«L’année 2018 sera l’année de la relance économique»

Relance économique

Dans l’univers mouvementé et com­plexe de l’industrie, Slim Feriani, le nouveau ministre de l’Industrie, arrive et avance avec des idées claires, abouties et résolues. Pour avoir financé et accompagné partout où il a été à l’international les entre­prises de quelque taille qu’elles soient, il aborde ses nouvelles fonc­tions avec un projet qui définit les contours d’une véritable politique industrielle.

Il décline déjà cette politique en plan d’actions à court, moyen et long terme. Sa feuille de route est quasi­ment fin prête. Ainsi qu’il le dit lui-même, il faut d’abord marcher avant de courir. Il énumère, dans l’entretien qu’il nous accorde, les différentes séquences dont dépend le succès de notre industrie : sans le dire ouverte­ment, par pudeur et par modestie, il ne vise rien de moins que d’asseoir et confirmer pour toujours la vocation industrielle du pays. Il ne lui a pas fallu longtemps pour identifier les nouvelles lignes de développement industriel, c’est-à-dire les prochains relais de la croissance fondés sur de nouveaux avantages comparatifs, autres que les bas coûts salariaux.

Réaliste, il met autant l’accent sur l’industrie textile ou l’agro-ali­mentaire que sur la Nouvelle éco­nomie, celle du savoir, des NTIC, de l’économie verte, de l’industrie pharmaceutique ou des compo­sants pour l’industrie automobile et l’aéronautique.

Il part du principe qu’il n’y a pas d’activité obsolète ou condamnée, il n’y a que des tech­nologies périmées, dépassées. L’industrie textile n’a pas disparu, mais a beaucoup évolué, revisitée qu’elle est par les nouvelles technologies. Il se dit en charge de la mission d’impulser le renouvellement de notre outil de production, de tout mettre en oeuvre pour placer l’innovation au coeur de notre développement indus­triel. Il se dit déjà en campagne pour diffuser partout la culture de l’innovation.

Il est tout aussi convaincu qu’en étant ministre de l’In­dustrie, il est aussi le ministre des industriels. Qu’il reçoit en permanence, interroge, écoute, consulte et échange. Il plaide pour l’émergence de véritables cham­pions nationaux. Il sait ce qu’ils attendent de lui, et il n’entend pas les décevoir dans leur stratégie de déve­loppement, notamment à l’international. Il croit à la vertu et à l’efficacité du contact direct. Il sait que les industriels carburent au sentiment de confiance.

De Londres où vous étiez aux responsabilités dans le secteur privé à Tunis où, après un bref passage à la tête de la BFPME, vous voilà en charge de l’Industrie. Qu’avez-vous apporté avec vous ?

– Quel est votre projet ?

– Quelle est votre ambition pour l’industrie tunisienne ?

Qu’est-ce que je ramène ? Je ramène 27 ans d’expérience au niveau international, une expérience accumulée dans plusieurs pays et dans différents business models. J’ai vu comment l’Asie a évolué au cours des 20 dernières années, j’ai vu comment l’Europe centrale a évolué au cours des deux dernières décennies, j’ai vu ce qui s’est passé en Amérique latine et dans les pays émergents de manière générale, bref j’ai vu le monde évoluer tout en suivant de près bien sûr l’évolution de la Tunisie.

On dit souvent que la Tunisie est un petit pays. Tout est relatif. Si on compare à Singapour , par exemple, n o u s s omme s un gra n d p ay s. Singapour n’a que 700 km2. On est le double de la République tchèque, de la Hongrie. Ce n’est donc pas une question de superficie ni même de nombre d’habitants. Il faut s’inspirer des expériences des autres et accélérer la stratégie industrielle de notre pays sur le court, moyen et long terme.

Il est vrai que quand on parle de stratégie, on parle surtout de long terme. Mais il y a des choses que l’on devrait mettre en place au niveau du ministère et du gouvernement sur le court et moyen terme.

Parlant de stratégie, il faut dire que nous ne pouvons transformer l’industrie tunisienne en 6 ou 12 mois, mais on peut mettre les grandes lignes en place pour la transformer sur le long terme en pensant à l’industrie tunisienne à l’horizon 2030 et aux transformations technologiques. Nous sommes tenus d’évaluer nos avantages comparatifs et aller de l’avant, car qui n’avance pas recule.

