Le tissage au féminin, une philosophie de la vie

Nous portons tous en nous une histoire, un savoir-faire, une passion. Quel que soit le métier,  il y a toujours une place pour la création et  la réussite. Fatma  Samet s’affirme aujourd’hui comme une référence de la tisserie en Tunisie et à l’étranger. D’origine kerkenienne, elle n’a qu’une seule idée en tête, tisser et enseigner le tissage.

samet3Cette artiste et  formatrice dans le domaine du tissage a plus d’un tour dans son sac.  Elle aime plus que tout partir à la découverte de ce legs ancestral, qui se transmet de génération à une autre, qu’est le tissage. Ce savoir-faire que l’on retrouve surtout au sud – Tataouine, Ghomrassen, Gabès … –  a ses spécificités, ses déclinaisons propres à chaque région.   

Rencontrée lors de l’exposition au Concept Store  Elyssa artisanat, Fatma Samet nous raconte pourquoi on parle du tissage au féminin, quelle est sa particularité? Elle nous confie:  « Pour parler de la femme tunisienne, nous avons opté de le faire à travers son savoir-faire. Je trouve que réellement on ne  peut pas parler de tissage au féminin sans parler de la femme tisserande.  Ce savoir-faire, qu’est le tissage nous permet de découvrir la femme  tunisienne dans son authenticité ».

D’après elle,  les femmes tisserandes tissent un tissu qui ne se brode pas. Elles ont leur manière de compter les fils, de les séparer un par un, d’introduire un autre fil différent que la laine pour faire des motifs. « Ce qui permet d’atteindre un niveau de rigueur, de précision, de maîtrise de la situation extraordinaire », a-t-elle affirmé, tout en poursuivant : « Elles ont en elles cette maîtrise de soi, cette précision, un savoir indéniable que même si on peut faire toutes les études qu’on souhaite  ce n’est pas la même chose quand on est dans le champ de la pratique réelle ».

Toute son enfance, Mme Samet l’a vécue à l’île de Kerkennah, sa ville natale. Au-delà de l’aspect social et économique, elle soutient qu’il est important d’aider les femmes de Kerkennah à faire la promotion de leurs produits pour gagner leur vie.

Elle poursuit: « Personnellement, j’ai grandi dans deux milieux, à Sfax et à Kerkennah. Mais ce qui m’a le plus frappé à Kerkennah, c’est le regard que porte la femme à son mari. Je commence par ma mère, Kerkenienne : lorsqu’elle s’adressait à mon père elle l’appelait Si Mohamed, contrairement à sa tante qui appelait son mari par son prénom.  Cette attitude de la femme kerkenienne au maître de céans pourrait être décrite comme une forme de respect imposée de génération en génération. Mais la femme tunisienne ne s’en laisse pas conter aussi facilement car tout en sacrifiant aux traditions et règles imposées dans son foyer, la Tunisienne s’est forgée une personnalité à travers son art ».

Pour notre interlocutrice, le temps c’est son meilleur allié, car sa citation dans la vie, « celui qui perd sa journée perd ses bénéfices (elli dhaye3 sbahou dhayeh rbahou). Son message : « J’admire les femmes tunisiennes qui  sont généreuses dans la vie et qui font preuve de dynamisme ».

Quant à sa couleur préférée, elle aime le rouge. Son auteur préféré, Victor Hugo parce que « c’est un romancier hors pair », confie-t-elle.  Evoquant le dernier livre qu’elle a lu,  c’est celui de Jacques Anquetil qui parle du tissage, son parcours m’a beaucoup interpellé. « Il a une approche très intéressante », a souligné Mme Samet.

Elle conclut : « Dans la vie, il faut faire ce qu’on aime, créer des rapports avec l’autre. D’ailleurs, j’ai développé une entreprise après la retraite. Mes rapports avec les tissererandes et  surtout les brodeuses sont des rapports de collaboration qui nous permettent d’avancer ensemble ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here