Ramadan 2017 : l’ombre de la crise et des difficultés économiques

Municipalités
photo : One Morning in Tunisia by D@LY3D

Le lien ancestral entretenu, cajolé et tellement particulier entre le mois du jeûne et la vieille ville à Tunis, ou comme on l’appelle tendrement  el bled el arbi est particulier à plus d’un titre. Et c’est le cas pour toutes les villes du pays. Trois jours ont passé et Ramadan donne l’impression de retarder son « entrée en matière ». Effet de mode, crise économique ou une couleur d’époque ?

Le secret du mois saint est qu’en fait il n’en a aucun, se suffisant à lui-même pour se faire découvrir chaque fois dans toute sa plénitude et sa manière  toute particulière de nous émouvoir  et de susciter en nous  les mêmes sensations.

Ramadan est véritablement un enfant, une histoire toujours racontée avec ferveur et gratitude. Son nom suffit pour nous interpeller au plus profond de nous-mêmes sans fard ni artifice. Vécu toujours avec la même intensité, il se reproduit intégralement et est sans cesse désiré. La ville le lui rend bien qui sait l’exprimer dans toute sa ferveur.

Le visiteur tant attendu… et convoité

Trois jours déjà. Une ambiance particulière baigne les quartiers, les ruelles, les places et les avenues. Tout a pris la couleur du ramadan. On ne parle que de lui, de sa « baraka », de ses obligations et devoirs, des prix et, inévitablement, des difficultés économiques. Au niveau du discours politique même où tout a été conjugué au conditionnel par égard aux exigences du mois saint.

Au niveau enfin du quotidien  dans tous ses détails. Alors que nombreux sont ceux qui se sont lancés dans divers travaux préparatoires à l’occasion (badigeonnage des murs, nettoyage tous azimuts des  lieux d’habitation, et même du travail parfois), d’autres ont mis leurs bourses à l’épreuve pour faire des achats et s’approvisionner en tout. Une course, aux allures féeriques dans certains cas, a caractérisé la période qui a précédé le mois saint dont l’avènement a fini,  avec le temps et dans l’imaginaire collectif, par prendre l’allure d’une date charnière, une sorte de balise pour signifier, en quelque sorte, une fin d’époque et le commencement d’une autre. Mais indépendamment de tout et la divergence des comportements, le mois saint est un événement majuscule que ce soit à Tunis ou dans toutes les régions à l’intérieur du pays. En témoignent  le regain des préparatifs des activités culturelles presque partout par le biais de la formule des festivals de la Médina ou, au niveau des télévisions, par les émissions et variétés proposées.

L’air du temps assagi

Cette année, le hasard du calendrier a fait que Ramadan démarre  durant le week end, plus précisément samedi dernier. Un jour qui semble faire l’affaire de nombreux Tunisiens, particulièrement ceux qui sont fonctionnaires puisque ce jour est chômé.

Le résultat est qu’il n’y avait pas foule dans les lieux où d’habitude il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin ou il faut s’armer de sang-froid et de patience pour pouvoir supporter le diktat des embouteillages. Le premier samedi du mois saint a été calme et souriant. Hospitalier presque. Que ce soit à Bab Souika, à Bab Saadoun, à Sidi El Bahri – le rbat el akher comme on dit- ou à Bab Jdid, Bab El Jazira et à Sabbaghine, le constat est le même  ou presque. Pas de scènes de manifestations de la sempiternelle « hachicha ». Au contraire, un « calme » à la limite excessif, alourdi par le climat et inhibé manifestement par le difficile mariage de la chaleur et du jeûne. Les heures s’égrènent, par conséquent,  lentement, et ce, particulièrement samedi et dimanche. L’animation n’a pas outrepassé les limites, comme c’était le cas, de l’avis de  certains, en pareille période et circonstance. Juste une avancée du temps sur fond de comportement curieusement bien « assagi ».

L’ombre de la crise et des difficultés économiques

Le soir n’allait pas connaître un sort différent. Juste les rituels d’occasion, sans excès ni  extravagance. Seules les mosquées ont été égales à elles mêmes et leurs traditions. Les minarets ont offert – signe distinctif du mois saint – un magnifique jeu de couleur et de lumière. Un décor festif qui traduit d’une manière on ne peut plus manifeste,  la particularité de l’événement et de l’occasion. Les cafés, de leur côté, ont exprimé tout cela. D’ailleurs, faut-il le remarquer, cette année a été caractérisée par le « foisonnement » des cafés, toutes catégories commerciales confondues, et la variété sans précédent de leurs offres et services. Les soirées du samedi et du dimanche ont été l’occasion d’une animation à ce niveau remarquable, soirée ramadanesque oblige.

Une question de temps

Toutefois, il est intéressant de noter que nonobstant  cela, il y a comme une retenue, une inhibition au niveau des activités en général en ce début de Ramadan 2017. Une timidité que d’aucuns n’hésitent pas à imputer à la crise qui sévit dans le pays. D’autres, par contre,  estiment que sous peu l’animation traditionnelle en plein centre – ville et dans tous les recoins du bled el arbi reprendra ses droits pour atteindre très vite sa vitesse de croisière.

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