Le printemps des petits porteurs

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Certes, la liberté d’expression est l’acquis le plus important des Tunisiens depuis la révolution, même en Bourse, c’est le cas.

Les petits porteurs se font de plus en plus entendre et les réunions annuelles des actionnaires sont devenues houleuses, parfois un cauchemar pour le management de certaines sociétés. Nous allons passer en revue les principales réclamations qui se sont présentées tout au long de ces dernières années et évaluer leur bien-fondé, en se basant sur les principes universels de la bonne gouvernance.

Une plus grande représentativité au sein du Conseil d’Administration

Nous avons droit à un nombre de siège dans le Conseil d’Administration équivalant au pourcentage du capital que nous détenons”. Cette remarque est la plus partagée par les petits porteurs. A notre avis, c’est une demande légitime. La société tunisienne qui s’introduit en Bourse ne change généralement pas de mode de gouvernance. En d’autres termes, elle accepte l’argent du public, mais ne le traite pas au même pied d’égalité que les actionnaires de contrôle.

Depuis quelques années, les sociétés ont commencé l’intégration d’administrateurs représentant des minoritaires dans leurs conseils d’administration suite aux recommandations des autorités de contrôle. Néanmoins, la mise en place de ces recommandations est accompagnée par de vives contestations. Les sociétés créent souvent des barrières à l’entrée, en mettant des conditions d’éligibilité très strictes, notamment les établissements financiers et les assureurs. A titre d’exemple, il y a des exigences de dix ans d’expérience dans le domaine bancaire et notamment dans l’évaluation des risques et l’audit interne dans le cas des banques ou des compagnies de leasing. C’est donc ouvert à quelques personnes et aucun des petits porteurs ne pourrait siéger. Nous pensons que les sociétés ont raison à ce niveau. Vu l’importance du rôle que joue le comité de risque ou d’audit, la compétence est plus que requise. Pour les assureurs, le code des assurances exige également un niveau de technicité élevé pour tous les administrateurs sans exception.

De plus, dans les assemblées électives des représentants des minoritaires, les actionnaires de contrôle participent, ce qui est une anomalie car le résultat sera connu d’avance, et le rôle de contrôle que l’élu est supposé assurer n’est plus là. Ce point doit être clairement résolu par un texte réglementaire.

Une distribution de dividende plus généreuse

Les petits porteurs tunisiens ne s’inscrivent généralement pas dans une logique d’investissement à long terme. Très peu d’entre eux gardent un titre pour des années. Avec la dégradation des conditions du marché, la possibilité de liquider sa position au cours de l’année avec une plus-value intéressante est devenue une mission quasi-impossible pour certaines valeurs. Le dividende a donc une importance primordiale puisqu’il s’agit, provisoirement, du seul moyen de rémunération.

Mais dans le contexte actuel dominé par l’instabilité et l’incertitude, les sociétés sont logiquement plus réticentes à distribuer leurs bénéfices et préfèrent garder un matelas de sécurité. Ces réserves qui s’accumulent d’une année à une autre irritent les petits porteurs qui considèrent qu’ils ont droit à cet argent. Ici, nous sommes de l’avis des sociétés. Les réserves font partie des fonds propres qui sont le garant de la continuité de l’activité d’une entité économique. Opter pour une distribution généreuse signifie que ce filet de sécurité va s’effriter et les ratios financiers vont se détériorer. Nous soutenons donc une politique de distribution prudente, mais qui progresse en ligne avec les performances de la société.

Une réduction des salaires des dirigeants

Depuis que les sociétés publient les salaires de leurs dirigeants, la relation avec les actionnaires est devenue difficile. Les petits porteurs ont été choqués par les sommes perçues par les managers. Ainsi, peu d’Assemblées Générales se déroulent sans de vives critiques envers les managers et des interrogations sur la justification de l’attribution de tels montants, surtout les avantages en nature. A notre avis, il convient d’être cohérent en analysant la rémunération d’un dirigeant. Il faut examiner les données relatives à ses qualifications, son expérience professionnelle et son apport à la société. La compétence et le talent ont, naturellement, un prix. Mais en parallèle, il est important d’informer les actionnaires de la relation spécifique entre la rémunération et les résultats de l’entreprise.

A cause de ces demandes qui se renouvellent à chaque occasion, le ton monte entre des dirigeants irrités et des petits porteurs en colère. Le bilan du printemps des petits porteurs est, pour le moment, identique à celui arabe. Trop de contestations, mais sur le fond, rien n’a changé!

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Publié le 12/02/2018 à 09:07

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