Au-delà de l’élection d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron
Photo crédits : https://en.news-front.info

Emmanuel Macron a remporté le second tour de l’élection présidentielle française. Il est ainsi devenu le 25e président de la République française. Il a obtenu près de 66 % des voix, face à Marine Le Pen, la candidate du Front national.

En quelques mois, Emmanuel Macron s’est imposé au sommet de l’Etat et de la classe politique. Il s’agit aujourd’hui du plus jeune chef d’Etat en exercice dans un régime démocratique. La résonance internationale de cette élection atteste de l’impact symbolique de l’évènement.

L’élection présidentielle française a été scrutée à l’étranger, parce qu’elle incarne un nouveau test démocratique pour le populisme d’extrême droite après le référendum sur le « Brexit » et l’élection de D. Trump à la Maison Blanche. Si la presse mondiale a salué l’élection d’Emmanuel Macron – à noter l’exception russe -, celle-ci ne saurait faire illusion quant à la situation politique française.

L’abstention pour le second tour de l’élection présidentielle a atteint près de 25 %. Il s’agit de la plus forte abstention pour un second tour depuis l’élection présidentielle de 1969. Il s’agit là d’une rupture : l’élection présidentielle est traditionnellement le scrutin qui mobilise le plus les Français, le seul à résister depuis trois décennies à la tendance générale de montée de l’abstention.

Le «choix» de l’abstention ou du « vote nul » traduit moins une indifférence à l’égard de la chose politique, que le sentiment de non-choix : trop de citoyens-électeurs ont eu le sentiment que l’offre politique incarnée par les deux candidats encore en lice ne correspondait pas du tout à leur demande politique.

« Ni patrie, ni patron », pour paraphraser un slogan qui a fait florès dans les réseaux sociaux, durant toute la campagne du second tour… non seulement le paysage politique et le système partisan sont appelés à une profonde recomposition, mais le prochain président de la République bénéficiera d’une faible assise électorale et d’une légitimité politique particulièrement fragile.

Au lieu d’ouvrir un nouveau champ des possibles et d’impulser une nouvelle dynamique politique, l’élection présidentielle risque de renforcer une crise de la «représentativité des représentants» et de creuser le sentiment de vide politique… En outre, dans le cas probable de l’élection du candidat (d’)«En marche», la reconfiguration intra et interpartisane ne serait pas forcément synonyme de clarification, mais au contraire d’instabilité politique en cas d’absence de majorité absolue à l’Assemblée.

Une majorité présidentielle étriquée (avec un score en-deçà de 25 % au premier tour), conjuguée à une majorité parlementaire instable plongerait le régime dans une forme d’impotence. Celle-là même qui nourrit la défiance des citoyens à l’égard de politiques jugés impuissants…

En outre, la large défaite électorale de la candidate de l’extrême-droite au second tour de l’élection présidentielle ne saurait masquer les signaux d’une victoire politique et culturelle de Marine Le Pen. Celle-ci a réuni environ 34% des suffrages et près de 11 millions de voix, environ deux fois plus que son père en 2002. Une progression spectaculaire et continue, malgré un fort recul enregistré par le FN lors des élections présidentielle et législatives de 2007.

Depuis, la machine électorale a repris le sens de sa dynamique implacable née lors des élections européennes de 1984. Le score obtenu le 7 mai représente ainsi un record du nombre de voix obtenues par la formation d’extrême-droite, toutes élections confondues, soit une nette progression par rapport au résultat du premier tour de l’élection présidentielle (7,6 millions de voix) de cette année, où Marine Le Pen avait déjà battu le précédent record de son parti, qui datait des régionales 2015.

Pis, l’absence de « front républicain » a permis de fissurer le fameux « plafond de verre » auquel l’extrême-droite continue encore de se heurter lors de chaque scrutin majoritaire. Celui-ci risque à son tour de céder du fait de la volonté affichée d’accélérer et de renforcer la stratégie de « dédiabolisation-transformation » du FN. Du reste, l’évènement politique majeur de cet entre-deux-tours restera l’alliance scellée entre Marine Le Pen et Dupont-Aignan, entre les leaders respectifs d’un parti historiquement anti-gaulliste et d’une formation se revendiquant de l’héritage direct du gaullisme.

Aujourd’hui, si ce rapprochement devait se confirmer, nul doute que le FN participe de fait au mouvement général de recomposition du paysage politique français au-delà du traditionnel clivage extrême-droite/droite/gauche.

L’avènement d’un clivage idéologique autour du rapport aux frontières nationales – formelles et imaginaires- du pays symbolise la victoire idéologique et culturelle du Front national.

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