Vers un «président de l’Europe»?

Donald Tusk L'Economiste Maghrébin
@Afp

Le Polonais Donald Tusk vient d’être réélu président du Conseil européen, véritable organe de décision politique, qui donne les orientations stratégiques et les impulsions politiques de l’Union européenne.

La présidence stable du Conseil européen est quant à elle destinée à donner davantage de cohérence, de continuité et de visibilité à l’action de l’Union européenne. La fonction est censée donner une voix et un visage à l’Europe puissance. Un objectif loin d’être atteint depuis la création de cette institution…

Comme l’atteste sa composition, le Conseil européen demeure une institution foncièrement interétatique qui demeure prise au piège des antagonismes et contradictions des Etats membres.

Le Conseil européen rassemble essentiellement les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’Union européenne et le président de la Commission. Quant au président du Conseil européen, sa « sélection » est le produit de négociations diplomatiques – opaques par définition – entre les capitales des Etats membres.

Non seulement la Commission et le Parlement européen en sont officiellement exclus, mais aucune consultation publique ou populaire n’est prévue. En ce sens, la politisation de l’Union est moins synonyme de sa démocratisation que de son « (inter)étatisation ». En réalité, les chefs d’Etat et de gouvernement membres de l’Union ne sont pas prêts à consacrer une sorte de « chef d’Etat européen ». Présider le Conseil européen ne signifie pas présider l’Union européenne.

Le Président du Conseil européen – fonction qui ne peut pas être cumulée avec un mandat national – est à la tête d’une institution de l’Union, qui n’a vocation à exercer aucun pouvoir hiérarchique, ni sur les représentants des Etats membres, ni sur les autres institutions de l’Union européenne.

Il s’agit moins d’incarner un « George Washington européen », que de représenter la volonté politique des Etats de l’Union vis-à-vis tant des autres acteurs de la vie internationale qu’à l’endroit des institutions européennes de nature supranationale (Parlement européen et Commission européenne).

Alors quel profil idéal pour un véritable président de l’Europe ?

La question est étroitement liée à la problématique de la légitimité. Penser une telle fonction de manière binaire – suivant un critère géographique (Nord/Sud, Est/Ouest), un critère de taille (grand Etat/petit Etat), un critère d’ancienneté (Etats fondateurs/nouveaux Etats membres), un critère partisan – n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

Il convient de combiner les considérations d’ordre symbolique et stratégique, dans l’intérêt de l’Union. Partant, l’élection d’un président de l’Union européenne élu au suffrage universel direct ne doit plus relever de l’utopie pour un continent traversé par une grave crise démocratique. La proposition avait d’ailleurs été faite par l’actuel ministre fédéral allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Il faut reconnaître néanmoins qu’il n’existe pas de « peuple européen », ni langue commune, ni débat commun, etc. Une telle élection poserait également des problèmes pratiques : comment se passerait, par exemple, la désignation des candidats à ce poste ? Comment se ferait la compétition, si l’on veut qu’elle échappe à des logiques nationales ?

Outre la question du mode de désignation du président de l’Europe, le choix doit porter sur un personnage syncrétique, rassemblant un certain nombre de qualités complémentaires, parfois contradictoires : une personnalité capable d’incarner l’Union sur la scène intérieure et internationale, fin connaisseur des mécanismes de décision de la machine bruxelloise, d’une expérience politique (nationale, européenne et/ou internationale) non négligeable, d’une haute qualité morale et intellectuelle, et ayant fait la preuve de son engagement pour la construction européenne.

Enfin, l’évocation d’une femme à la tête du Conseil européen doit être prise au sérieux. Certes, le fait d’être une femme n’est pas en soi une qualité politique et un gage de compétence. Mais outre la force symbolique de l’élection d’une présidente à la tête du Conseil européen, l’expérience des personnalités les plus souvent citées renforce l’hypothèse.

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