Bilan et perspectives des «soldats de la paix»

photos crédits Radio-Canada.ca

Le 29 mai est la Journée internationale des Casques bleus de l’ONU. Cette Journée a pour objectif de rendre hommage à l’ensemble du personnel civil, policier et militaire qui a servi et continue de servir dans les opérations de maintien de la paix mandatées par le Conseil de sécurité.

Une mission noble et nobélisée, mais qui ne saurait masquer les échecs et autres impasses. Le succès de ce qui est devenue une «institution-symbole» n’est jamais garanti sur les terrains d’opération où elle est envoyée.

Il y a encore un malentendu sur la fonction ou vocation des casques bleus. Cette force de maintien de la paix des Nations unies n’est pas constitutive d’une armée destinée à mener la guerre ou combattre les protagonistes d’un conflit. Les Nations unies ne disposent pas de leur propre armée ou d’une quelconque «réserve permanente».

Les militaires qui portent le Casque bleu (ou Béret bleu, pour les forces de police) sont avant tout membres des forces armées nationales de leur pays qui se trouvent détachés auprès de l’ONU. Si une «réserve permanente» de soldats semblerait logique, elle risque de se révéler très coûteuse. De manière plus réaliste, l’efficacité de l’action onusienne suppose des mandats plus clairs, pragmatiques et des ressources humaines, logistiques et financières suffisantes.

Non seulement les Casques bleus sont (des militaires, de policiers et des civils) mis à disposition par des Etats membres de l’ONU, mais leur mission générale consiste dans le seul «maintien ou [le] rétablissement de la paix et de la sécurité internationale». Les opérations de maintien de la paix  s’inscrivent contre toute logique guerrière : il s’agit pas de mener la guerre, mais de l’éviter, y compris en s’interposant pour stabiliser la situation et sécuriser la population. Ce type d’opération est fondé sur le non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense ou pour défendre le mandat qui lui a été confié.

Cette mission générale de maintien de la paix et de la sécurité internationales est liée à la raison d’être de l’ONU. Elle se décline en une variété de rôles déterminés par le Conseil de sécurité (seul habilité à autoriser le déploiement du personnel militaire sur le terrain), en fonction de la particularité de chaque situation : servir de force d’interposition entre les différents belligérants; surveiller une frontière contestée; contrôler l’application d’un cessez-le-feu; désarmer et démobiliser les combattants; assurer la sécurité dans une zone de conflit et protéger les populations civiles; faire du maintien de l’ordre; surveiller et observer des processus de paix dans les régions sortant d’un conflit; mener une assistance humanitaire, etc.

Il y a ainsi près de 100 000, militaires, policiers et personnel civil, déployés sur une quinzaine de terrains d’opérations de maintien de la paix actuellement. Si les contingents les plus importants de Casques bleus sont fournis par le sous-continent indien avec le Pakistan, le Bangladesh et l’Inde, les pays occidentaux (Japon compris) représentent les sources de financement premières de ces opérations onusiennes.

L’ONU déploie des contingents militaires pour des opérations de paix depuis 1948, date à laquelle le Conseil de sécurité a autorisé le déploiement d’observateurs militaires des Nations Unies pour surveiller l’application de l’Accord d’armistice conclu au terme de la première guerre israélo-arabe. Cette force non armée n’était présente qu’en tant qu’observateur. Depuis, des dizaines d’opérations des Nations unies se sont déployées dans le monde.

Avec la fin de la Guerre froide, les opérations de maintien de la paix se sont multipliées. Faisant face à une demande croissante pour des opérations de paix (plus de 70 depuis 1948, dont 16 actuellement encore en action) toujours plus complexes, le dispositif (contingents militaires, financements, etc.) est mis à rude épreuve.

Les forces de l’ONU se sont adaptées sur le plan technique (notamment avec le recours à des drones), mais surtout humain. Certes, les forces de maintien de la paix de l’ONU se composent encore essentiellement de soldats d’infanterie. Mais les besoins pour les missions sur le terrain se concentrent sur la recherche de compétences spécialisées et qualifiées, en matière d’ingénierie- pour la reconstruction (en Haïti par exemple) ou la construction (au Soudan du Sud notamment) des infrastructures de pays-, de médecine, de transport ou de communication.

En 1988, le prix Nobel de la paix a été décerné à ces soldats de la paix et à leur contribution à la stabilisation-sécurisation de la situation au Cambodge, au Salvador, au Guatemala, au Mozambique, en Namibie, au Tadjikistan, ou encore au Timor-Leste. Toutefois, l’efficacité de leur action sur le terrain est souvent mise en cause, particulièrement en Afrique. Trop passifs, les casques bleus s’abstiennent d’intervenir y compris lorsque la vie de civils est en danger (exemples de l’ex-Yougoslavie et du Soudan sud). La simple présence de casques bleus s’est révélée insuffisante pour éviter les crimes commis en Somalie, au Rwanda et dans l’ex-Yougoslavie au début des années 90.

De plus, des scandales liés à des actes d’exploitation et d’abus sexuels commis par des membres du personnel de l’ONU ont contribué à ternir leur image auprès du grand public, notamment du fait de l’opacité et du manque de volonté de l’organisation onusienne à enquêter et à sanctionner en la matière.

La transparence et l’exemplarité doivent s’appliquer impérativement ici. C’est la confiance des populations civiles et donc la crédibilité-légitimité des opérations des casques bleus qui en dépendent. Les principes de consentement et de proximité des populations locales demeurent en effet essentiels à la réussite des opérations, même lorsqu’elles revendiquent l’intérêt des populations concernées …

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