Accorder à la langue tunisienne un vrai statut

Langue tunisienne L'Economiste Maghrébin

Codifier le parler tunisien, élaborer un manuel de la langue tunisienne et créer une bibliothèque d’ouvrages en tunisien. Tels sont les objectifs de «Derja», une association qui entend être un lieu de débat et un catalyseur.

Le tunisien, la langue maternelle des Tunisiens, est certes la langue la plus usitée en Tunisie. Elle mérite cependant d’être valorisée et promue. C’est là un des objectifs que s’est assigné l’association «Derja» qui a organisé, le 25 février, une rencontre dans un grand hôtel de Tunis, pour sensibiliser à la nécessité d’aller de l’avant dans cette direction.

La rencontre a du reste permis d’y voir un peu plus clair concernant la place occupée par la langue maternelle des Tunisiens. Langue parlée, mais non reconnue encore, si l’on se réfère à la pratique, comme support de connaissances et d’informations.

En effet, peu de livres, d’articles et autres documents sont édités dans cette langue. Peu de journaux également dans ce qu’on pourrait appeler le vernaculaire tunisien.

Ne pas dresser un tableau noir 

A la radio et à la télévision, certes le tunisien est largement présent. Mais, il est absent de certains programmes comme l’information ou encore la culture.

Le tunisien n’est pas, par ailleurs, codifié : il n’y a pas, comme pour l’arabe et le français, une orthographe, une grammaire ou encore une conjugaison sur lesquelles un accord est établi.

Certes là aussi, il ne faut pas dresser un tableau noir : des expériences ont été menées, mais elles n’ont pas abouti à un standard adopté par tous. Hager Ben Ammar fait partie des écrivains qui s’y sont essayé en éditant des contes en tunisien comme «Ommi Sissi» ou encore «Al mâazaa Al Maazouzia.»

Une bibliothèque d’ouvrages en tunisien

Pourtant le jeu  en vaut la chandelle car  la «Derja» est la langue dans laquelle se reconnaissent les Tunisiens. Un des socles de leur identité. Mais, aussi dans laquelle ils peuvent s’exprimer facilement.

La tâche qui consiste à codifier le tunisien n’est pas du tout aisée, dira l’homme de théâtre Raja Farhat, qui a mis en exergue l’énormité du travail qui attend l’association.

Celle-ci entend en effet élaborer un manuel de la langue tunisienne et créer une bibliothèque d’ouvrages en tunisien.

L’exemple maltais

Des intervenants ont rappelé des expériences similaires. Hana Sendi, chercheure, a évoqué le cas du maltais devenu, en 1934, langue officielle de ce pays insulaire, situé en Méditerranée, entre l’Europe et le Maghreb (à quelque 400 kilomètres de la Tunisie).

Malte a fait du maltais sa langue officielle après avoir vécu pendant des siècles à l’heure de nombreuses langues : le latin, l’arabe, le sicilien, l’anglais, etc.

Une situation qui ressemble beaucoup au vécu de la langue maternelle tunisienne qui puise ses » racines » dans l’amazighe, le punique, le latin, l’arabe, l’italien, le turc, le français…

Avec ce message : «Aujourd’hui, dans un contexte de transition démocratique, notre langue maternelle est plus qu’essentielle à une cohésion sociale et culturelle de par ses origines enfouies dans la mémoire collective populaire des Tunisiennes et des Tunisiens.»

 

 

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