“Mani Pulite” ou bien manipulation ?!

Norme anti-corruption L'Economiste Maghrébin

Rien ne pourra permettre à la Tunisie de sortir de ce cul-de-sac qu’une véritable guerre sans concession contre la corruption, les contrebandiers et leurs acolytes objectifs, ces mercenaires de la terreur. C’est une certitude infaillible. Cette gangrène dénature toute tentative de remettre l’économie en marche et d’assainir la vie politique.

Depuis des mois, tant de voix se sont élevées pour réclamer le lancement de cette œuvre de salubrité publique. Une suspicion généralisée plane sur la classe politique à cause de l’enrichissement personnel de certains élus, des connivences mafieuses et politico-médiatiques. Un malaise pesant règne dans tout le pays, paralysé face à un pouvoir obscur, un pouvoir parallèle absolu enkysté au sein de la classe politique et noyautant le tissu économique.

L’Italie avait fait l’expérience d’une opération dite “Mains propres”, au début des années 1990. L’interpellation d’un poids lourd du Parti socialiste italien fut le coup d’envoi de l’enquête “Mani Pulite” qui allait se traduire par 3.000 arrestations en deux ans (plus de 1.200 condamnations les années suivantes) et dévoiler une profonde collusion entre partis politiques et milieux mafieux.

Les deux partis dominants de l’après-guerre, la Démocratie-chrétienne et du Parti socialiste, ont disparu dans cette bourrasque. Cette opération d’envergure avait suscité de grands espoirs dans l’opinion, mais n’a pas eu les résultats escomptés. Après un grand déballage spectaculaire, l’opération est loin d’avoir éliminé le problème à la racine.

Deux décennies plus tard, beaucoup d’observateurs tirent la même conclusion amère: la corruption est toujours là et s’est même répandue. L’entrepreneur Silvio Berlusconi entre en politique et devient Premier ministre ! Souhaitons que ce qui est déclenché en Tunisie n’aboutisse pas aux mêmes résultats.

A priori, le gouvernement semble finalement décidé à agir et à purger le pays de ses miasmes. Tout citoyen tunisien conscient des enjeux ne peut qu’approuver cette démarche courageuse et ne peut qu’accorder un préjugé favorable. C’est un début dans le bon sens, il s’agit de poursuivre l’offensive et ne pas baisser les bras. A une nuance près, il faudrait que les enquêtes ne s’enlisent pas et que des jugements sévères soient prononcés diligemment.

La vraie lutte contre ce fléau passe par le rétablissement de la transparence et de l’éthique dans la vie politique et économique. Force restera à la loi. La “question éthique” doit désormais être un puissant vecteur de rénovation, auquel un nombre croissant de citoyens et de politiques intègres pouvaient se rallier pour créer un consensus étendu susceptible d’insuffler une dynamique nouvelle pour remettre en marche la Tunisie.

Cependant, il convient de faire une mise en garde. C’est un test de taille pour le gouvernement. Il est vital dans cette bataille d’aller jusqu’au bout et de ne pas s’arrêter au milieu du gué. Autrement, toute déception supplémentaire de l’opinion publique signerait la fin, non pas de ce gouvernement uniquement mais de l’Etat. Si cette opération tournait court, elle aurait des “effets pervers”, risquerait de se transformer en un “jeu de massacre” dangereux pour une démocratie balbutiante et serait susceptible de pousser à des solutions autoritaires.

Le système politico-affairiste corrompu ne baissera pas les bras à la première salve, il se rebiffera et pourra causer des dégâts, si la maîtrise des opérations n’est pas irréprochable et les décisions préventives insuffisantes. Il s’agit bien d’une guerre dont les objectifs à atteindre sont l’éradication de la corruption, de la contrebande et de leur auxiliaire le terrorisme. C’est “une continuation de la politique avec d’autres moyens”.  Elle doit être dégagée de toutes les influences suspectes et de toute interférence d’ordre politicien.

Clausewitz avait donné de l’influence prépondérante du leadership politique une image très forte, mais il l’a fait seulement afin de réfuter et d’éliminer d’emblée les notions erronées largement répandues, à savoir que la guerre pouvait être menée par la direction politique ou bien en dehors d’elle, en progressant exclusivement selon sa “logique ou son raisonnement militaire interne”. Si cette guerre est une chose trop dangereuse pour être confiée aux seuls militaires, elle l’est aussi quand elle est déclenchée par des politiques à qui manque la parfaite connaissance de ce qu’exige sa préparation et de ce qu’entraînent ses possibles conséquences. Restons donc modérément optimistes mais vigilants.

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