Libertés individuelles : jusqu’où iront les réformes ?

Kerim Bouzouita

La situation des femmes doit se redresser de manière considérable, surtout sur le plan économique. Faire face à la féminisation de la pauvreté et de l’analphabétisme, à l’égalité dans l’héritage…Certaines réformes des lois doivent y remédier. Tel est l’objectif de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), rattachée à la présidence de la République. Le plus jeune membre de la Commission, Kerim Bouzouita, Docteur en anthropologie, a donné son point de vue et sa vision des futures générations. Interview exclusive. 

Kerim Bouzouita, pourquoi ce projet de réforme est important pour les jeunes et surtout pour les futures générations?

Ce projet est historique. C’est la première fois de notre histoire que notre société tunisienne porte un projet de grandes réformes pour les libertés individuelles. Sous le protectorat, nous avons vécu dans un statut de double asservissement, celui à la monarchie beylicale et celui au colonisateur. Avec l’indépendance, les dérives autoritaires des différents régimes qui se sont succédé ont sacrifié les libertés naturelles des Tunisiens pour des raisons de contrôle social. Il est temps d’en finir avec ces mentalités et ces pratiques. Les jeunes et les futures générations seront les principaux bénéficiaires de ce projet de réformes, parce ce que nous ferons en sorte que tous en profitent. Cela sera considéré dans les siècles à venir comme un tournant majeur dans notre civilisation. Des citoyens émancipés et apaisés dans leurs relations avec les autres citoyens et l’Etat.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire partie de la Commission des Libertés Individuelles?

Ma motivation est simple : contribuer à écrire une page de l’histoire de la liberté et de l’égalité pour mes concitoyens, parce que nous méritons un Etat et une Nation qui nous portent vers le haut et ce n’est plus le cas depuis des décennies. Et l’occasion est trop rare pour être ratée: nous avons une partie de la machine de l’Etat avec nous et non pas contre nous sur les questions de libertés individuelles. Plus que jamais, nous avons intérêt à serrer les coudes et les poings. C’est une grande bataille mais si nous gagnons, nous aurons fait la paix avec notre histoire, l’Etat, et nous-mêmes.

Vous avez une fois mentionné que «dans notre pays, nous faisons face à la féminisation de la pauvreté et de l’analphabétisme». Est-ce que certaines réformes vont permettre d’améliorer la situation des femmes de manière considérable, surtout sur le plan économique?

C’est vrai. La grande majorité des personnes vivantes sous le seuil de pauvreté dans notre pays sont les femmes. Les femmes ont souvent été les victimes d’une société infectée par le mal du patriarcat et du machisme. L’Etat ne leur a pas souvent rendu justice, malgré la mythologie du féminisme d’Etat « libérateur de la femme ». C’est en partie profondément faux. Une tunisienne sur quatre est analphabète et dans certains gouvernorats, plus de la moitié des femmes sont analphabètes. La raison est simple: elles sont privées d’éducation pour demeurer sous la tutelle des hommes. D’ailleurs, elles ont très peu accès à la justice et subissent l’Etat de non-droit sur des questions économiques. Par exemple, nous entendons des voix de certains groupuscules qui sont catégoriquement contre la justice successorale, mais pourquoi n’entendons-nous pas ces mêmes voix pour condamner des pratiques fréquentes où les frères privent leurs sœurs du tiers religieux? Vous voyez, la loi n’est pas seulement un instrument de justice, mais aussi un instrument qui consacre la domination des hommes sur les femmes.

Ce projet de réformes est celui de tous les Tunisiens qui le portent. Quel rôle doivent jouer les médias pour appuyer ce projet et soutenir les revendications de la population?

Le rôle des médias ne change pas. Leur mission est d’informer les citoyens, en respectant leur droit à une information objective et les standards du journalisme professionnel. Et jusque-là, les médias professionnels ont démontré qu’ils traitaient les sujets avec sérieux. Ils ne se sont pas laissés abuser par des supposées fuites divulguées par des sites qui faisaient encore hier la promotion du terrorisme.

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