Notre principal avantage comparatif est la proximité, et là nous devons tout faire pour exploiter le marché européen, le marché africain et le marché de la région MENA à travers l’export qui est l’un des piliers de notre stratégie. Chacun dans son domaine, gouvernement, institutions comme le CEPEX ou le Conseil supérieur du textile, qui va se mettre en place, doivent contribuer à l’effort qui vise à revitaliser nos exportations, et en particulier dans les secteurs traditionnels comme le textile et l’agro-alimentaire, qui emploient des centaines de milliers de travailleurs.

Il nous faut encourager l’innovation, la recherche et le développement, le branding, le marketing etc. Dans le textile, il nous faut évoluer vers plus de valeur ajoutée. C’est un secteur important qui emploie 160.000 personnes et qui a besoin d’une véritable stratégie sur le long terme.

Il en est de même de l’agro-alimentaire. On était le grenier de Rome, on devrait aujourd’hui être le grenier de l’Europe et de l’Afrique. Nous avons un bon climat et 1200 kilomètres de côtes. Si on arrive à les exploiter comme il faut, on pourra devenir leader dans la production et l’exportation de fruits de mer en suivant l’exemple de la Thaïlande. Nous avons d’autres atouts, pour ne parler que des dattes où nous sommes bien placés sur le marché international ou encore de l’huile d’olive.

Dans le domaine de l’hui le d’olive justement, il y a beaucoup d’améliorations à faire. Nous exportons actuellement 10% d’huile d’olive conditionnée et 90% en vrac. Nous devons inverser la donne et arriver à exporter 90% d’huile conditionnée et biologique et 10% en vrac.

Il y a une nouvelle génération d’entrepreneurs qu’on voudrait aider, et il va y avoir des National champions, continental champions et international champions. Notre souhait est qu’il y ait des National champions qui puissent tirer le pays vers le haut. Regardez la Corée. Il y a quelques années, Samsung, pour ne citer que cette firme, n’était pas une multinationale. Mais au fil des ans, elle a réussi à s’agrandir et à tirer la Corée vers le haut.

Avez-vous découvert ou avez-vous le sentiment qu’il y a une véritable politique industrielle ? Comment comptez-vous positionner la Tunisie dans l’industrie ?

Pour ne pas nous éparpiller, nous misons sur de secteurs-phares : composants automobiles, automobiles, aéronautique et l’industrie pharmaceutique. Nous possédons tous les atouts pour être la plateforme entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Cela dit, nous gardons les pieds sur terre. Nous ne disons pas que nous serons les premiers producteurs d’automobiles par exemple ou de constructeurs d’avions. Mais il y a des secteurs dans lesquels nous disposons d’avantages comparatifs que nous gagnerions à exploiter dans le monde concurrentiel où nous vivons. Nous devons également prendre en compte un aspect important : le consommateur n’achète pas un produit pour les beaux yeux du fabricant ou du producteur, mais pour sa qualité et plus précisément, pour son rapport qualité/prix.

Le ministre de l’Industrie, pour responsable et architecte qu’il soit de la politique industrielle, est aussi le ministre des industriels, leur avocat auprès du gouvernement pour ainsi dire. Le point de départ, c’est le contact avec les acteurs économiques. Le contact avec les industriels est pratiquement quotidien que ce soit ici au ministère ou sur le terrain. Depuis que je suis à la tête de ce ministère, je suis en contact régulier avec les industriels de tout le pays du nord au sud. Je les reçois ici, mais je leur rends visite aussi sur le terrain. Je les ai visités à Béja, au Kef, à Kairouan. Nous sommes là pour défendre leurs intérêts contre les produits importés. Ils nous demandent de défendre les produits made in Tunisia, et ici au ministère nous faisons de notre mieux pour les aider dans ce sens.

C’est un fait, le marché parallèle est un véritable problème pour notre industrie. Ici au ministère, et au gouvernement de manière générale, nous sommes conscients que les citoyens actifs dans le marché parallèle ont besoin de gagner leur vie. Nous ne pouvons pas du jour au lendemain leur interdire de travailler dans ce secteur et de les condamner à la famine. Nous sommes tenus avant tout de leur assurer les moyens de subsistance tout en les intégrant progressivement dans l’économie structurée.

Il y a des success stories qu’il faut valoriser, encourager et faire connaître sur le plan national, le but étant que ces entrepreneurs qui ont réussi servent d’exemples et fassent des émules. L’encouragement peut prendre diverses formes. On pourrait par exemple instituer le Prix du premier exportateur de Tunisie. Le Prix de l’industriel de l’année etc. L’idée, c’est de créer une culture de la compétition positive, une ambiance empreinte d’émulation.

