France : Macron a-t-il vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué ?

La tradition, la logique et le bon sens en France veulent qu’un gagnant à l’élection présidentielle fête sa victoire après l’annonce des résultats du second tour et non du premier tour. Or le dimanche 23 avril au soir, juste après les résultats du premier tour qui l’on placé en tête, le jeune outsider Emmanuel Macron, sans doute ivre de sa victoire préliminaire, est allé faire la fête avec ses amis et ses proches dans un restaurant de luxe parisien.

Ne doutant pas un instant de sa très prochaine entrée à l’Elysée, et en attendant la « formalité » du 7 mai qui devrait le confirmer comme successeur de son mentor François Hollande,  Macron « commence déjà à esquisser les contours de son gouvernement », selon l’agence ‘Reuters’.

En effet, la presse française qui rapporte les propos d’Emmanuel Macron et de ses collaborateurs, nous informe qu’il est « possible » que le prochain Premier ministre soit une femme, même si ce choix « n’est pas totalement arrêté » ; qu’« il ne sera pas choisi en fonction de son appartenance à la droite ou à la gauche parce que ces critères ont vécu » ; que « la rupture avec le clivage gauche/droite est une réalité » ; qu’ « il n’y aura pas de coalition ni avec les Républicains, ni avec le Parti socialiste » etc.

Jamais la France n’a été prise dans un tel bouillonnement politique entre les deux tours, y compris en 2002 quand Jacques Chirac affronta Jean-Marie Le Pen au deuxième tour et le battit avec un score de plus de 80%.

La question qui se pose ici est la suivante : Macron et son équipe ne sont-ils pas en train de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ? Il a sans aucun doute des chances de l’emporter, mais en cas de victoire, il fera moins bien que Chirac en 2002 et Marine Le Pen fera incontestablement mieux que son père.

Cela dit, il y a un certain nombre de données nouvelles qui sont autant d’éléments d’inquiétude pour Emmanuel Macron que d’encouragement pour Marine Le Pen.

Le premier élément est que le deuxième tour constitue un véritable dilemme pour beaucoup d’électeurs français qui estiment que le poulain de François Hollande est l’architecte des réformes antisociales qui ont démantelé beaucoup de droits acquis des travailleurs. Et ils ont des raisons de s’inquiéter que son élection ne fera qu’aggraver les choses.

Le deuxième élément est que l’ancien banquier et candidat des Rothschild et de l’establishment financier n’est pas populaire et ne dispose d’aucune base sociale et électorale solide. Selon un sondage d’opinion mené le jour du vote du premier tour, 54% de ceux qui ont voté pour Macron ne l’ont pas fait par conviction, mais pour « des raisons tactiques ».

Le troisième élément, et alors que Macron célébrait sa victoire dès le premier tour, considérant le deuxième comme simple formalité, Marine le Pen était, quelques heures après l’annonce des résultats, à l’usine Whirlpool près d’Amiens qui va fermer en 2018 et laissera des centaines d’ouvriers au chômage. Elle a appelé au « patriotisme économique » dans un clair clin d’œil aux 20% d’électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Intelligemment, elle fait passer le message à cette importante réserve électorale qu’il y a d’évidentes similitudes entre son programme social et celui de leur candidat Mélenchon, l’un et l’autre défendant les droits des travailleurs français et les intérêts de la France face à la « voracité du capital » et « aux ravages du globalisme planétaire ».

Le quatrième élément est que, contrairement à 2002, quand un million de personnes manifestaient dans les villes françaises en protestation contre la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour, la rue cette fois est étonnamment silencieuse et semble accepter la victoire au premier tour de la candidate du Front National comme une donnée tout à fait normale. D’un autre côté, l’actuelle coalition politique mise en place pour barrer la route à Marine Le Pen est loin d’être aussi bien organisée, aussi déterminée et aussi résolue que la coalition de 2002 qui avait facilement barré la route de l’Elysée à Jean-Marie Le Pen.

Le cinquième élément est que, au niveau du « peuple de gauche », le rôle tel qu’il est joué entre les deux tours par les réseaux sociaux est loin d’être avantageux pour Emmanuel Macron. Des slogans comme « Ni Macron ni Le Pen » et des hashtags comme « #Sans moi le 7 Mai » font des ravages parmi les jeunes sur facebook et twitter. Tout se passe comme si, comme le dit l’universitaire français Philippe Malière, la France est en train d’assister dans l’indifférence à « la dé-démonisation » et à « la détoxification » du Front National. La preuve avancée par cet universitaire est que « pour beaucoup de gens de gauche, le néolibéralisme est aussi mauvais sinon pire que le fascisme ».

Macron que ses ennemis qualifient d’ « enflure bancaire financée par Goldman-Sachs » a plus de chances que sa concurrente de devenir président de la République française. Mais ce ne sera pas aussi facile que lui et ses amis le pensent. Mais s’il est élu et s’il persiste dans l’application de son programme économique antisocial et antipopulaire qu’il a commencé avec François Hollande et qui a fait de celui-ci le président le plus impopulaire, il ne fera alors que baliser le terrain pour le Front National qui sera très probablement le grand favori de l’élection présidentielle de 2022.

 

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