Netanyahu dans le pétrin

Netanyahu Israël

Il suffit de voir la mine défaite et désespérée de Benyamin Netanyahu et de ses ministres le jour de la destruction du F-16 israélien par un missile syrien pour comprendre l’étendue de la catastrophe subie par Israël.

Ce n’est pas la perte d’un avion de combat ni les graves blessures des pilotes qui bouleversent la classe politique israélienne, mais le changement brusque et brutal des règles de combat basées depuis plus d’un demi-siècle sur le principe de la supériorité absolue de l’aviation israélienne. Celle-ci, depuis la guerre de 1967, a toujours impunément sillonné les cieux du Moyen-Orient, bombardant non seulement ses voisins immédiats dans les territoires occupés, au Liban et en Syrie, mais même des pays arabes lointains comme l’Irak où elle a détruit le réacteur ‘Osirak’ en juin 1981 ou la Tunisie où elle a réduit en ruine le quartier général palestinien à Hammam Chatt en octobre 1985.

Le 10 février 2018 fera date au Moyen-Orient. Il sera considéré comme le jour où l’invulnérabilité et la toute-puissance de l’aviation israélienne ont vacillé. Celle-ci n’a pu éviter la destruction d’un de ses avions très performants par un missile de fabrication russe, un S-200. Le désarroi des responsables politiques et militaires israéliens est d’autant plus grand que ce missile destructeur est nettement moins performant que les missiles S-300 et S-400, également présents en Syrie.

Durant ses longues années au pouvoir en Israël, Netanyahu n’a jamais expérimenté une situation aussi difficile. Il est dans le pétrin. Certes, il a répondu à la catastrophe en recourant à son registre habituel de l’arrogance : « Nous continuerons, dit-il, à attaquer les positions iraniennes et du Hezbollah en Syrie », mais cette arrogance habituelle cache mal l’inquiétude de la classe politique israélienne face à cette situation nouvelle marquée par la fin de la passivité des défenses aériennes syriennes. Une inquiétude sans doute amplifiée par la réaction du Hezbollah qui ne cache pas sa jubilation face à ce qu’il appelle: «Le début d’une nouvelle phase stratégique» de nature à limiter les incursions israéliennes dans l’espace aérien syrien. Pour le Hezbollah, les choses sont désormais claires: la destruction de l’avion israélien «signifie que les vieilles équations sont définitivement caduques».

Mais Israël a d’autres raisons d’inquiétude. La mise en service des défenses antiaériennes syriennes par Bachar Al Assad après des années de passivité, ne pouvait pas être décidée sans le feu vert du président russe Vladimir Poutine. Ce qui veut dire que les innombrables voyages effectués par Netanyahu à Moscou pour convaincre la direction russe de se mettre à côté d’Israël contre l’Iran n’ont servi à rien.

L’autorisation donnée par Moscou à l’utilisation des S-200 pour répondre aux agressions israéliennes contre la Syrie signifie que Moscou est pleinement engagé dans l’axe de la résistance à côté de l’armée syrienne, de l’Iran et du Hezbollah.

Netanyahu a fait preuve de naïveté, simulée sans doute, et a perdu beaucoup de temps en déployant des efforts pour tenter de persuader Poutine du « danger » que constituent l’Iran et le Hezbollah. Le président russe, en fin connaisseur de la réalité complexe du Moyen-Orient, n’a pas besoin du Premier ministre israélien pour l’éclairer. Il n’ignore pas que celui-ci, tout comme sont puissant allié américain, ont tout fait pour aider les terroristes de Daech à renverser le régime syrien et tenir tête à ses alliés. Il n’ignore pas que le plus grand danger terroriste de tous les temps a été vaincu grâce précisément à l’axe de la résistance Moscou-Téhéran-Damas-Hezbollah. Il n’ignore pas enfin que ce danger terroriste aurait été vaincu beaucoup plus facilement et aurait fait nettement moins de dégâts humains et matériels s’il n’avait pas été aidé entre autres par Israël et par son puissant allié américain.

Israël a joué à fond la carte terroriste dans l’espoir que les hordes de Daech et d’Annusra servent de fer de lance contre la présence iranienne en Syrie et de forces combattantes contre le Hezbollah au Liban. Les choses ont pris une tournure cauchemardesque pour Netanyahu. Daech est détruit, Annusra est en voie de l’être et Israël se retrouve avec la voie libre tant redoutée qui va de l’Iran jusqu’au Liban, c’est-à-dire de l’Iran jusqu’à la frontière israélienne.

Que va faire Netanyahu? Il va sans doute se saisir de ce nouvel argument de la voie libre Iran-frontière israélienne pour se tourner vers Washington et battre de nouveau les tambours de la guerre contre le régime des mollahs qui vient de fêter le 39e anniversaire du renversement du Chah.

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Publié le 12/02/2018 à 13:37

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