Femmes en politique: une conquête inachevée

Khaoula Rachidi, l'étudiante qui a défendu le Drapeau Tunisien

Lorsqu’on rencontre aujourd’hui les femmes tunisiennes qu’elles soient connues ou peu connues, on est admiratif pour la lutte qu’elles mènent sans jamais baisser les bras. Elles sont militantes et combattantes et chacune d’elles a un profil différent. Elles nous parlent de leur engagement dans la vie politique, les défis et obstacles auxquels elles sont confrontées dans le cadre de leur vie professionnelle.

A l’occasion de la Journée du 8 Mars, quelle visibilité pour les femmes politiciennes aujourd’hui ? Quels sont les acquis au niveau des droits et libertés sur le plan politique ?

 En fait, la vie des femmes politiques se résume en un long combat contre les tabous, les injustices le non-droit et bien d’autres …  La Journée internationale des droits des Femmes est une journée propice pour faire le point de la situation sur les droits acquis par les femmes, l’occasion de poser les vraies questions. Nous avons justement choisi de poser à nos interlocutrices la question suivante :  pourquoi  les femmes sont-elles moins visibles en politique? 

ahlemhachicha« La vie publique reste majoritairement masculine en Tunisie », affirme Ahlem Hachicha Chaker, activiste politique et ancienne directrice des relations internationales à Nidaa Tounes. En effet, les femmes sont  sous-représentées dans les postes de décision où le leadership reste encore masculin. Est-ce un problème de manque de participation ? A cette interrogation, Mme Hachicha Chaker a répondu par l’affirmative, en précisant: « L’environnement social et politique n’est pas favorable à la participation des femmes à la vie publique. Pour cause: le jugement, le regard des autres, les tabous poussent les femmes à rester effacées. Elles fuient le devant de la scène, la responsabilité.  Mais les politiques aussi sont coupables ».

D’après elle, au-delà des slogans de campagne et des déclarations tonitruantes, les politiques font rarement de la place aux femmes dans leurs structures et programmes. Elle souligne: « Les politiques se servent des femmes pour faire le travail de terrain.  Mais elles sont rarement invitées aux réunions « importantes », aux cercles de décision. Certains de nos politiques seraient probablement étonnés de découvrir qu’elles ont un avis! Le contenu politique en Tunisie porte rarement sur la perspective genre, par exemple. Les partis n’ont pas de stratégie d’attraction pour les femmes, pas de stratégie pour leur promotion au sein de leurs structures. Les programmes politiques sont bien creux lorsqu’il s’agit de propositions concernant l’amélioration de la vie des femmes, de leurs combats, des défis et des obstacles qu’elles rencontrent ». 

 « En politique en Tunisie, c’est le sois belle et tais-toi. On s’attend à ce que les femmes militent, travaillent, s’engagent. On veut bien faire apparaître quelques unes sur les photos de meetings. On leur dédicace des poèmes. On les noie de clichés. Et on passe à autre chose », rétorque-t-elle. 

En effet, la  route n’est pas toute tracée, bien au contraire.  Tel est le constat aussi  de Temna Tabib, militante en  politique, ancienne membre au partitemna2 al Massar. Elle souligne: « Plus que jamais la participation des  femmes tunisiennes à l’environnement politique est très  réduite, voire quasi absente. Cela dit, même s’il y a des femmes politiciennes qui militent, elles sont  encore perçues comme des femmes au foyer, où leur place est devant les fourneaux. Quand une femme entre en politique, elle est considérée comme une femme forte qui a du caractère, mais on ajoute tout de suite pour la diminuer, que cela lui fait perdre sa féminité.  Malheureusement,  nous vivons dans un monde où règnent les préjugés et toutes sortes de stéréotypes. Il y a pire : certains estiment qu’une femme politicienne est un véritable déshonneur! »

Et de poursuivre: « Ce que je dis est bien réel. D’ailleurs je l’ai vécu triplement  en tant qu’ancienne militante à Al Massar, lors de la campagne électorale, mais aussi comme une femme non-voyante handicapée qui  ose se présenter aux élections, même si  le parti m’a beaucoup soutenue, car il faut bien le dire à Al Massar  j’étais dans un milieu intellectuel. Mais malheureusement, dans les faits une femme en politique et, qui plus est, handicapée est  un problème pour les hommes ». 

Elle conclut: « Il faut donc agir sur ce point. Il faut surtout faire bouger les mentalités. Or  pour y parvenir, il faut commencer par instaurer une éducation égalitaire. Mais ce dont je suis sûre, ça ne sera pas pour cette génération de 30 ans et plus car celle-ci ne tolérera pas que la femme soit égale à l’homme. A mon avis, il faut secouer les mentalités et les lois. Si j’avais un message à transmettre, ce serait le suivant : la femme est un être humain, elle doit pouvoir  jouir de tous les droits quels qu’ils soient politiques, sociaux, sexuels.  C’est un être à part entière, à plus forte raison quand il s’agit de femmes handicapées.  Il faut que les femmes arrachent le voile avec lequel on essaie de les dissimuler! »

Elles sont ces wonder women qui par leur détermination, leur créativité essaient de faire bouger les lignes. Elles sont impliquées dans le combat pour les droits des femmes et l’égalité des sexes, or hélas rien de bien concret n’a été encore fait !

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