Les pourparlers de Genève (23 février – 3 mars 2017)

négociations
Staffan de Mistura, l’émissaire de l’ONU,

Un nouveau round de négociations entre les protagonistes syriens  s’est ouvert à Genève sous l’égide des Nations Unies, jeudi 23 février. Mais, de l’aveu même de l’émissaire de l’ONU, il n’y avait  pas d’illusion à se faire sur cette rencontre, vu les positions éloignées des participants et l’état des rapports de forces.

L’entrée sur scène de la Russie, a consolidé le pouvoir syrien, alors que  l’opposition divisée et entachée de la domination de ses composantes terroristes était affaiblie, par l’absence de stratégie américaine. Convaincu qu’ «il est temps d’essayer à nouveau» alors qu’il  «ne se berce pas d’illusions», Staffan de Mistura, l’émissaire de l’ONU, avait déclaré, le 19 février 2017, devant la conférence annuelle sur la sécurité à Munich : «Je ne peux pas vous dire (si cela marchera) mais nous devons profiter de la tendance. Aucun cessez-le-feu ne peut durer sans solution politique».

Dans le contexte de la victoire de la bataille d’Alep des forces loyalistes syriennes soutenues par l’aviation russe et les forces du Hezbollah, Vladimir Poutine, de concert  avec l’Iran et la Turquie,  a réussi à imposer le 30 décembre 2016 une trêve.

L’accord a débouché sur des discussions entre des représentants du régime et une petite délégation de rebelles, en janvier et février 2017, à Astana au Kazakhstan. Les assises de Genève, devaient poursuivre les négociations.

La délégation du régime est dirigée par Bachar al-Jaafari, ambassadeur de la Syrie à l’ONU. Celle de l’opposition est présidée, par Nasr al-Hariri, pour le Haut Comité des négociations. Elle est formée des différentes composantes de l’opposition. Choix significatif,  les USA, la Russie, Qatar, la Turquie et la France, participaient à la réunion.

Point de discussions directes : Les deux délégations se sont simplement fait face lors de la cérémonie d’ouverture,  jeudi  23 février 2017. Déclarations et accusations respectives, devaient marquer le climat général : le régime fustigeant une opposition comprenant en son sein des « terroristes » et l’opposition se plaignant de n’avoir pas de « partenaire pour la paix ».

Le médiateur de l’ONU Staffan de Mistura devait enchaîner les rendez-vous avec toutes les parties: la délégation du régime, celle du Haut comité des négociations (HCN, principale délégation de l’opposition), et les opposants appelés hâtivement le « Groupe du Caire » et le « Groupe de Moscou » (Alain Chémali et AFP, geopolis.francetvinfo.fr., 23 février 2017). La délégation de l’opposition met l’accent sur une formation d’un organe de gouvernance de transition. Elle réclamait en fait, le départ de Bachar al-Assad. Cette exigence reste le principal obstacle aux négociations.

Le pouvoir de Damas refuse, en effet, catégoriquement de discuter de l’avenir du chef de l’Etat. Tout juste concède-t-il d’organiser des élections, une fois la paix revenue. Il estime que la lutte contre le terrorisme constitue l’enjeu principal alors que l’opposition  estime que la lutte contre le terrorisme  ne nécessite pas de négociations.  L’ordre du jour proposé par le médiateur onusien comportait la gouvernance, la constitution et les élections. Mais le pouvoir exigeait l’examen du terrorisme, qui affectait le pays.

Les huit jours de négociations, par l’entremise du médiateur onusien n’ont pas pu esquisser une sortie de crise. Les positions du régime et de l’opposition restent irréconciliables. Seul un accord sur l’ordre du jour des négociations a pu être  défini d’un commun accord, en vue de leur reprise, fin mars. Le terrorisme sera inscrit, dans l’ordre du jour, qui prévoit que toutes les questions seraient parallèlement étudiées (compte rendu d’al-Quds al-Arabi, 4 mars 2017). Mais la réunion n’a pas pu dépasser l’aspect procédurier.

Alors que la guerre en Syrie, qui a fait plus de 310.000 morts et des millions de réfugiés, va entrer le 15 mars dans sa septième année, la quatrième session de pourparlers de Genève n’a pas pu rapprocher les points de vue ou identifier des compromis. Evaluation plutôt optimiste de l’AFP, le 3 mars :  » le processus de Genève est resté sur les rails ». Diagnostic similaire de  L’Orient le jour : « Si huit jours de discussions sur la Syrie n’ont pas permis d’avancée majeure, de tout petits pas ont été accomplis, et aucun des belligérants n’a pris le risque de claquer la porte des négociations (« Les pourparlers de Genève s’achèvent sans «miracle», mais avec un « agenda clair » en 4 points », 4 mars 2017).

Peut être faudrait-il attendre l’évolution de l’Establishment international, susceptible d’arrêter les jeux de rôles régionaux, vu la gravité de la dérive radicale ? Le nouveau contexte arabe fait, d’ailleurs valoir  l’identification de la paix et la reconstruction syrienne, dans le cadre de sa souveraineté et son unité, comme priorités.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here