Magistrats : grève générale de trois jours à partir du lundi 27 mars

Manifestement  c’est  l’impasse entre l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) et le ministre de la Justice et en filigrane le gouvernement. De nombreux facteurs militent pour confirmer ce constat.

Faut-il citer à cet effet la «crise» du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), la situation de plus en plus «triste» dans les tribunaux, les conditions de travail des juges et les aspects d’ordre général. Un bras de fer de plus en plus imposant. Le dernier round de ce face-à-face qui perdure : la grève générale de trois jours la semaine prochaine.

Les choses dans le secteur judiciaire ne sont pas depuis quelque temps au beau fixe. Une nette tendance, que certains juges n’hésitent pas à qualifier de «dépérissement», est devenue avec le temps sensible, avec la multiplication de toutes les formes de protestations, allant jusqu’à la tenue de grèves sporadiques mais, fait sans précédent, avec des durées de plus en plus étendues.

Dernièrement, des décisions prises par le gouvernement ont suscité de nombreuses interrogations de la part des concernés. La réponse de l’Association des magistrats ne s’est pas faite attendre et n’a pas surpris soit pour les fondements qu’elle y a formulés soit pour les décisions exprimées d’une manière on ne peut plus claire.

D’une part, elle a refusé l’initiative destinée à désamorcer la crise désormais bien ancrée du CSM, considérée comme étant une manœuvre pour «mettre la main» sur la justice par le biais de la prévalence du pouvoir politique au sein dudit conseil.

D’autre part, elle a dénoncé le marasme dans lequel s’empêtre le dialogue avec le gouvernement concernant la situation, jugée critique, des conditions de travail au sein des tribunaux. Le résultat annoncé à la suite de ce constat est une grève de trois jours, à partir du lundi 27 mars et un sit-in de protestation.

 Le bras de fer de nouveau

L’analogie n’est point usurpée de dire qu’enchaînant grève sur grève depuis quelques mois, l’AMT persiste et signe pour confirmer que ses prises de position au sujet du CSM, les dossiers relatifs aux conditions de travail dans les tribunaux et ceux en rapport avec la situation financière des magistrats n’ont pas changé d’un iota.

Preuve a été donnée à plusieurs reprises que le bras de fer engagé à ce propos n’est pas près de se terminer, tant que ses revendications ne seront pas satisfaites. L’escalade de la teneur des protestations, de ses formes et de ses tournures, telles que décidées par l’AMT, a été plus que perceptible tout le long de  la période écoulée.

Atteignant peut-être leur point culminant, ces protestations risquent  de mettre, encore une fois, à rude épreuve une situation dont la gravité est plus que manifeste. Et pour cause, le bureau directeur de l’AMT vient d’exprimer à la suite de sa réunion samedi dernier sa fin de non-recevoir des modalités et contenu de la proposition avancée par les pouvoirs publics pour amender la loi en vigueur  relative au Conseil supérieur de la magistrature, considéré comme étant une violation manifeste des dispositions constitutionnelles en la matière, particulièrement la question afférente à l’indépendance de la justice et celle du conseil.

La responsabilité incombe à l’autorité politique

En parallèle, elle a fait part de sa totale désapprobation concernant la manière dont ont été traitées les requêtes des magistrats à propos de la détérioration de la situation judiciaire en général et de la situation financière des magistrats, imputant en cela la responsabilité à l’autorité politique du fait de la gestion qu’ils estiment négative de ce dossier.

A propos des récentes décisions prises lors d’un Conseil  ministériel tenu dernièrement pour consolider les juridictions administrative, financière et judiciaire, l’AMT a estimé, bien qu’étant la concrétisation du mouvement mené par elle pour faire entendre la voix des juges, que ces décisions se sont avérées « insuffisantes».

Selon l’AMT, ces juridictions ne sont pas concernées par certaines questions d’importance telles la révision des salaires des juges et des primes y afférentes. De plus, l’association a déploré à ce propos la démarche unilatérale excluant toute concertation avec les représentants du secteur judiciaire, et ce, de la part du ministère de la Justice et du gouvernement.

La réunion ministérielle avait, lors de ce conseil, pris de nombreuses décisions dont l’impératif de renforcer les moyens d’action des trois juridictions citées, chargées des dossiers traitant de la corruption et du terrorisme. De même et toujours dans cette perspective, des décisions furent prises inhérentes particulièrement au recrutement, entres autres, de nouveaux magistrats au niveau de la Cour des comptes (20) et du Tribunal administratif (60), et ce, pour l’année 2017.

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