Tunis rame à contre-courant

Vivre au rythme des embouteillages, telle est désormais la devise de la circulation automobile, particulièrement dans le Grand-Tunis. Tel un rituel, digne d’un film à la Hitchcock, ceux qui ont « le malheur » de prendre la route pour entrer en ville en provenance des endroits à la périphérie de la capitale, ou d’en sortir sont pris dans la spirale de l’ interminable attente.  Des bouchons à n’en plus finir, une réalité bien de chez nous qui laisse entrevoir, vu les seuils atteints, peu d’alternatives malgré la panoplie de programmes mis en chantier. Instantané de la réalité.

Tunis, centre et périphérie – ou le Grand Tunis comme il est commun de l’appeler- endure désormais et depuis belle lurette un véritable enfer en ce qui concerne l’état des lieux de la circulation automobile. Une situation de l’avis de tous en progression continue. Malgré les multiples projets annoncés par les autorités compétentes pour du moins sortir du goulot d’étranglement auquel on est arrivé par effet d’accumulation. Les choses par conséquent continuent d’aller de mal en pis. Le potentiel pratique n’offre pas d’alternatives viables, ou du moins de solutions capables de changer la donne. Conduire à Tunis, au niveau de toutes les voies d’entrée dans la capitale ou bien en plein centre de la ville est devenu synonyme d’une épreuve d’obstacles aux douloureuses répercussions tant au niveau environnemental qu’à celui de la qualité de la vie sans oublier les autres aspects d’égale gravité, sinon plus, en l’occurrence l’impact sur la santé, l’économie, le social et même le politique. La ville semble être prise en étau et celui qui essuie le revers d’une attente interminable au niveau de l’une des entrées de la capitale que ce soit l’après-midi ou bien le matin, en connaît le sens et le goût amer. Des heures entières gaspillées à ronger son frein et espérer que cela va se désengorger. Or cela n’arrive pas et la bile d’atteindre son point culminant. L’embouteillage avait jeté son « grappin » sur les heures de pointe, matinales et en fin de journée. Les choses ont évolué depuis puisque le phénomène a commencé a ratisser large puisqu’il touche désormais d’autres plages horaires du jour pour finir par accompagner tous les moments diurnes et même nocturnes. C’est comme qui dirait pour utiliser la symbolique médicale et précisément l’exemple de l’asthme, un «  état de mal » continu.

«  Marauder plutôt  que de vivre cet enfer »

«  C’est un dilemme qui n’a point de solution. Chaque matin je me découvre à prier que les clients ne me demandent pas de les emmener dans des endroits proches du centre-ville. A chaque fois , je me plie en quatre pour trouver des voies de sortie pour éviter les longues attentes et le marasme des embouteillages. Imaginez, il m’est arrivé de passer plus de deux heures en file d’attente », martèle Hamadi, un chauffeur de taxi de La Manouba. Et d’enchaîner : «  Cette situation est fort embarrassante et peut déboucher –ce qui est souvent le cas – sur des gestes d’humeur de clients  dépités par mon refus poli de les conduire vers les « points chauds ». Je les  comprends mais vu les lourdes conséquences une fois pris en embouteillage, je n’ai malheureusement pas le choix. Je préfère marauder avec mon véhicule quitte à voir ma recette « dégringoler » que d’être au front à tout moment de la journée »

Entre exiguïté des routes et promiscuité de la situation, la réalité gamberge

Le constat est grandement partagé et ne se limite pas aux chauffeurs de taxis. Tous les conducteurs vivent ce « calvaire ». Une file interminable de véhicules qui peut parfois atteindre des centaines de mètres, une progression à la « tortue » quand les voitures, portière contre portière, se trouvent obligées de composer avec l’exiguïté de la route et la promiscuité de la situation. Les conducteurs n’ont aucune autre alternative que de céder à la contrainte de l’attente ou faire des slaloms, la plupart du temps inutiles, pour se frayer un chemin , soit de partir « à l’aventure » en empruntant des raccourcis à travers les ruelles mais souvent en vain car on finit toujours par tomber sur une artère « bondée » et cela coince de nouveau.

«  Pour atteindre le premier rond-point après Mornaguia, à 500 mètres plus loin, j’ai mis presque une heure alors que d’habitude 15 minutes suffisent. Je ne parle pas du temps –et de l’adrénaline- gaspillé près de l’hôpital Charles Nicolle, passage obligé pour atteindre le tronçon correspondant de l’Avenue 9-Avril », remarque Ali, un cadre dans une société sise à la place Pasteur et obligé quotidiennement de faire la navette Mornaguia – Tunis.

Pour Leila, une enseignante, conduire aux heures de pointe est un vrai calvaire.  « Je pense désormais à brader la voiture et à chercher à déménager à Tunis pour éviter l’étau au quotidien des embouteillages. Le phénomène ne cesse d’empirer. Et puis la ville et ses entrées sont devenues tellement moches que l’on ne sait plus se faire une raison. A part la sempiternelle longue attente de chaque matin, il y a les humeurs qui nous assaillent de partout et les scènes –affreuses- d’accrochages entre certains automobilistes qui dégénèrent à tout moment pour des futilités. Et dire que l’on se demande d’où vient le stress et comment chacun de nous s’en vient- à moins d’une prouesse- à perdre sa journée du fait de la gêne et des contrariétés ».

