Entre complexe du colonisateur et complexe du colonisé

E Macron français

Merci beaucoup, je vous en prie… Le français, langue du passé, mais aussi et surtout de l’avenir, et c’est le président français Emmanuel Macron qui l’a martelé l’autre jour devant les représentants de notre cher peuple, en jurant que la langue de Molière sera toujours à nos côtés, non seulement pour nous émanciper, mais également pour nous aider à trouver de nouveaux marchés, comprenez, aide-toi, la France t’aidera.

On ne peut pas mieux résumer un discours solennel où il y a eu beaucoup d’effusion de sentiments que nos honorables députés ont bien voulu partager, mais pas tous j’imagine. Là aussi, il faut comprendre que cela n’a pas dû faire plaisir à tout le monde, nos islamistes en tête, même si on s’est bousculé pour être aux premières loges et se faire filmer ou interviewer lorsqu’un Macron plus séducteur et plus conquérant que jamais, est allé se recueillir devant le mémorial des victimes du lâche attentat de l’Impérial Palace de Sousse.

Les chantres de l’arabité sans partage ont dû grommeler quelques mots de rage même s’ils ont dû faire bonne figure, protocole diplomatique oblige. Et puis, un bal des hypocrites, cela sert à quoi?

Pour les partisans purs et durs d’une langue arabe qui a depuis longtemps perdu son lustre d’antan, pas question de baisser la garde devant un colonisateur sorti par la porte et qui tente de revenir par la fenêtre. Un parti politique dit de l’opposition,-+archi connu pour son populisme et son discours stigmatisant, a même poussé la bêtise jusqu’à déposer à l’ARP un projet de loi qui ambitionne de bannir le français et d’interdire le bilinguisme, tout en imposant l’arabe comme langue officielle de l’administration, comme si c’était quelque chose de nouveau. Et idem pour un tas d’autres choses, comme l’affichage publicitaire, les médias et l’enseignement des matières scientifiques, même si la langue d’Al Moutanabi ne sera plus ce qu’elle était.  Cela me rappelle indubitablement l’époque Mzali et les limites de la réforme que ce dernier a engagée ainsi que le désastre qu’elle a occasionné quant au niveau général de l’enseignement dans le pays.

Résultat d’une accumulation d’expériences linguistiques toutes avortées : une réminiscence d’arabe, un semblant de français, et au mieux, un zeste d’anglais plus ou moins maîtrisé. Franchement, pas de quoi pavoiser.

En 2020, la Tunisie accueillera le 18ème sommet de la Francophonie dont Bourguiba reste l’un des pères fondateurs avec Senghor. Un sujet qui fera toujours polémique et une autre occasion pour le président Macron qui sera toujours aux commandes de la France si tout va bien, de reparler du français comme langue de raffinement, de prestige et surtout de communication tous azimuts où la diplomatie occupe une place de choix ; sauf que son enthousiasme communicatif a des limites et qu’il n’est pas sûr que le Speak English est prêt à céder ses parts de marché à un concurrent jadis redoutable, mais qui n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même. Molière, Voltaire ou encore Rousseau remis au goût du jour ? Shakespeare ne le permettrait pas ! Et puis l’auteur fabuleux de la Mégère apprivoisée et du Songe d’une nuit d’été peut dormir tranquille : ce n’est pas de sitôt que celui qui a écrit « le Bourgeois gentilhomme » et « l’Avare », va reprendre du souffle. On peut imaginer que notre brave Sibawai opposera lui aussi un niet catégorique.

Du pain bénit pour tous les défenseurs acharnés du repli identitaire qui, depuis la révolution, ont pignon sur rue. Je ne peux m’empêcher de citer Albert Memmi et ses deux fameux portraits, celui du colonisateur et du colonisé qui restent toujours d’actualité.  Entre arabisants ou arabophones, francisants ou francophones, anglicisants ou anglophones, le combat est déjà scellé : l’arabe comme langue du savoir scientifique et technologique, out ; le français groggy, and the winner is…les descendants de Vercingétorix peuvent se consoler avec ce « A nous les petites Anglaises » qu’ils adorent peaufiner.

On est toujours dans ce rapport dominant-dominé, et ce ne sont pas les bonnes volontés qui vont changer des mentalités bien ancrées. En diplomatie plus que dans d’autres domaines d’intervention, les temps ne sont plus désormais au speak french, même si depuis son intronisation à l’Elysée, le président Macron fait montre d’un savoir-faire digne d’un Talleyrand.

En un an, celui qui a pris de vitesse tout son monde, a déjà marqué beaucoup de points en attendant de marquer son temps…la macronmania est bien en marche autant que l’outil, le français que le chef de l’Etat français veut mettre en haut de l’affiche.

Ce dernier peut avoir toutes les raisons de se réjouir, jamais les mots de compatibilité et d’incompatibilité n’ont autant été retournés dans un sens comme dans l’autre ; jamais des mots tels que compromis et compromission n’ont autant été triturés et malaxés. Et à chaque fois, pour les besoins de la cause du moment. Par exemple, une fois, c’est un islam compatible avec la démocratie, une autre fois, c’est la politique qui est incompatible avec la religion. Comme vous voyez, le chemin qui mène au juste équilibre est encore long.

A propos, comment qualifier la visite d’Etat que vient d’effectuer le président Macron dans nos murs ? D’amplement réussie ? Rien de vraiment nouveau, du vent, rien que du vent nous disent les plus sceptiques parmi les experts qui privilégient les chiffres en lieu et place des envolées lyriques. Ils n’ont pas tout à fait tort. Cela dit, il y a cinq ans, tombait sous des balles assassines, un homme d’honneur ; il s’appelait Chokri Belaid. Les commanditaires de son assassinat courent toujours. Pourtant, on sait où ils habitent…

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