Nous avons quelques champions nationaux. Je vous cite l’exemple de Mme Jalila Mezni, patronne de Lilas, qui seulement en 25 ans est devenue une championne nationale. Elle a commencé avec un capital de 10.000 dinars, et son entreprise vaut aujourd’hui 800 millions de dinars en Bourse. C’est donc ce genre de success story qu’il faut valoriser d’une manière ou d’une autre. On a aussi l’exemple du groupe Chakira-Elloumi qui est l’un des grands dans le monde et pas seulement en Tunisie.

Il faut prendre du recul et voir où nous en sommes dans cette dure concurrence internationale. A ce niveau, j’en appelle aujourd’hui au patriotisme des Tunisiens. Au ministère, nous ne pouvons pas tout faire. Nous avons besoin du secteur privé qui a toujours été la locomotive du pays, et surtout pendant les sept dernières années. Certes, le secteur public est important, mais, en termes de croissance, sur les sept dernières années, c’est le secteur privé qui a enregistré les meilleurs résultats en ce qui concerne les chiffres d’affaires, la rentabilité et même l’emploi. Il constitue la locomotive qui nous devons soutenir, valoriser et dynamiser.

Aujourd’hui, l’industrie représente 17% du PIB. Comparée aux autres secteurs, elle reste le secteur le plus important. Cela ne veut pas dire que les autres secteurs (Agriculture, tourisme, commerce) ne sont pas importants. Tous les secteurs sont importants et complémentaires. Quand le tourisme va, il multiplie ses commandes au secteur industriel et s’y approvisionne. Le tourisme est sur la bonne voie et nous souhaitons qu’il en soit de même pour l’agriculture. La matière première dont on a besoin pour l’exportation de l’agro-alimentaire provient de l’agriculture, et on a besoin que ce secteur continue sur sa lancée. Les indices sont encourageants. Il n’y a qu’à voir les bons résultats enregistrés par l’huile d’olive, les dattes ou encore les agrumes.

Avec l’ambition que nous avons de renforcer le secteur de l’automobile, et avec toutes les marques qui existent dans le monde, pourquoi ne pas avoir un constructeur automobile en Tunisie dans l’année qui vient ? Dans cet important secteur, il y a bien eu des délocalisations vers le Mexique, vers la République Tchèque, vers le Maroc aujourd’hui. Il n’y a pas de raison pour qu’on n’ait pas nous aussi notre part dans ce vaste mouvement de délocalisation de l’industrie automobile. D’autant que nous disposons d’atouts et de compétences très respectables au niveau international.

La fiscalité sur les entreprises offshore exportatrices est remise en cause par les instances européennes qui nous l’ont signifié de bien mauvaise manière. Nous étions surpris par la décision européenne. Nous traiter de paradis fiscal, c’est trop fort. La loi de 1972 a libéré les forces créatrices, et diverses industries ont été créées, dont l’importante industrie textile. Aujourd’hui, 40% de ce secteur industriel est totalement exportateur et dans les 60% qui restent, il y en a qui sont partiellement exportateurs. Donc aujourd’hui, nous ne pouvons pas faire marche arrière. Nous ne pouvons pas ne pas donner une importance primordiale à l’export et à l’investissement dont dépendent l’emploi et le développement régional.

Nous devons être pragmatiques, mais aussi patriotes et défendre nos intérêts. Au gouvernement, nous sommes en train de travailler très activement pour sortir de cette liste le plus vite possible. Cela dit, nous devons continuer à faire la promotion de notre industrie. J’ai dit que je vais souvent sur le terrain. Pas seulement en Tunisie. Je vais sur le terrain au niveau international aussi en me faisant accompagner de nos success stories et des industriels représentatifs pour ‘’vendre’’ notre industrie, nos compétences et nos atouts. C’est de cette manière que se construisent les partenariats. Nous ne devons pas nous contenter du PPP, du partenariat tuniso-tunisien. La diversité est une chose très importante. En d’autres termes, l’effort de promotion du partenariat public-privé doit se faire en parallèle avec l’effort de promotion du partenariat au niveau international.

Sur le plan international, il ne faut pas se contenter du partenariat fi n a n c i e r u n i q u eme n t . O n e s t également tenu de prendre en compte le partenariat stratégique client-fournisseur comme c’est le cas dans le secteur des composants automobile. Nous avons maintenant des fleurons actifs dans ce domaine et qui réalisent d’excellents résultats avec leurs clients dans le cadre d’un partenariat stratégique. Ils investissent dans la recherche-développement et ils s’internationalisent. Nous ne pouvons que les encourager. Il vaut mieux être un petit poisson dans un grand aquarium qu’un grand poisson dans un petit aquarium. C’est ainsi qu’on peut se hisser vers le haut et acquérir une dimension internationale.

