Entre mensonge et fuites nos mœurs balancent

Samia Abbou

Une députée qui traite un ministre de «menteur» et un enregistrement de la réunion du Bureau politique d’un parti politique participant au gouvernement fuité. S’est-on –de nouveau– questionné sur la finalité de pareils comportements?

Les mœurs politiques semblent avoir évolué en Tunisie dans le mauvais sens depuis le 14 janvier 2011. Ces derniers jours, deux événements ou plutôt deux affaires nous ont montré de quel bois se chauffent certains acteurs de la scène politique.

La première? L’attaque de la pasionaria du parlement tunisien, Samia Abbou, député du Courant démocratique, le 8 mars 2017, contre le ministre des Affaires locales et de l’environnement, Riadh Mouakhar, qu’elle a traité de «menteur».

Certes, on en a vu d’autres, aussi bien en Tunisie comme ailleurs, comme le fait d’en arriver aux mains dans l’arène parlementaire, mais n’est-ce pas exagéré?

Le ministre n’était peut-être pas aussi en tort que cela 

Outre le fait que l’on a dépassé, le 8 mars 2017, une autre limite en matière d’enlaidissement de notre vécu politique, il a été constaté dans la présentation des faits par l’intéressé, dans les jours qui ont suivi cet incident, dans une émission de télévision sur Al-Hiwwar Attounssy, que le ministre n’était peut-être pas aussi en tort que cela.

Il aurait, à ce qu’il a dit, respecté la réglementation en vigueur. Comme il aurait refusé de mettre fin au contrat d’un universitaire affecté à son département.

Il est évident qu’un parlementaire a le droit de croiser le fer avec un haut responsable, mais doit-il pour autant le traiter de «menteur» ? S’est-on, en outre, demandé comment est-ce possible qu’un document administratif qui ne fait pas l’objet d’une publicité auprès du large public puisse être présenté aux caméras?

Faute d’engager des débats consistants

Autre fait révélateur donc de nos mœurs politiques, l’enregistrement fuité, le 6 mars 2017, d’une réunion du Bureau politique de Nidaa Tounes. Là aussi il ne s’agit pas du premier enregistrement fuité, en Tunisie comme du reste ailleurs, mais cet épisode en dit long sur notre vécu politique.

Faute d’engager des débats consistants, certains se réfugient dans des pratiques exécrables. Il ne s’agit pas de prendre la défense de Nidaa Tounes encore moins de son dirigeant, Hafedh Caïd Essebsi, reconnaissons toutefois que cela tient un peu du cirque.

Que l’on fasse cela consciemment ou inconsciemment    

Il y aurait de quoi amuser la galerie, mais une personne qui assiste à une réunion ne doit pas trahir ce qu’il s’y est dit. Cela participe normalement d’une éthique, même si certains peuvent mesurer l’efficacité en politique à travers le seul prisme des coups bas. Ne dit-on pas que la première des choses à respecter au sortir d’une réunion de cette importance est de ne pas en révéler la teneur au premier venu?

Plus important encore est de s’interroger- de nouveau- sur la finalité de pareils comportements. Et il ne faut pas sortir de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration), une prestigieuse institution française de formation, comme le disait un ancien secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais (1972-1994), pour en saisir le sens profond : affaiblir l’Etat, ses institutions et sans doute ceux qui, et à quelque titre que ce soit, nous gouvernent.

Que l’on fasse cela consciemment ou inconsciemment.

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