Pas de culture sans culture de la culture

Quel est l’état des lieux du secteur culturel en Tunisie ? Peut-on parler d’une filière culturelle ? Quels sont les obstacles au développement économique de la culture en Tunisie ?  Peut-on sortir de la logique des dons et subventions prédominants dans le secteur culturel du pays ? Quelles sont les incitations aux investisseurs dans la culture ? Comment transformer les incitations aux investisseurs dans la culture ? Comment transformer les activités culturelles disparates en une industrie économique viable ? Comment rendre la culture attractive pour les investisseurs privés ?

culture investissementTelles sont les problématiques auxquelles ont voulu répondre les organisateurs de la Matinale de l’Alumni IHEC Carthage du 2 3 mai  lors d’un débat sur  les impératifs de la réussite relatifs à l’investissement dans les activités culturelles.

Objectif : débattre de la réalité et des perspectives économiques du secteur culturel, des obstacles au développement de l’investissement culturel, du financement des événements culturels et des facteurs clés de succès d’un projet culturel.

La culture souffre

L’investissement dans la culture nécessite un engagement et une conscience plus importants que dans d’autres secteurs économiques. Dans certains pays, la culture est un secteur économique à part entière.

En France, par exemple, la contribution des industries culturelles est plus élevée que certaines industries  phares, comme le secteur automobile, d’autant que la valeur ajoutée culturelle est encore plus importante.

En Tunisie, la plupart des activités culturelles (cinéma, livres, patrimoine…) souffrent à cause d’une multitude de raisons (moyens limités de l’Etat, frilosité des privés à investir dans le secteur culturel, manque de mécènes…) pourtant la créativité ne manque pas et les réussites individuelles sont éloquentes.

Nombreux films primés dans les festivals internationaux, manifestations privées de qualité, initiatives intéressantes, restauration de musées par des mécènes…des lois votées à l’ARP pour promouvoir la culture mais encore sans effets palpables.

Confusion entre mécénat culturel et sponsoring culturel

Mourad Sakli, ancien ministre de la Culture et  consultant dans plusieurs entreprises de production audiovisuelle, a évoqué le cadre juridique.

Pour créer une dynamique à travers le mécénat culturel, renforcer la relation entre la culture et l’économie et libérer les forces créatives et celles impliquées dans les actions culturelles, une loi a été présentée et votée à l’ARP en 2014 sur le mécénat culturel.

L’objectif de cette loi consistait aussi à attirer l’attention des investisseurs privés et à créer des mécènes partout et de transformer des mécènes potentiels en des investisseurs culturels.

« Cette loi a été axée sur les incitations fiscales et la réduction des taxes. Nonobstant que plusieurs jeunes profitent aujourd’hui de cette loi, je pense que ça n’a pas marché et la profession n’a pas répondu parce que la majorité demande juste un appui financier. Il n’y a pas une véritable prise de conscience de l’importance de l’investissement dans la culture. L’investissement culturel est un investissement dont les retombées sont à moyen et long termes », a regretté M. Sakli.

Et d’ajouter qu’on a besoin aujourd’hui de grandes campagnes de sensibilisation parce chaque entreprise pourra mener sa politique de mécénat culturel en fonction de son public cible.  « Malheureusement, plusieurs entreprises ne font pas la différence entre mécénat et sponsoring culturel », a affirmé l’ancien ministre des Affaires culturelles.

La culture n’est pas encore une priorité

L’Alumni IHEC Carthage a invité Moncef Dhouib, producteur-réalisateur et promoteur de Cinévog, pour témoigner de son expérience en tant que professionnel qui a investi dans la culture. Il a considéré que la rentabilité dans la culture n’est pas immédiate et que tout projet culturel est gagnant.

«  Les difficultés ne posent pas problème. Mon expérience montre que la culture n’est pas encore considérée par certains comme une priorité. Le problème aujourd’hui est que la subvention allouée à la culture n’a pas augmenté malgré l’augmentation des espaces culturels. Je pense qu’il faut trouver l’équilibre entre le public, le mécénat et les aventures. Nous devons travailler avec l’Etat », explique M. Dhouib.

Encourager l’entrepreneuriat culturel

Invité pour parler du financement des activités culturelles et le rôle de l’Etat dans ce secteur, Mokhtar Rassaa, directeur du Festival de Carthage 2017,  est parti de son expérience avec le festival de la Médina. Selon lui, l’idée de ce festival était de rentabiliser la Médina à partir de projets culturels. Malgré l’insuffisance de la subvention allouée à ce festival, ses différents spectacles ont pu attirer un large public.

«  La culture doit être inscrite dans les programmes scolaires et éducationnels. Ces programmes ne forment pas des personnes assoiffées de culture. Je pense que l’Etat doit encourager les mécènes », souligne M. Rassaa qui a appelé à encourager l’entrepreneuriat culturel et les mécènes.

En réaction aux propos de Mokhtar Rassaa, Mme Salma Dammak, directeur de l’IHEC, a affirmé que l’axe culturel est primordial pour l’institution qu’elle dirige. Mme Dammak n’a pas manqué à cette occasion de rappeler que le centre culturel de l’IHEC où on organise des événements culturels pour les étudiants  est le seul centre financé à 100% par le mécénat culturel.  Et d’ajouter que l’IHEC enseigne aussi le marketing culturel et encourage l’entrepreneuriat culturel à travers l’organisation de concours pour ses étudiants.

Capacités réduites

L’avis d’un promoteur dans la culture est intéressant. C’est pourquoi, l’Alumni IHEC Carthage a invité Mourad Mathari, promoteur du festival «  Jazz à Carthage » qui a affirmé qu’il y a aujourd’hui  un manque d’instruments et de salles couvertes. Pour lui, les capacités sont très réduites. « Il est très difficile de programmer un grand événement une année à l’avance. C’est un parcours de combattant. La lenteur et la lourdeur des procédures et formalités administratives représentent un véritable handicap. Tout un système devrait être mis en place et l’Etat doit reprendre sa place », assène-t-il.

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