Il faut innover, être concurrentiel. Nous avons des stratégies nationales de la qualité, de l’innovation, de la compétitivité. Le capital humain est important. Le ministre doit jouer le rôle de manager pour motiver les troupes. C’est le rôle que je m’assigne. Regrouper mes collaborateurs autour de moi dans le ministère ou dans les instances sous tutelle et travailler en équipe. Le travail d’équipe est important, et nous au ministère et au gouvernement nous travaillons en synergie.

Si l’on envisage d’exporter par exemple, il y a bien sûr le ministère du Commerce et le CEPEX, mais il y a aussi le ministère de l’Industrie avec 90% de nos exportations industrielles et manufacturières, le ministère des Transports qui s’occupe de la logistique, le ministère de l’Agriculture qui supervise la production et le conditionnement des produits à exporter, le tourisme qui génère de la demande pour les industries etc. Je crois énormément au travail d’équipe, à la diversité, à la coopération, à la valorisation des compétences et des entreprises.

Qu’est-ce qui convient le mieux pour accéder au rang de pays émergent, un modèle de type européen ou asiatique ?

Les pays de l’Europe centrale et de l’Est ont entamé leur développement à partir de 1989, après la chute du Mur de Berlin. Ils sont les derniers à s’être développés grâce à la convergence qu’ils ont établie avec les économies européennes développées. Nous observons le même phénomène de convergence en Asie avec l’économie japonaise d’abord et l’économie chinoise ensuite, convergence qui a permis à plusieurs pays asiatiques sous-développés de devenir des pays émergents. Le même phénomène est également observé en Amérique latine, en particulier au Mexique où la convergence avec l’économie des Etats-Unis est la plus forte.

Nous sommes considérés comme un pays-frontière selon une définition technique. Et si nous voulons rejoindre les rangs des pays émergents, il nous faut évoluer vers des taux de croissance de 7 à 8%. Cela concerne le long terme. Mais, avant de courir, il faut marcher. Il faut d’abord aller vers des taux de croissance de 3 et 4%. C’est notre stratégie de faire 3% cette année, 4% l’année prochaine et 5% celle d’après. Il y a des pays africains, comme l’Ethiopie, qui ont fait ce parcours sur plusieurs années. Il n’y a donc pas de raison que la Tunisie n’accomplisse pas de telles performances. Cela nécessite le travail et la stabilité politique et sociale sans lesquels l’économie ne peut décoller.

Nous ambitionnons d’atteindre un taux de croissance de 5% en 2020, et c’est ce que j’appelle marcher avant de courir. Pour absorber le chômage, nous n’avons guère le choix que d’aller vers des taux de croissance élevés.

Les pays asiatiques ne sont pas devenus émergents par hasard. Ils ont travaillé. Ils ont peiné. J’ai visité la majorité de ces pays, y compris le Vietnam, où la mentalité et la culture du travail sont très développées et ceci explique cela. Je reviens à mon rôle de manager, et je dis que ce rôle consiste aussi à promouvoir la culture du travail et de l’effort. Il ne faut pas généraliser bien sûr, les bons et les mauvais sont partout. Il y a celles et ceux qui s’investissent pleinement et ceux qui s’impliquent le moins. Mon rôle c’est de tirer vers le haut en sensibilisant à l’effort, au travail. Les pays asiatiques nous donnent le meilleur exemple et nous prouvent qu’il n’y a point de réussite sans travail.

Il va sans dire que le ministère de l’Industrie ne peut à lui seul assumer la responsabilité d’une telle tâche. La responsabilité à ce niveau est collective, et je dois faire remarquer ici que le ministère de l’Education, les autorités de tutelle de la recherche scientifique et de la formation professionnelle ont d’importantes contributions à faire dans ce domaine. Il ne peut y avoir de politique industrielle qui ne soit pas calée sur une politique d’enseignement et de formation. Aujourd’hui, dit-on, il y a plus de 250.000 chômeurs diplômés et des emplois qui ne sont pas pourvus.

Oui, il y a sans doute une pénurie de main-d’oeuvre dans certaines spécialités. A ce niveau, le PPP doit coopérer plus étroitement de manière à assurer une meilleure qualité de l’output et de son adaptation au marché de l’emploi d’aujourd’hui et de demain. Parce que les besoins d’aujourd’hui ne sont pas forcément ceux de demain.

L’être humain est par définition réticent aux changements. Mais le changement et la rupture sont nécessaires à l’évolution. Comment aller vers la Tunisie de 2025 et 2030 sans provoquer de profonds changements dans les mentalités, l’éducation ou encore la formation professionnelle ? Il faut que nous soyons moins égoïstes, et considérer le changement non pas comme une menace à notre confort, mais comme une nécessité de préparer une vie décente pour les générations futures.

