Tunisie-France: modernisation du cadre opérationnel de la politique monétaire de la BCT

« Modernisation du cadre opérationnel de la politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT) », tel est le thème du séminaire de clôture du projet de jumelage entre la Tunisie et la France, qui s’inscrit dans le cadre du Programme d’appui à l’Accord d’Association et au Plan d’action voisinage (P3AII).

Le jumelage entre la BCT et la Banque de France, qui a débuté le 11 mai 2015,  s’est étalé sur une durée de 24 mois et a été financé par l’Union Européenne (UE) pour un budget de 745 mille euros.

Son objectif principal est de moderniser les modalités de mise en œuvre de la politique monétaire de la BCT et de développer parallèlement le marché interbancaire de liquidité, et ce, à travers la coopération avec des institutions homologues de l’UE et en particulier la Banque de France, la Banque centrale d’Allemagne, la Banque centrale européenne ainsi que d’autres banques centrales européennes.

Le projet de jumelage a été structuré en quatre axes, à savoir le réaménagement des modalités d’intervention de la BCT sur le marché monétaire, la mise en place d’un dispositif efficace de prévision de la liquidité, le développement du marché interbancaire et la réforme du marché des titres de créances négociables.

A cette occasion, Chedly Ayari, Gouverneur de la BCT, a affirmé que dans le contexte extrêmement difficile que connaît la Tunisie depuis la Révolution, la conduite de la politique monétaire n’était pas une tâche facile, étant donné qu’elle faisait face à la fois à de nombreux défis, surtout que l’objectif de stabilité des prix n’était pas garanti, notamment avec une inflation qui a atteint un pic de 6,6% en juin 2013, soit son plus haut niveau depuis deux décennies.

De ce fait, la BCT use de tous les instruments et outils à sa disposition pour faire face à ces défis, en optant en première étape pour faire éviter au pays une crise de liquidité, et ce, en favorisant les conditions adéquates de financement de l’économie et usant de toutes les mesures conventionnelles et non conventionnelles de la politique monétaire dont elle disposait.

Au volet des mesures conventionnelles, M. Ayari a cité la baisse à trois reprises des taux de la réserve obligataire au cours de la première moitié de 2011 ainsi que les deux baisses du taux directeur.

Au regard  des mesures non conventionnelles, il a cité le rallongement des maturités des appels d’offres à 1 et 3 mois, et l’allocation intégrale qui consiste à accommoder la totalité des besoins des banques.

Par la suite, la BCT a commencé, depuis 2012, à durcir sa politique monétaire étant soucieuse de son objectif prioritaire de stabilité des prix. Graduellement, elle a mis fin aux mesures non conventionnelles et a réhabilité le calibrage de la liquidité sur la base d’une allocation qui neutralise les effets des facteurs autonomes de la liquidité ; puis elle a procédé au relèvement de son taux directeur à trois reprises entre août 2012 et juin 2014.

De plus, et avec l’accroissement continu de l’enveloppe de refinancement accordée par la BCT aux banques, le souci de se prémunir contre le risque de défaut est devenu un impératif. C’est ainsi que l’Institut d’émission, tout en continuant à fournir les liquidités nécessaires aux banques, est devenu, selon ses dires, plus regardante à propos du risque encouru. De ce fait, il a, d’une part,  institué une décote sur les créances privées acceptées en contrepartie des opérations de refinancement, et d’autre part, exigé des banques d’apporter une quotité minimale de collatéraux sous forme de bons du Trésor pour garantir le refinancement obtenu.

Ainsi, et avec la détente des prix internationaux des produits de base, de l’énergie et par conséquent de l’inflation en 2015 et 2016, la BCT a de nouveau  desserré sa politique monétaire en baissant son taux directeur de 50 points de base en octobre 2015. Cette décision prise dans un contexte d’une inflation portée sur une trajectoire baissière jusqu’à fin 2016, avait pour objectif de soutenir l’activité fortement affectée par les effets des attentats terroristes perpétrés en 2015.

Néanmoins, les premiers mois de 2017 ont été de nouveau marqués par la résurgence des tensions inflationnistes et ont surtout affiché une détérioration inquiétante des déficits commercial et courant. Cela s’est traduit, selon le Gouverneur, par l’amplification du déséquilibre entre l’offre et la demande de devises sur le marché des changes et par des pressions supplémentaires sur le taux de change du dinar, en dépit de la présence permanente de la BCT sur ce marché pour réguler la liquidité en devises.

Avant de conclure, M. Ayari a annoncé que grâce aux principales réformes engagées au cours de la période de transition, à savoir la refonte des statuts de l’Institut d’émission, la loi 2016-35 portant sur l’organisation et le fonctionnement de la BCT et la refonte de la loi bancaire, la BCT dispose d’un cadre moderne pour la conduite de la politique monétaire qui repose sur une batterie d’indicateurs développée, entre 2011 et 2013, lors du premier jumelage institutionnel avec la Banque de France.

De plus, la modernisation du cadre opérationnel de conduite de la politique monétaire, grâce au deuxième jumelage, ne fera que conforter les avancées en la matière afin de rendre la politique monétaire plus transparente, plus efficace et plus compréhensible.

Revenant sur la valeur de la monnaie nationale, Chedly Ayari a précisé que les forces qui la tirent vers le bas se sont autoalimentées, dans le sillage de la multiplication des déclarations de toutes parts, exacerbant les anticipations à la baisse de cette valeur et accentuant les pressions sur la valeur future du dinar.

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