Pas de quoi étancher la soif des Tunisiens

Tout le monde a attendu l’interview du président Béji Caïd Essebsi, à l’occasion de la célébration de la fête de l’Indépendance, mais nombreux, sont ceux qui sont restés sur leur faim, alors même que le Président de la République était interviewé par Mourad Zeghidi, un journaliste talentueux et qui ne prend pas de gants avec les interviewés. Compte rendu.

L’une des parties les plus importantes de l’interview et pour laquelle le président de la République a donné de véritables informations, est celle consacrée à la question de la réconciliation nationale qui n’a que trop tardé, laissant le pays aller à la dérive, avec des hommes d’affaires et des cadres supérieurs de l’administration publique dans l’expectative.

M. Béji Caïd Essebsi a présenté les points les plus importants rajoutés à son initiative personnelle, notamment avec l’élargissement de la commission de la réconciliation à des magistrats, des experts comptables et des représentants de la société civile, soulignant que l’amnistie sera accordée seulement aux fonctionnaires qui exécutaient des directives de leurs supérieurs et qui n’avaient tiré aucun profit personnel en faisant leur travail.

Il a, en outre, insisté sur l’importance de ce projet en raison de ses retombées positives sur la reprise économique et la relance de l’investissement intérieur et le rétablissement de la confiance entre tous les Tunisiens. C’est la partie concrète de l’entretien réalisé avec le Président de la République qui, dans une certaine mesure,  a pu même se permettre d’aller au delà de ses prérogatives en évoquant les problèmes économiques et financiers du pays, Il est, ne l’oublions pas, le garant de l’unité nationale. Il a laissé les Tunisiens sur leur soif concernant les dispositions à prendre pour recoller le puzzle du prêt du FMI et du faramineux déficit de la balance commerciale.

Dans le volet économique, le Président de la République sait qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépends. Il a, le plus souvent, répondu d’une manière générale pour ne pas s’occuper de certains détails secondaires.

La 2ème tranche du prêt du FMI en suspens

Le Chef de l’Etat a été interrogé sur le refus du FMI de libérer la seconde tranche du prêt qu’il nous a accordé, du fait que  la Tunisie n’a pas respecté ses engagements, ce qui a provoqué des craintes chez les Tunisiens concernant les salaires des mois de mai et de juin prochains.

Dans sa réponse, Béji Caïd Essebsi a déploré l’absence de productivité, expliquant qu’au lieu de penser aux salaires, les Tunisiens auraient mieux fait de se consacrer au travail, pour produire davantage et remettre sur les rails la dynamique économique du pays et soulignant que la situation actuelle est le résultat de l’accumulation des dérives durant la période post-révolutionnaire et même celle d’avant.

Il a, dans ce sens, insisté sur la situation difficile qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui perdure, avec un budget de l’Etat qui souffre de manque de liquidités, avec le blocage de la production du phosphate, le tourisme qui bat encore de l’aile, en raison des attaques terroristes, et l’extraction du gaz qui est bloquée, à cause des agissements de certains citoyens.

Ne désespérant pas, le journaliste est revenu à la charge, concernant la décision du FMI de ne pas libérer la deuxième tranche du prêt, arguant que les dernières augmentations salariales ne l’y encouragent pas et qu’elles constituent des signes pas du tout encourageants concernant les équilibres financiers du pays.

Le Président de la République a souligné que « C’est la Tunisie qui a eu recours au FMI et non ce Fonds qui est venu à nous, mais la situation économique et sociale dans le pays exige des solutions radicales et, parfois, structurelles, ce dont nous sommes conscients, que ce soit avec ou sans le Fonds », ajoutant que le gouvernement a entamé ces réformes, au niveau de l’investissement et d’autres secteurs, et le FMI a accueilli favorablement cette démarche, mais le pays est en train de négocier la libération de la deuxième tranche du crédit.

Evoquant la situation des finances publiques, M. Essebsi a refusé le qualificatif de « catastrophique », se limitant à dire qu’elle « n’est pas bonne et que nous sommes en train de veiller à corriger les défaillances ».

Il a, à ce propos, souligné que « le FMI n’est pas contre les augmentations salariales, mais qu’il n’a pas apprécié que ces hausses n’aient pas de contrepartie, au niveau de l’amélioration de la productivité », indiquant que, depuis 2011, cette productivité ne fait que baisser faisant atteindre un taux de croissance légèrement au dessus de zéro, et appelant ainsi à reprendre le travail pour améliorer cette productivité et pouvoir créer des postes d’emploi. C’est notre seule issue, tout en rappelant que les augmentations des salaires ont été maintenues, mais étalées sur deux ans.

La reprise de la production, unique issue

A cet effet, le Président de la République a émis l’espoir que le taux de croissance en 2017 atteigne 2,5 %, comme programmé, ce qui serait un bon signe et une première étape pour le redécollage, sachant que certains indicateurs s’améliorent, notamment le tourisme avec des estimations tablant sur 6,2 millions de visiteurs au moins, et la production du phosphate qui a atteint les cinq cents tonnes par mois, depuis janvier 2017.

Le problème du déficit de la balance commerciale a été, aussi, l’un des points évoqués, particulièrement  au niveau des échanges avec la Chine, la Turquie et la Russie, avec plus de 600 milliards de déficit pour le pays, surtout concernant la Turquie, où la balance est déséquilibrée totalement, sachant que la Tunisie exporte pour 10 millions de dinars et importe pour plus de 300 millions de dinars.

A ce propos, M. Essebsi a expliqué que les échanges avec ces pays sont régis par des accords et qu’il n’est pas dans les habitudes de la Tunisie de les renier. Toutefois, a-t-il expliqué, il y  a des moyens pour limiter leurs effets, avec les clauses de sauvegarde et une réunion qui aura lieu, au cours du mois d’avril prochain, en vue de faire bénéficier la Tunisie de ces mécanismes. Il a souligné que la production tunisienne est en baisse et qu’il est nécessaire de diminuer les importations des produits qui ne sont pas vitaux, émettant l’espoir que tous les Tunisiens prendront conscience de la nécessité de reprendre sérieusement le travail et qu’ils feront de petits sacrifices pour leur pays.

Les réponses ne sont pas de nature à étancher la soif des Tunisiens devenus, il est vrai, peu accommodants et versant souvent dans l’excès d’irrationalité

Toutefois, son appel à la reprise du travail est le meilleur signal pour les Tunisiens pour prouver qu’ils méritent les rémunérations qu’ils sont en train de percevoir.

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