Tout le monde s’accorde à dire que l’un des obstacles à la fois à la création des entreprises et à leur développement est l’accès aux sources de financement.  Vous avez, monsieur le Ministre, une longue expérience à l’international en matière de financement de l’investissement. Que comptez-vous fai re pour faciliter le financement, no t ammen t des j eunes entreprises de la PME/PMI ?

Le financement reste un très grand problème. L’économie est dépendante à 90% du financement bancaire. C’est énorme, c’est pour cela qu’il faut penser à d’autres sources de financement comme la Bourse, le marché obligataire, le Private Equity qui représente aujourd’hui 1,5 milliard de dinars et qui devrait augmenter pour atteindre 5 milliards de dinars, ce qui, pour une économie de 100 milliards de dinars, n’est pas énorme.

Mais l’important c’est qu’il y ait une économie de Private Equity qui soit en train d’évoluer. Il faut l’encourager, encourager la Bourse et le marché obligataire. Il y a une initiative avec la Grande-Bretagne qui s’appelle Investia pour encourager 250 PME à être cotées en Bourse. C’est vrai que c’est très ambitieux, mais il vaut mieux avoir des objectifs ambitieux que de ne pas en avoir du tout.

Je suis en train de travailler sur la finance alternative et le Private funding. Nous avons vu comment la micro-finance a transformé la vie de centaines de milliers de personnes. Quand vous financez 350.000 personnes qui ont des familles, cela se répercute sur un million de personnes. C’est dire la dynamique créée par la micro-finance.

Je pense que le Private funding va instaurer la même dynamique créée par la micro-finance, mais pour les PME. Sur le plan international, le Private funding ne représentait pas grand-chose au départ. Aujourd’hui, il représente des dizaines de milliards. Nous sommes en train de travailler sur un projet de loi sur le Private funding qui est appelé à devenir une importante source de financement pour les PME.

Il est nécessaire de diversifier les sources de financement de l’économie et de ne pas se contenter du financement bancaire. Cela n’exclut pas l’encouragement que nous devons faire aux banques et de les inciter à plus d’efforts et de dynamisme pour financer l’économie, ce qui est du reste leur rôle.

Au niveau de notre ministère, nous avons mis en place un fonds de 400 millions de dinars pour les PME qui concernera les trois ans à venir. On commence par 100 millions de dinars pour 2018, ensuite 150 millions de dinars pour 2019 et 150 millions de dinars pour 2020. C’est un programme sur trois ans pour aider à la restructuration financière et la relance des PME qui ont des problèmes temporaires, cycliques.

Avant de penser à créer de nouvelles PME, il nous faut d’abord préserver celles qui existent, et si on peut faire les deux en même temps, ce serait l’idéal. Certes, on peut rétorquer que 100 millions de dinars pour 2018, c’est très peu. Certes, mais c’est mieux que rien. Cela va aider au moins 200 PME, selon nos estimations, en attendant le développement d’autres sources de financement.

Pour revenir à l’exemple de la success story de Mme Jalilia Mezni, elle a commencé avec un crédit FOPRODI de 10.000 dinars, mais en cours de route, elle a bénéficié du Pivate funding, ce qui a permis à Lilas d’évoluer au point de peser aujourd’hui 800 milliards en Bourse et de devenir un acteur économique, sur le plan continental, et de concurrencer les grands de ce monde.

Quels sont vos voeux pour 2018 ?

Je formule les voeux de bonheur et de santé pour la Tunisie et les Tunisiens et, bien sûr, pour notre industrie. Il faut être optimiste, parce que le pessimisme ne paye pas. Il faut garder l’espoir et faire preuve de beaucoup de bonne volonté. Nous sommes optimistes pour l’année 2018 qui, nous l’espérons, sera l’année de la relance économique. Nous visons le taux de 3% de croissance économique, car il y a des signes évidents de relance tels que la croissance de nos exportations à double chiffre, la croissance des investissements dans l’industrie à double chiffre aussi, les perspectives du secteur touristique qui s’améliorent. Il y a un fleuron du tourisme mondial qui vient de s’implanter en Tunisie, ce qui va avoir un impact positif sur l’image de notre pays dans le monde du tourisme. Car, quand le tourisme va, tous les autres secteurs économiques en profitent. Cela dit, mon souhait est que l’année 2018 soit celle du travail, de l’effort et de la relance économique.

Propos recueillis par

Publié le 01/02/2018 à 13:58

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin