« Il ne faut pas croire que l’avenir est seulement de l’autre côté de la Méditerranée »

Emmanuel Macron

A l’occasion de la Journée franco-tunisienne de la société civile qui s’est déroulée le jeudi 1er février à l’Institut Français de Tunis (IFT), le président de la République Française Emmanuel Macron a accordé à la chaîne TV Al Hiwar une interview exclusive.

A la question sur la relation entre la Tunisie et la France, Emmanuel Macron a souligné que ce qui s’est passé en Tunisie est nécessaire et indispensable pour les relations bilatérales entre les deux pays.

« Nous avons de fortes relations construites à travers l’Histoire. Il y a une langue en partage. J’ai beaucoup insisté sur la francophonie avec une ambition renouvelée. Près de 800 000 Tunisiens et Tunisiennes  vivent en France et près de 30 000 Français et Françaises vivent en Tunisie  et là je ne compte pas les binationaux », détaille Emmanuel Macron.

Le président français a salué l’expérience tunisienne en matière d’éducation et de formation. Il a rappelé qu’après l’indépendance, le président Habib Bourguiba a choisi d’éduquer le pays de manière inédite.

« Le Peuple tunisien est aujourd’hui formidablement éduqué et la place de la femme est absolument essentielle. Le printemps arabe a permis  un vrai réveil de la société civile tunisienne porté par les femmes, le travail du Quartet et une Constitution modèle où la liberté de la conscience est reconnue, l’Etat civil est installé avec l’ égalité hommes – femmes consolidée par les courageuses décisions annoncées l’été dernier par Béji Caïd Essebsi », dit Emmanuel Macron.

« Nos valeurs communes et la capacité d’un pays à réussir se jouent ici au cœur du Maghreb. Le modèle tunisien ne doit pas échouer. Je vais tout faire pour que la Tunisie réussisse parce que nos destins sont communs », a ajouté Emmanuel Macron.

Sur le volet de la  coopération et du partenariat économique, le président français a souligné que  « la France voudrait apporter sa pierre à l’édifice de la reprise tunisienne et aider le gouvernement tunisien à assurer la stabilité (augmentation du pouvoir d’achat et création d’emplois, lutte contre la corruption, réformes économiques…) ».

Emmanuel Macron a affirmé que la France accompagnera la Tunisie dans la période 2016 – 2020. « 1.2 milliard d’euros se sont déjà convertis en projets portés par l’AFD.  J’ajoute à cela un montant de 100 millions d’euros pour la période 2020 -2022. On va développer des projets autour de 50 millions d’euros pour aider, plus vite et mieux, les entrepreneurs », a-t-il rappelé.

Le président français a rappelé aussi le rôle des entreprises françaises installées en Tunisie  qui embauchent  près de 400 000 personnes. Pour Emmanuel Macron, ces entreprises françaises devraient continuer à se développer davantage, suivre le travail entrepreneurial dans six secteurs essentiels pour la croissance tunisienne sur lesquels la France est engagée, à savoir la santé, le tourisme, l’agroalimentaire, le numérique, l’éducation et l’industrie.

« Nous devons structurer ensemble des filières, développer nos relations économiques et surtout faire venir les entreprises. C’est pourquoi, j’étais accompagné d’une grosse délégation d’entreprises et d’entrepreneurs à qui j’ai dit venez investir. Je leur avais dit aussi quand vous venez investir, faites de la colocalisation et développer un marché ici pour faire de la Tunisie un endroit de production et un marché beaucoup plus large.  Je veux que les investissements doublent en cinq ans », dixit Emmanuel Macron, qui a considéré que la vraie richesse et le trésor tunisiens sont le niveau de formation. C’est pourquoi, une série d’initiatives a été lancée dans l’enseignement supérieur pour pousser les entreprises à aider les gens à redémarrer.

« Les relations économiques tuniso-françaises peuvent évoluer davantage et faire beaucoup avec cette gamme d’instruments qui s’ajoutent à  la transformation de la dette bilatérale. Les entrepreneurs doivent prendre leur part », estime E. Macron.

Au sujet de la mobilité des personnes et des visas, le président a adressé un message aux jeunes qui demandent de la mobilité et qui s’attendent beaucoup de la France dans ce sens.

« Je leur dis : que voulez-vous  faire de votre vie et est-ce qu’on peut le faire de manière partenariale ? », répond Emmanuel Macron.  Pour lui, il ne faut pas croire que l’avenir est de l’autre côté de la Méditerranée.

Pour revenir sur ce point, Emmanuel Macron a indiqué que son devoir consiste à développer un enseignement supérieur partenarial pour avoir un maximum de projets conjoints. Il a, dans ce contexte, rappelé l’importance de l’accord signé hier pour la création de l’Université tuniso-française pour l’Afrique et la Méditerranée parce qu’elle sera un lieu d’excellence de la formation supérieure pour les Tunisiens et plus largement pour les Africains.

Le président français a annoncé qu’un projet de visas de circulation destinés aux pays du Maghreb et à l’Afrique noire est en cours d’étude pour alléger les formalités, faciliter l’aller-retour et  aider les jeunes à construire leurs projets et éviter le sentiment que tout se passe en France.

Interpellé sur l’Islam de France, Emmanuel Macron a reconnu qu’il y a une crise au sein de l’Islam avec la présence de diverses lectures et tendances. « C’est très difficile pour l’Etat français d’avoir une relation structurée avec une religion qui ne l’est pas et qui est arrivée dans le pays après la loi de 1905. Il y a dans notre pays ceux qui portent un projet politique de l’Islam non conforme aux lois et valeurs de la République. ..Il faut s’assurer que tous les jeunes soient formés aux valeurs de la République », explique Emmanuel Macron.

Et de conclure que l’exemple tunisien répond à tous ceux qui disent que l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie, qu’il est un projet politique…l’Islam est très présent dans la société tunisienne et la Tunisie a choisi un Etat civil.

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