Des solutions et des projets en cours de mise en pratique

Le problème n’est pas récent. De même, il n’est pas, en grande partie, exclusif à Tunis. C’est le cas de presque toutes les capitales à travers le monde qui ne sont pas arrivées à réduire l’écart entre l’explosion démographique, l’augmentation exponentielle du parc automobile en circulation et les possibilités routières, sans cesse éprouvées et mises à rude épreuve par les défis au quotidien des nouvelles donnes de l’environnement.

Les autorités ont imaginé des plans de réaménagement et d’adaptation mais cela n’a pas été d’un apport sensible surtout que pour arriver à atteindre les objectifs fixés, il a fallu engager des travaux de grande portée pour mettre en place un trafic routier par métro et par pont : ceci n’a pas été non sans accrocs sensibles vu la concomitance de l’exécution des projets de réaménagement et du feu vert donné en ce qui concerne la continuation de la circulation en l’état.

Des échangeurs ont été construits à large échelle, particulièrement au niveau de certains endroits stratégiques du Grand-Tunis. Mais rien n’y fait, cela a permis une décongestion furtive, juste au début et les choses ont vite rejoint la case départ. C’est que, durant ces dernières décennies, la capitale a enregistré une augmentation sans précédent du parc automobile. Ce dernier est composé de toutes sortes de véhicules (voitures particulières, camions, louages, taxis..). On peut y ajouter ces « engins »collectifs à la couleur jaune qui investissent la ville et dont les conducteurs font montre d’ un sans-gêne inégalable et que d’aucuns n’hésiteraient pas à qualifier de «  cowboys des routes » tant ils se permettent tout, défiant le savoir-vivre, la loi et les règles de bienséance : ils n’hésitent pas à monter sur les trottoirs, à vous égratigner au passage et même à user de tous les stratagèmes, les plus abracadabrants, pour se frayer un chemin…

Perte effroyable d’énergie

Face à cette situation à tendance «  métastatique », des solutions s’imposent. Mais au vu de la réalité, au su des ébauches de projets annoncés et à l’interprétation des programmes mis en pratique, il faut convenir de la difficulté de la chose et surtout de la quantité d’obstacles constatés. On a beaucoup annoncé à ce propos. Durant des années, on a promis « monts et merveilles » mais la réalité ne suit pas la volonté et c’est ce qui nous vaut ce constat d’échec sur nos routes. Aujourd’hui, rejoindre son travail ou rentrer chez soi est synonyme de stress, d’exténuation et d’hémorragie foudroyante de temps et d’énergie. On a récemment annoncé l’imminente réalisation du Réseau ferroviaire rapide (RFR), une alternative pour pousser à diminuer le recours à la voiture privée. Mais on attend toujours. Le ministère de l’Equipement et de l’Aménagement du territoire a, de son côté, annoncé un panel de projets qui vont s’associer pour trouver des solutions à la circulation automobile à Tunis. Ces projets visent à encourager une certaine décentralisation et donc à faire en sorte que les véhicules- qui se rendent à un point hors de la ville et qui proviennent d’un point opposé- n’entrent pas en plein centre-ville.

Il est question aussi, entre autres, de mettre en route une liaison entre Borj Cédria et l’autoroute A1, de construire un pont à l’Ariana , de continuer la réalisation des programmes annoncés et mis en chantier à partir de 2012 relatifs aux routes du Grand Tunis. Particulièrement en ce qui concerne la panoplie des 6 échangeurs prévus. Plus de dix gouvernorats sont concernés. En outre, il sera procédé à l’opération de réaménagement d’un grand nombre de routes  dans le Grand-Tunis. Il s’agira de procéder dans cette foulée à la consolidation de 34.4 Km de routes structurées, la construction d’un échangeur reliant l’Avenue Mohamed V à l’avenue des Berges du lac. Un projet similaire sera réalisé avec la réalisation d’un ouvrage technique visant à assurer la liaison entre la route nationale 1 et la route Z4 au niveau de Mégrine. Cet élan de « réhabilitation de l’infrastructure routière dans le Grand Tunis concernera aussi la consolidation et l’aménagement de plus de 14 km de routes structurées aussi bien pour Tunis, Ben Arous que la Manouba.

En quête du bout du tunnel

Cela pourrait-il nous faire entrevoir le bout du tunnel ? Il faut l’espérer bien que comme on le disait et qui est facilement possible de constater de visu, la réalité finit toujours par l’emporter et qu’elle a de quoi damer le pion à toute volonté de changement. Entre-temps, Tunis étouffe et vit en étau avec le vécu de la circulation cauchemardesque et la douloureuse épreuve laide, méchante et agressive de l’étalage anarchique au niveau de tous les coins de la capitale. Mais cela est une autre affaire….

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