France : la lourde tâche du jeune président

E. Macron à Louvre Pyramid après sa victoire dimanche 7 mai

Le « jeune premier » Emmanuel Macron a donc été élu sans surprise. Deux électeurs sur trois environ ont voté pour lui, ce qui, pour lui, est à la fois rassurant et inquiétant.

Rassurant parce que, avec 20 millions de voix, il occupe la seconde place des présidents les mieux élus de l’histoire de France, derrière Jacques Chirac (25 millions de voix en 2002). Inquiétant parce que, à côté du fort taux d’abstention, 3,5 millions de Français ont voté blanc ou nul. En d’autres termes, près de 5% des Français établissent une équivalence entre le mouvement ‘’En Marche’’ de Macron et ‘’le Front National’ de Le Pen et refusent de se faire gouverner par l’un ou l’autre.

Quelques minutes après les résultats, le nouveau président, l’air grave, solennel et un brin inquiet, s’est adressé à ses concitoyens en affirmant notamment : «Je sais les divisions de notre nation qui ont conduit certains à des votes extrêmes et je les respecte ». Évoquant «la colère, l’anxiété et les doutes» des Français, il a expliqué que sa «responsabilité» était «de les entendre en protégeant les plus fragiles, en organisant mieux les solidarités, en luttant contre toutes les formes d’inégalité ou de discrimination».

Tranchant avec la gravité et la solennité de son adversaire, Marine Le Pen est apparue détendue et souriante. Elle a perdu certes, elle n’a pas eu les 40% qu’elle espérait sans doute, mais elle a réussi à drainer derrière elle 11 millions de Français, soit le double que ce qu’avait fait son père en 2002. C’est ce qui explique l’attitude détendue et sereine avec laquelle elle s’est adressée aux Français quelques minutes après l’annonce des résultats.

Aussi bien pour le gagnant que pour la perdante, les résultats de l’élection présidentielle n’annoncent pas la fin de la course. Celle-ci va se poursuivre avec peut-être plus d’acharnement encore dans les semaines qui suivent, avec les yeux de tous rivés sur « les lignes d’arrivée » des 11 et 18 juin, dates des deux tours des élections législatives.

Emmanuel Macron attend des Français, après l’avoir élu, qu’ils lui donnent les moyens de gouverner en le dotant d’une majorité à l’Assemblée nationale. Pour cela, il compte sur la dynamique que devrait créer sa victoire du 7 mai. Il compte aussi sur la peur des Français d’une cohabitation qui mènerait à un blocage institutionnel, si l’Elysée et le parlement se retrouvent le soir du 18 Juin en opposition l’un avec l’autre.

Quant à Marine Le Pen, elle attend des Français qu’ils lui confirment  les progrès, lents mais continus, du Front National en lui permettant, à l’occasion de Législatives, de poursuivre son grignotage sur l’électorat de la droite et de la gauche traditionnelles. D’ailleurs, elle se positionne déjà comme la dirigeante de « la principale force d’opposition », une ambition qu’elle œuvre à concrétiser en décidant « une refonte » de son mouvement qui pourrait comprendre même un changement de nom du Mouvement, de manière à attirer ceux que le « Front National » rebute encore. Elle se positionne aussi comme la dirigeante qui revendique le monopôle du patriotisme et qui défend le mieux les intérêts de la France contre « les mondialistes » avec Macron à leur tête.

Le plus jeune président de l’histoire de France saura-t-il empêcher l’extrême droite de devenir la principale force d’opposition capable de transformer sa présidence en calvaire ? C’est sans doute l’un de ses principaux soucis.

La tâche est rude pour le nouveau président qui inaugure son quinquennat sur « un champ de ruines politiques », selon l’expression du journal ‘’Le Figaro’’. La jeunesse et l’inexpérience d’Emmanuel Macron peuvent s’avérer deux handicaps majeurs dans un pays où le paysage politique est totalement transformé. Le nouveau président n’aura pas seulement pour tâche de gouverner la France, mais de recomposer son paysage politique que dominent pour l’instant d’un côté le Mouvement ‘’En marche’’, sans histoire et sans programme clair, et de l’autre, le ‘’Front National’’ qui, à chaque élection, étend son influence et se rapproche du pouvoir un peu plus.

Emmanuel Macron  est aujourd’hui président de la France. Il doit sa victoire ni à son histoire, ni à sa personnalité ni à un parti structuré, mais à un extraordinaire concours de circonstances : la non représentation de François Hollande pour un second mandat, et l’élimination de la course à l’Elysée dans des conditions parfois discutables des « poids lourds » de la politique française, c’est-à-dire ceux qui avaient le plus de chances de l’emporter, notamment Alain Juppé et François Fillon.

L’élection qui vient de se terminer a eu toutes les caractéristiques d’un jeu de massacre duquel aucune personnalité politique importante de la droite ou de la gauche n’est sortie indemne. Le jeune président saura-t-il à la fois gouverner et recomposer un paysage politique dans un état de décomposition avancée ?

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