste en le gel des salaires, le redressement des caisses sociales nationales et le recentrage du rôle de l’Etat.

Pour conclure, M. Abdelkéfi a fait savoir qu’il reste extrêmement optimiste pour l’avenir du pays pour des raisons intégralement objectives. «Il ne s’agit ni de chauvinisme, ni d’un excès d’amour pour le pays. La Tunisie possède certains points forts comme l’émancipation et le rôle de la femme, la logistique, l’éducation, le rôle de la société civile, la proximité de l’Europe, … », a-t-il expliqué, en affirmant que «la Tunisie pourrait croître à deux chiffres si nous arrivions à prendre certaines décisions qui sont douloureuses mais nécessaires».

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Publié le 13/02/2018 à 10:57

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