Nomination de Khalil Ghariani : Retour sur un renoncement

Khalil Ghariani

Voici pourquoi la crise provoquée par la nomination de Khalil Ghariani à la tête du département de la fonction publique et de la gouvernance n’avait sans doute pas lieu d’être.

Le renoncement de Khalil Ghariani, membre du Bureau exécutif de l’UTICA  (Union Tunisienne de l’Industrie du Commerce et de l’Artisanat) et la disparition du ministère de la fonction publique et de la gouvernance ont-ils désamorcé la crise provoquée par la nomination du Monsieur social de l’organisation patronale, jugée –faut-il le rappeler- de « provocation » ?

Certes, mais cela n’interdit en aucun cas de revenir sur cette crise pour dire quelques vérités. Est-ce le défendre Khalil Ghariani ou prendre fait et cause pour ce chef d’entreprise que de dire que l’UTICA a les mêmes droits que les autres composantes du gouvernement d’Unité nationale. Certaines des composantes de ce gouvernement n’ont ni l’audience, ni n’occupe la place d’une organisation dont l’histoire se confond avec celle de la nation.

Habib Bourguiba a choisi d’attribuer à Ferjani Bel Haj Ammar un portefeuille ministériel

L’UTICA n’a-t-elle pas constitué une des composantes de ce Quartet qui a permis à la Tunisie bien des déchirements ? Une ouvre qui lui a valu une reconnaissance bien internationale. Avec l’attribution du Prix Nobel de la paix en 2016.

Il est à se demander, à ce propos, si l’intelligence politique de nombre de nos politique est bien supérieure à celle du premier président de la République, Habib Bourguiba, qui a choisi d’attribuer au militant Ferjani Bel Haj Ammar, père de l’UTICA, un portefeuille  ministériel, celui de l’économie nationale (15 avril 1956 au 29 juillet 1957).

Il est à se demander également s’il était resté à son poste, Khalil Ghariani aurait pu appliquer une autre politique que celle du gouvernement auquel il aurait appartenu. Ce gouvernement n’est-il pas du reste tenu de respecter des engagements clairs, nets et précis ? Ceux du Pacte de Carthage. Ces mêmes engagements au nom desquels on a critiqué sa nomination.

Dégraisser le mammouth

Khalil Ghariani est-il, comme on veut, semble-t-il, le suggérer, un de cette privatisation avec sa batterie de mesures impopulaires ? Une « accusation » à peine voilée qui ne tient pas du reste la route.

Le département de la fonction publique et de la gouvernance n’est pas un acteur important pour l’application des mesures de privatisation. D’autres ministères comme ceux des finances et des Affaires sociales semblent plus en la matière aux avants postes.

Le ministère de la fonction publique est certes chargé de dégraisser le mammouth pour reprendre une formule, utilisée en 1997, par l’ancien ministre français de l’éducation, Claude Allègre. Comprenez alléger les effectifs. Mais la décision n’était-elle pas déjà inscrite au programme de celui qui aurait pu être son prédécesseur ?

Un besoin d’être réformé

A-t-on pu, par ailleurs, mesurer l’apport d’un ministre venu du privé pour un secteur, celui de l’administration, qui a somme toute besoin d’être réformé ? Même si personne ne nie le fait qu’il regorge de compétences. Et qu’il a, de l’avis de tous,  joué un rôle primordial pour permettre au pays de rester debout depuis le 14 janvier 2011.

Y-a-t-il, dans ce même ordre d’idée, un quelconque gêne à ce qu’un ministre venu du secteur privé prenne les rênes d’un département ministériel ? Bien des départements dans l’actuel gouvernement d’Union nationale n’ont aucune expérience du vécu administratif.

Ces derniers sont-ils, en outre, spécialistes du domaine où ils ont été désignés pour qu’on puisse invoquer le fait que Khalil Ghariani, du reste un fin connaisseur des dossiers sociaux, n’est pas rompu aux techniques administratives ? Dans quel pays du monde, un ministre est surtout  nommé à la tête d’un département parce qu’il colle à son vécu ?

On a du reste vu de brillants ministres à la tête de secteurs où ils n’ont pas exercé un jour ? La gestion d’un département ministériel n’est-elle pas d’abord une question de gouvernance ?

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