Bilel Sahnoun : « L’Etat peut passer par la Bourse pour financer des projets de PPP »

Bilel Sahnoun, DG de la BVMT, est revenu, en marge de l’atelier stratégique organisé aujourd’hui par l’ITES, sur le rôle crucial de la Bourse dans le financement du développement.  

Dans ce sens, il a affirmé que la Bourse reste indispensable pour financer le développement de l’économie. Un benchmarking international sur l’importance du rôle des marchés financiers dans les économies montre qu’un marché financier dynamique peut jouer un rôle crucial dans l’allocation des ressources en faveur de l’investissement productif et assurer une croissance et un développement durable pour les économies.

Cela est possible aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents, et ce, grâce aux multiples fonctions traditionnelles que peuvent jouer ces marchés.  Parmi ces fonctions, M. Sahnoun a cité le financement de l’économie : le marché financier permet de lever des fonds importants pour financer les entreprises, les collectivités locales ou les infrastructures soit en fonds propres ou à  travers la dette obligataire.  En Europe, la contribution des marchés dans le financement de l’économie atteint 40% et passe jusqu’à 60% aux Etats-Unis. Ces niveaux n’auraient pas été  possibles si la capitalisation boursière dans ces marchés n’était pas consistante (plus de 100% du PIB des pays développés, 55% du PIB du Maroc et plus de 70% du PIB de la Jordanie).

Une autre fonction importante de ces marchés financiers est celle de la captation et la mobilisation de l’épargne nationale. De plus, ils offrent aux investisseurs une palette de produits variés qui les protègent lors de la prise de  risques dus aux variations des cours du change ou des  taux d’intérêt.

Outre les petits porteurs, la part la plus importante des marchés développés est détenue par des institutionnels (banques, assurances, fonds d’investissement ou des fonds de pensions) qui à leur tour ont développé plusieurs offres  de développement qui répondent aux soucis divers et variés de leur clientèle. A titre d’exemple, les fonds de pension aux USA détiennent 85% du marché américain.

Ainsi, une autre fonction des marchés financiers se résume dans l’attrait de l’investissement étranger. La taille des marchés intéresse une large panoplie de professionnels de l’industrie financière où des structures ont été mises en place pour harmoniser les actions, faire converger les intérêts et porter une seule voix auprès des législateurs.  C’est le cas de la City à Londres, Europlace à Paris ou récemment Casablanca Financial City au Maroc.

Le rôle de ces structures sur la scène internationale devient le moteur de toute la politique étrangère d’un pays et un vecteur de communication avec  les grands investisseurs étrangers.

Bourse de Tunis, d’un simple marché naissant à un marché émergent

En Tunisie, après plus de quatre décennies d’activité, le marché financier a réalisé des acquis malgré son retard de développement. Nous avons aujourd’hui un marché organisé, aligné aux standards internationaux, une structure technique avancée et structurée, une industrie importante d’OPCVM et une expertise dans l’ingénierie financière.

Toutefois, l’essor technique et organisationnel du marché de la Bourse et l’expertise de certains métiers financiers n’ont pas été accompagnés parallèlement par le développement de son rôle dans le financement de l’économie.   En effet, le marché souffre encore de son étroitesse et de sa petite taille avec une capitalisation boursière inférieure à 25% du PIB, à peine 9,4 milliards de dollars, et une faible contribution de l’économie qui peine à atteindre les 10% en moyenne. Somme toute,  l’économie demeure financée par la dette et la levée de capitaux laquelle demeure  grevée par un arsenal réglementaire et administratif très complexe.

Ces difficultés d’accès au marché privent nos  PME, pourtant  dominantes dans le tissu économique, de réaliser un développement ambitieux. Faute également de fonds propres suffisants et de garanties conséquentes souvent exigées par le secteur bancaire.

Cerise sur le gâteau, un phénomène d’érosion de notre épargne nationale a été observé depuis 2011, vraisemblablement en raison de la dégradation du pouvoir d’achat mais aussi à cause de l’absence d’une offre diversifiée proposée par les institutionnels qui ne viennent pas encore sur le marché et pour absence d’une réelle incitation en leur faveur.

Le marché n’a pas eu les opportunités attendues  pour lever des capitaux visant à financer le  budget de l’Etat qui est censé venir en aide au financement des entreprises publiques ou confisquées par l’émission d’emprunts nationaux fréquents avec des montants compatibles avec la capacité de notre marché domestique. Cette forme de financement devrait contribuer à un changement culturel visant à inverser la structure de la dette de l’Etat actuellement dominée par l’endettement extérieur à hauteur des deux tiers ou par la contribution du marché domestique qui reste faible et limitée à un tiers.

Il faut ajouter à cela l’absence d’une structure de place regroupant tout le système financier (harmonisation des textes de loi y afférents) afin de faire connaître notre potentiel et notre savoir-faire et  promouvoir ainsi le site Tunisie comme étant une réelle opportunité d’investissement.

A cet égard, la BVMT a élaboré une stratégie visant à renforcer l’offre de titres pour le marché par la prospection de nos émetteurs et l’attrait d’une nouvelle catégorie d’investisseurs, grâce à la promotion de nouveaux vecteurs d’investissement (l’assurance vie, la titrisation, la cotation des fonds…).

Dans le cadre de cette stratégie à l’horizon 2020, M. Sahnoun a précisé que l’objectif est de faire passer la contribution de l’économie par le marché de 10 à 20%, de participer à l’amélioration du taux de l’épargne nationale pour retrouver les niveaux de 2010, soit plus 21% contre 12% actuellement, et d’accroître la capitalisation boursière du marché pour atteindre 50% du PIB.

Ce qui permettrait à la Bourse de Tunis de passer d’un simple marché naissant à un marché émergent.  Ces objectifs restent à notre portée,  pour autant que l’écosystème financier tunisien se mobilise et conjugue ses efforts à ceux des pouvoirs publics.  Dans cette perspective, le budget devrait être financé par la privatisation partielle ou totale via la Bourse d’entreprises prometteuses publiques ou confisquées qui ont besoin de restructuration ou de financement pour leur permettre de profiter des avantages du marché financier. Cela soulagera d’autant les finances publiques et ramènera du cash dans les caisses de l’Etat.

Dans le même cadre, l’Etat peut passer par le marché pour le financement des projets de PPP et émettre des emprunts destinés au renforcement de l’infrastructure sous forme de «project bonds».

Il faut inciter les institutionnels, notamment les compagnies d’assurances et les caisses de retraire qui entrent dans une phase critique en termes d’équilibre financier, à investir sur le long terme dans des actifs boursiers. Cela contribuera à approfondir et dynamiser la Bourse mais aussi à offrir à ces institutionnels un potentiel de rémunération des placements avantageux sur le long terme.

Il faut en outre poursuivre le processus de déplafonnement des investissements étrangers en portefeuille qui ne sont actuellement que de 26% de notre capitalisation boursière comparés à plus de 50% dans les places arabes.

Au final, Bilel  Sahnoun a précisé que le développement du rôle des marchés financiers dans le financement de l’économie est une œuvre de longue haleine qui doit passer également par l’instauration d’une culture  qui touche l’ensemble des parties prenantes. 

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