Aram Belhadj : la décision de l’UE n’est pas choquante

lutte contre le blanchiment de capitaux - l'économiste maghrébin

L’économiste et chercheur Aram Belhadj est revenu sur la liste des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, dans une déclaration accordée à leconomistemaghrebin.com où il explique les raisons de l’inscription de la Tunisie sur cette liste et les répercussions sur l’économie tunisienne. 

Aram BelhadjAram Belhadj estime que malgré l’engagement de la Tunisie, en janvier 2018, d’améliorer tous les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent afin d’être désinscrite de la liste noire des paradis fiscaux du GAFI (Groupe d’action financière),  le Parlement européen n’a pas hésité à inclure la Tunisie sur la liste noire des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme.

«On peut dire que le Parlement européen a précipité les choses puisque la Tunisie était déjà sous surveillance», remarque-t-il. Malheureusement lors du vote du mercredi 7 février, la Tunisie n’a pas obtenu suffisamment de voix pour éviter ce classement.

«La décision n’est pas choquante, il fallait s’y attendre puisqu’il existe une défaillance stratégique avérée au niveau des politiques consacrées à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et si le Parlement européen inscrit le nom d’un pays sur cette liste c’est qu’il considère qu’il est défaillant sur ces points», soutient l’économiste.

Aram Belhadj pointe la nonchalance manifeste des pouvoirs publics au niveau de la lutte contre le blanchiment d’argent et du financement du terrorisme, ainsi que le laxisme des autorités monétaires à ce sujet.

Revenant sur la nature du classement, Aram Belhadj a affirmé que ce classement se base sur deux facteurs. Il s’agit de facteurs structurels (instabilité politique, institutions, transparence et autres) et des éléments contextuels (cadre réglementaire, applicabilité des lois, niveau de corruption). Pour lui, les facteurs contextuels ont joué en défaveur de la Tunisie et ont causé son inscription sur la liste. «Il faut se décider à appliquer comme il se doit la loi en vigueur sur la lutte contre le terrorisme et la corruption», précise-t-il.

Répondant à la question concernant les répercussions de la décision du Parlement européen, Aram Belhadj avertit qu’elle pourrait bloquer les transactions financières de la Tunisie avec l’étranger et entraver les investissements directs étrangers. La note souveraine pourrait aussi se voir dégradée, ce qui pourrait décourager davantage les partenaires et les institutions internationales à composer avec la Tunisie. Quant à la prochaine sortie du pays sur les marchés internationaux, elle est déjà compromise par cette inclusion sur la nouvelle blacklist européenne. Des difficultés d’acquérir le montant total à de bonnes conditions se présenteront certainement.

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