Ahlem Hachicha Chaker: “Les dirigeants d’Ennahdha font toujours le choix de la violence”

L’objectif est on ne peut plus clair : le mouvement Ennahdha et son chef Rached Ghannouchi mettent en garde toute personne qui tente de critiquer ou dénigrer le mouvement. Un discours chez les dirigeants islamistes qui semble gagner, depuis quelque temps, en intensité à mesure que la crise économique, sociale et politique s’accentue et que les Tunisiens cherchent à en identifier les responsables.

De ce fait, le bureau politique d’Ennahdha a la ferme intention de poursuivre en justice toute personne, ou tout organe de presse qui s’attaque à son mouvement. Selon le chef du mouvement Rached Ghannouchi, “quand on nie l’existence d’un parti politique ayant été élu par un million et demi d’électeurs pour dire qu’il n’est pas un parti politique, le qualifiant de terroriste, ceci risque de faire le lit à la guerre civile. Autrement dit, on veut jeter un million et demi de personnes à la mer”.

Ahlem Hachicha Chaker, directrice exécutive de l’Institut des politiques du parti Machrou3 Tounes,  estime pour sa part que lorsqu’on fait le choix de s’engager en politique, on doit accepter de se soumettre au jugement de la société.

Elle ajoute: “Ennahdha est au pouvoir en Tunisie depuis plus de 6 ans. Le parti et ses dirigeants doivent comprendre que tous les Tunisiens ont le droit de les juger, de juger leurs actions et leur bilan. Tous les Tunisiens et non pas uniquement leurs électeurs. D’ailleurs, à ce sujet, j’aimerais rappeler qu’aux dernières élections législatives Ennahdha a eu un peu moins d’un million de voix et non pas un million et demi comme le prétend M. Ghannouchi.”

Que penser de ses déclarations?

Mme Hachicha Chaker répond: “Le président d’un parti qui se dérobe au jugement de son bilan, qui menace l’opinion publique et qui agite l’arme de la violence contre la société tunisienne, est-ce la définition d’un parti responsable ? La violence physique et encore moins la menace d’une guerre civile ne sauraient être un choix pour un parti politique.

Elle poursuit: “D’ailleurs, ce discours a toujours été le refuge du mouvement face aux critiques. Chokri Belaid le rappelait souvent. Les dirigeants d’Ennahdha font toujours le choix de la violence, du discours de la haine à chaque fois qu’ils sont confrontés à une réalité qu’ils ne maîtrisent pas.”

Nous avons encore à l’esprit les périodes noires de 2012 et 2013, sous le gouvernement Ennahdha, avec les attaques violentes contre les intellectuels, les journalistes, les opposants et les femmes. Nous nous souvenons des assassinats politiques. Une dérive meurtrière nourrie du discours d’exclusion, de menaces et de chantage des ténors nahdhaouis“, a-t-elle renchéri. 

Elle conclut: “Les Tunisiens ont acquis le droit de juger, de critiquer, de s’exprimer sur les affaires qui les concernent, sur la société, sur les partis. Il est inadmissible qu’aujourd’hui ils soient menacés pour avoir exercé ce droit. Il est inadmissible qu’on cherche à réinstaurer le climat de terreur des années noires de la Troika. Nous dénonçons cela et nous défendons la liberté d’expression.

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Publié le 12/02/2018 à 11:46

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